FRAGMENT D'UNE LETTRE
lable, et d'ailleurs assez instruit pour me douter qu'on veut m'amuser et me tromper; et je soupçonne très-fort que cette éclipse ne re])araitra plus en public.
Cependant, puisque Olympie a osé se montrer et que ses représentations sont suivies avec autant de vivacité que de courage, Ton ne doit désespérer de' rien. Nous poumons bien revoir l'éclipsé.
En attendant son retour promis par la Gazette y je souffre tout ce que l'on peut souffrir de ce que cette Olympie tient le théâtre.
Le badaud aime à la folie à voir officier monseig[neur l'archevêque d'Ephèse, parce que celui de Paris est à la Trappe et qu'il ne peut plus le voir officier à Notre- Dame.
C'est là, sans badiner, une des causes de la réussite de ce catafalque de tragédie.
Joignez à cela la pompe des belles processions du clergé d'Ephèse \ et des chastes religieuses qui servent, comme on sait, à ce clergé. Ajoutez ces reconnaissances incompréhensibles et impossibles , inadmissibles et nuisibles , terribles et risibles de ces sensibles personnages, que nous trouvons tous insensibles.
Et surtout n'oubliez pas le doux et l'agréable passetemps de voir de ses deux yeux parisiens brûler vive une
' u La pompe théâtrale était portée jusqu*à Fexcès du ridi- » cule dans cette tragédie. C'était une pantomime comme aui n danseurs de corde, un peu ennoblie cependant, mais plus » froide. Le spectacle du bûcher était misérable. U ne fiiisait » ni ne pouvait iaire aucune illusion, n {Note de Collé,)
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femme au milieu des flammes peintes sur un papier transparent ;
Et le convoi et enterrement de la reine Stativa qui précède cette situation de feu ;
Et son oraison funèbre prononcée par Mademoiselle la princesse sa fille, se disant ci-devant petite cordelière au g^and couvent d*Ephèse, où feu Madame sa mère, qui vit encore, a pris Thabit depuis quinze ans, sans que personne en sût rien, et où elle est devenue, par son mérite, la mère des novices.
Tout ce spectacle, propre à inspirer la piété ou la pitié, a jeté dans lextase le peu de badauds qui existent à Paris, et m'a fait, moi, pleurer sur Jérusalem.
Ce n*est pas que je ne convienne de bonne foi, à l'égard du bûcher, que, vu la glace de tous les personnages de cette tragédie à la glace, elle avait besoin d'être au moins réchauffée par un feu physique, l'auteur n'ayant pu d'ailleurs enflammer, à son ordinaire, notre àme et notre esprit : chose qu'il regarde peut-être, à présent, comme une ressource trop triviale et qu'il ne veut plus employer dans sa vieillesse.
Mais aussi il faudra que l'on m'accorde qu'il est bien fort de vouloir faire prendre au public des jeux de grandes marionnettes pour des ressorts de tragédie, et de la prose rimée pour des vers ; de mettre sur la scène deux capitaines d'Alexandre, dont l'un est froid, ferrailleur et bon enfant, au demeurant, et l'autre un Cassandre devenu dévot, et qui encore n'a que Tattrition.
Si du moins ce Cassandre tragique avait eu la contri-