LETTRE V
A Paris, ce 27 avril 1775.
Si je vous ai pédagogue, mon cher enfant, sur ((uelques petites élevures ' de style dans vos lettres , en récompense, on ne saurait être plus content que je le suis de leur fond ; c'est le point essentiel , et c'est tout.
Je vous le répète : je ne m'attendais pas à vous trouver et autant d'esprit et autant de raison et d'âme que je vous en voiç. Vos deux dernières lettres, surtout, m'ont donné de vous la meilleure opinion ; non pus que je ne vons aie toujours cru une très-honnéte créature, mais je n'eusse jamais imaginé que vous lussiez aussi sensible, et que vous eussiez d'ailleurs autant
* Etevure. Sorte de pustule, bouton sur la peau; mot que (ollé détourne ici de son sens naturel d'une façon assez heureuse.
(JO CORRESPONDANCE INEDITE
de ressort^ et de jugement. Je vous avoue le fait avec ma franchise gauloise, et j'ajoute que rien ne me fait et ne me fera plus de plaisir que les occasions que vous me fournissez et que vous me fournirez de vous estimer davantage.
Je ne vous donne ces éloges, mon fils, que pour vous exciter à en mériter d'autres, et d'autres encore, et toujours d'autres.
Ma femme , qui vous fait mille tendres compliments , est déjà beaucoup revenue sur votre compte , et elle me charge de vous le dire. Il lui reste cependant toujours , dit-elle, quelques menues racines de soupçons sur votre indolence ; mais elle commence à espérer grandement que vous extirperez tout cela. Il n'y aura, je le vois, que vos actions qui lui enlèveront ces racines-là. Moi , qui suis plus confiant , je les vois déjà ôtées.
Je ne doute point, mon cher fils, que MM. Puissant et de Saint-Amand ne vous servent, surtout si vous servez bien la ferme. Je suis charmé que vous ayez été content de mes démarches ; elles ne m'ont rien coûté , puisque je les faisais pour vous. Je vous embrasse de tout mon cœur.
Voilà vos affaires bien en règle. S'il vous arrive quelque chose de nouveau, écrivez-moi sur-le-champ. Mais épiez et faites naître les occasions d'écrire à MM. de Saint-Amand et Puissant.