A MADAME NECKER
Montbard, le 22 mars 1774.
Madame,
J'ai reçu, au retour d'un petit voyage, la lettre pleine de bonté dont vous m'avez honoré. Elle augmente encore mes regrets; mais il me fut impossible de trouver un moment pour aller vous dire adieu, ainsi qu'à M. Necker. Je vous supplie de compter tous deux sur les sentiments profonds de l'estime et du respect que vous m'avez inspirés. Je vous proteste, madame, que je m'estimerais moi-même davantage, si je pouvais penser en tout aussi bien que vous et lui; mais la première de toutes les religions est de garder chacun la sienne2, et le plus grand de tous les bonheurs est de la croire la meilleure3. Je n'en ai pas moins eu un plaisir délicieux dans ces conversations où nous n'étions pas tout à fait d'accord, et vous reconnaîtrez, madame, par mon empressement à chercher les occasions de vous faire ma cour, la sincérité des sentiments que je vous ai voués.
J'ai reçu des nouvelles de votre charmante amie, Mme de Marchais4, et je compte lui écrire au premier jour. Je vous supplie de baiser pour moi votre aimable enfant5, à laquelle vous m'avez permis de présenter mon fils. J'espère être de retour vers le 20 de mai, et jouir souvent du plaisir de vous voir et de vous donner des marques du très-respectueux attachement avec lequel j'ai Thonneur d'être,
Madame ,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
(Inédite.)
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