‹ Correspondance inédite de ColléChapitre 55 sur 100 · LETTRE L · texte numérisé non relu

LETTRE L

À Saint-Cloud, ce 10 juin 1782.

Dites-moi, mon cher fils, vous qui avez une mémoire si bonne et si sûre, ne vous souvenez-vous pas bien distinctement que vous nous aviez fait le plaisir d'aller vousmême à Vitry payer les droits de centième denier pour l'usufruit de la maison de Grignon, lé{piée par M. l'abbé de Gouffier à mademoiselle Bazire pt à ma femme, sui* vaut son testament? Je n'en trouve point la quittance ,

* Cette lettre est relative à la mort de sa femme. On remarquera qu'un inter\'allc d'un an s'est écoulé entre cette lettre et celle qui suit.

et le commis de Vitry, auquel M. de Mdrmontel vient de payer les droits nouveaux qui sont dus à cause de Facquisition qu'il vient de faire de ma maison ces joursci, lui a soutenu que les anciens pour l'usufruit lui en étaient dus, et qu'ils n'étaient point portés sur son registre. Je me souviens, moi, du contraire de cette assertion : ils sont payés, mais je ne me fie nullement à ma perfide mémoire. Venez h son secoiurs, et tâchez devons rappeler les faits tels qu'ils sont. Gomme ce n'était point par une vente, mais par un legs que cette maison est passée à mes femmes, ces droits n'auraient-ils pas été payés avec ceux de l'insinuation de leur legs d'usufruit? et du bureau de Vitry ne vous aurait-on pas renvoyé, pour leur payement, au bureau de Paris? Je n'y comprends rien. Le commis de Vitry aurait-il oublié l'enregistrement? Donnez -moi des éclaircissements. Fiat lux.

Je vous prie , mon cher ami , de me faire réponse le plus tôt que vous le pourrez , sans vous géhenner pourtant, sous le couvert de M. de Juvigny.

J'ai vendu ma maison de Grignon bon marché à M. de Marmontel ', et loué à Saint-Cloud un apparte-

* Dans le livre XI de ses Mémoires, Marmontel rend ainsi compte de la vie qu'il menait à cette époque : u Je me donnai n une voiture qui, trois fois la semaine, dans une heure et » demie (5/c), me menait de ma campagne au Louvre, et, >» après la séance de l'Académie, me ramenait du Louvre à n ma campagne. Dès lors, jusqu'à l'époque de la Révolution, n je ne puis exprimer combien la vie et la société eurent » pour nous d'agrément et de charme, n Nous le croyons

ment tout meublé, où je me plais fort. J'en jouirai peu, attendu que l'âge me presse beaucoup. Cependant ma santé va mieux, mais mon âme est toujours la même. Je suis comme au premier jour de ma perte. Je ne sais que faire de la vie : je la gaspille ; je ne puis encore ni lire ni écrire comme je le voudrais , quoiqu'il y ait ud peu de mieux à cet égard. Mais quand je regagnerais de ce côté, mon cher en£sint, que ferais-je de cet avantagelà? J'entre dans l'extrême vieillesse, et je n'ai à envisager que des déperditions de toute espèce, et des infirmités et maladies de tous les genres à attendre. Belle per^xective ! Dieu eût dû mettre la jeunesse à la fin de notre vie : actuellement, je trouverais bien mon compte à cet arrangement-là.

Adieu, mon fils. Je vous embrasse avec la plus tendre et la plus sincère amitié.

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