LETTRE III
A Paris, ce !•' avril 1775.
Gomme votre dernière lettre , mon cher fiU, n'avait aucun objet qui exigeât une prompte réponse, je ne vous Tai pas faite sur-le-champ. Je vous dirai, à ce propos , que vous n'attendrez jamais les miennes , lorsque dans vos lettres il se trouvera quelque chose de pressé ou d'intéressant.
Ce qui me parait vous tenir le plus au cœur dans celle que vous m'avez écrite le 26 mars, est que je voie M. Puissant, le fils, votre fermier général de correspondance. Je ne le connais point, mais je chercherai des connaissances auprès de lui. Si je ne puis en trouver d'ici à un mois, je me ferai connaître à lui comme un homme qui vous aime et qui vous est attaché. Le plus sfir, incomparablement, est de vous faire connaître à lui vous-même par l'intelligence et la netteté de votre travail, et par les bons témoignages mérités que lui donnera de vous M. Domiliers. Le beau-frère de ce dernier vous recommandera à cet honnête directeur; mais comptez que les bonnes recommandations sont celles qui viennent de notre suffisance personnelle, de nos dits, faits et gestes. Cœtera fumus ,
Vous êtes actuellement dans la carrière que vous désiriez qu'on vous ouvrit ; c'est à vous de la rem|)lir avec
honneur, avec capacité et avec distinction. Instruisezvous , consultez souvent, mais très-souvent, M. Domiliers. Un homme éclairé dans une matière abrège et simplifie le travail d'un candidat, par Tordre et la méthode qu'il y fait observer. Cette vérité est une dans toutes les différentes professions et même dans les sciences.
Je ne doute plus, moi, mon ami, que vous ne teniez la promesse que vous fuites de travailler. Ma femme est plus incrédule et ne se rend pas encore. Elle croit bien que vous en avez l'intention, une sorte de velléité; mais elle appréhende que tout ce que vous écrivez à ce sujet ne parte que d'une ferveur de novice, qui s'éteindra dans le noviciat même, et auparavant que vous ne preniez l'habit. Macte animo, generose puer! Donnez-luien le démenti! Ce n'est, au reste, que sur une amitié véritable pour vous que se fonde sa crainte; elle me charge de vous le dire, de vous faire mille compliments, et de vous assurer que ce 'n'est que par l'intérêt qu'elle prend à votre sort qu'elle redoute tant votre indolence. Prenez donc le mors aux dents. Elle vous prie, vous supplie de lui prouver qu'elle ne sait ce qu'elle dit.
Quant aux plombs que vous jetez, mon ami , je ne les trouve point mal visés. Mais ces idées, ces projets, ne peuvent acquérir de vraisemblance et prendre couleur qu'en devenant ce qu'on appelle un sujet * en affaires , et , par votre conduite , un homme estimable et aimable
* Un bon sujet f cV'st-à-dirc un hoinine de mérite, laborienx, etc.
dans la société. Vous avc!z en tous tout ee qu'il &nl pou»* remplir ces deax objets. Je suis content de wob lettres. Elles sont senties et elles sont très-raiaonnabies. Je crois que tous penses et sentez tout œ que vous ëcriTes, et que vous êtes bien loin d'en vouloir imposer par des superficies. Vos actions, j*en suis €Ûr, justifieront tool ce que vous dites à votre ami, et à celui qui prend plaîsir à se dire votre second père. ^