‹ Correspondance inédite de ColléChapitre 88 sur 100 · ZAÏRE, OROSMANE, FATIME · texte numérisé non relu

ZAÏRE, OROSMANE, FATIME

OROSHANE.

Paraissez ! tout est prêt. Le beau feu qui rn anime Ne soufire plus, madame, aucun retardement. Les flambeaux de l'hymen brillent poui^ votre amant; Les parfums de V encens parfument la mosquée. Du Dieu de Mahomet la puissance invoquée Confirme mes serments et préside à mes feux. Mon peuple, prosterné, pour vous offre ses vœux. Tout tombe à vos genoux. Vos superbes rivales, Qui disputaient mon cœur et marchaient vos égales, Heureuses de vous suivre et de vous obéir, Devant ^os volontés vont apprendre à fléchir. Le trône, les /estins et la cérémonie.

Tout est prêt. Commencez le bonheur de ma vie.

ZAÏRE

Où suis*je, malheureuse ! ô tendresse ! ô douleur !

OROSHANE.

Venez...

zaYre.

Où me cacher?...

OROSMANE

Que dites-vous?

ZAÏRE

Seigneur...

OROSMANE

Donnez-moi votre main. Daignez, belle Zaïre...

ZAÏRE

Dieu de mon père, hélas ! qtie pourrai~je lui dire '?...

OROSMANE

Que j'aime à triompher de ce tendre embarras ! Qu'il redouble ma flamme et mon bonheur !

ZAÏRE

Héiasr

OROSMANE

Ce trouble à mes désirs vous rend encor plus dière, Dune vertu modeste il est le caractère. Digne et charmani objet de «m constatUe foi^ ^ Venez : iie tardez plus...

* Dieu de mon père, hélas! que ppurraije Itd dire? Corneille lui eût Fait tout dire, tout déclarer à Orosmane;

et, eu arrangeant autrement le sujet, il eût fiiit de Zaïre une Pauline k laquelle il aurait donné, dans le caractère, la force et la sublimité de celui d^Émilîe et de ses autres héroïnes.

* Digne et tiusrmuuit objet de ma constante foi.

Ce vers de Pradon, et quelques autres vers flasques qni rendent des idées sans tendresse et sans chaleur et qui ouvrent cette scène, doivent paraître d'autant plus mauvais qu'Orosmane a les transports les plus \l(s à (aire entendre. Loin de là! il parle de Jiambeaux de Thymen, de Yencens de la mot'

ZA'ÎIE.

Fatime, soutien9-moi...

Seigneur...

OROSMANE

G ciel!... Eh quoi?

ZAÏRE

Seigneur, cet hyinënée Était un bien suprême à mon àme étonnée. Je n'ai point recherché le trône et la grandeur. Un sentiment plus juste occupait tout mon cœur. Hélas ! j'aurais voulu qu'à vos vertus unie, Et méprisant pour vous les trônes de TAsie» Seule, et dans un désert auprès de mon époux 'y J'eusse pu sous mes pieds tes fouler avec vous. Mais. . . seigneur. . . ces chrétiens. . .

OROSMAPiE.

Ces chrétiens. . . Quoi ! madame, Qu'auraient donc de commun cette secte et ma flamme?

quée, des festins et de la cérémonie, avec des longueurs et des redites, tandis qu'il devrait prendre pour le fond de son discours : Commencez le bonheur de ma vie, et joindre à cela les propos les plus tendres, les plus passionnés, les plus impétueux.

* De son côté, Zaïre, quoique dans un troaUe extrême, à la vérité, ne sait pas assez ce qu'elle dit. On peut être troublé, OMiis il ne faut pas porter cela jusqu'à la déraison. Je dewwde ce que c'est que de désirer d^étre seule dans tut désert, pomrjr fouler soMU ses pieds, auprès de son épauxy tous les trâtêes de fjisie. J'appelle cda un tendre amphigourL

ZAlRE.

Lusignan, ce vieillard accablé de douleurs. Termine en ce moment sa vie et ses malheurs.

OROSMANE

Eh bien ! quel intérêt si pressant et si tendre

A ce vieillard chrétien votre cœur peut-il prendre?

Vous n'êtes point chrétienne *. Elevée en ces lieux,

Vous suivez dès longtemps la foi de mes aïeux.

Un vieillard qui succombe au poids de ses années

Peut-il troubler ici vos belles destinées ?

Cette aimable pitié qu'il s'attire de vous

Doit se perdre avec moi dans des moments si doux.

ZAÏRE

Seigneur, si vous m*aimez, et si je vous suis chère...

OROSMANE

Si vous Tètes... Ah! Dieu!

ZAÏRE

Souffrez que l'on diffère.

Permettez que ces nœuds, par vos mains assemblés...

OROSMANE

Que dites-vous? 0 ciel! est-ce vous qui parlez? Zaïre...

' Votu n'êtes point chrétienne

Excellent mot de situation. Ce qui .suit est firoid. Orosmane doit être dans la plus cruelle impatience. Il est contre la nature, absolument, et contre la vérité, qu'il soit aussi tmn* quille, et qu'il s'amuse à chercher des raisons pour excuser Zaïre. 11 a pour elle une galanterie outrée et ridicule.

ZAÏRE

Je ne puis soutenir sa colère.

OROSMANE

Zaïre!...

ZAÏRE

Il m'est affreux, seigneur, de vous déplaire. Excusez ma douleur... et... J'oublie à la fois Et tout ce que je suis et tout ce que je dois. Je ne puis soutenir cet aspect qui me tue. Je ne puis... Ah ! souffrez que, loin de votre vue. Seigneur, j'aille cacher mes larmes, mes ennuis. Mes vœux, mon (fësespoir, et l'horreur où je suis.

' Zaïre sort, et Orosmanc la laisse sortir. Quel sultan à l'eau rose ! Parlons sérieusement. Est-il dans la nature qu*On>sinane, amoureux jusqu'au délire, jaloux comme un tigre et soupçonneux comme un jaloux, permette de se retirer à Zaïre, qui lui a parlé confusément de chrétiens, de Lusignan, etc.? Ne doit-il pas croire, d'abord, qu'elle lui donne le change en ne lui nommant que ce vieillard , et que c'est de ?iérestan qu'elle est occupée? Gela ne doit-il pas se présenter tout de suite à la jalousie du sultan? En conséquence, ne doit-il pas, au contraire, lui ordonner de rester et la foire expliquer? Si elle persiste dans ses obscurités, ne doit-il pas tout de suite lui dire : a Vous aime2 Nérestan! Vous me tran hissez, perfide! Dès que ce chrétien a paru devant vous, n j'ai lu dans vos regards la passion que vous avez pour lui , y» et peut-être depuis votre enfauce, etc. n En effet, dès le premier acte, Orosmane ne dit-il pas à Corasmin :

Consmin, que veut donc cet esclave infidèle?

Il soupirait... Ses yeux se sont tournés vers elle, etc.

4M TRAGÉDIES DE TOLTAIRE

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