‹ Correspondance inédite de Grimm et de DiderotChapitre 3 sur 45 · VJ PREFACE · texte numérisé non relu

VJ PREFACE

Ne devaient-ils pas frémir du titre seul des Corn" missions extraordinaires en matière criminelle y tous ceux qui étaient poursuivi^ par le souvenir du duc d'Ënghien et des fossés de Vincennes?

Celui qui avait lance tant de décrets contraires à la liberté du commerce et de l'industrie, pouvait-il souffrir que Ton répandit des lumières sur les inçonvéniens et le$ abus des LoisprohiUtives?

A plus forte raison devait*il être offusqué de tout ce qui pouvait tendre à régler Tautorité d'un tno^ narque , à l'accOTder avec les principes d'une sage liberté , et par conséquent à jeter > même indirec- ' tement , la plus légère défav^ir sur l'usurpation y l'esprit de conquête, les années ^pnomhreuses, etc. C'est ce qui a du faire rejeter les articles sur le Testament du cardinal Mberoni y V éducation des princes j r économie politique et la législation , le Testameni du cardinal de Richelieu^ etc^

Toutes les nations et tous les gouVernemens de l'Europe n'ayant jamais été, à ses yeux^ que des instrumens propres, à être mis eu j^u au gré de ssi politique ambitieuse , on ne doit pa$ être surprix que ses agens aient proscrit toutes les vues, tou& les moyens qui avaient pour but d'accroître la prospérité , et surtout d'assurer l'indépendance des peuples et des souverains, qu'il considérait comme ses vassaux. C'est à cette défiance ombrageuse que doit être attribuée la suppression des articles sur le gouvernement d^ la. Pologne ^ sur celui de la Suède j etc.

^ Enfin , son avidité de louangej^, et sa jalousie de

PRÉFàCE. VÎj

toute illustration, devaient suffire pour soustraire k la publicité le Sermon philosophique , Tune des pièces les plus importantes de ce volume ^ et dont une partie est consacrée à l'éloge de tous les princes dont le baron de Gbîmm était correspondant.

Ce Sermon philosophique nous a paru^ sous d'autres rapports , une pièce éminemment historique.

Comme parodie burlesque dés discours et exhor* tations catholiques , cette pièce est médiocrement plaisante , mais elle jette beaucoup de lumières sur les philosophes du dix-huitième siècle , considérés comme secte. On a vu dans les volumes précédemment publiés que tous \e% fidèles rassemblés dans les synodes philosophiques se qualifiaient Ae frères , et se distribuaient les trataux qui devaient concourik* à l'achèvement <lu grand œu^re. Les/rères Diderot, d'Alembert, Helvétius, d'Holbach et Grimm, étaient en première ligne; puis venaient \^ frères Marmontel, Thomas, Morellet, etc. Oq y comptait même des sœurs ^ à la tête desquelles étaient sœur Lespinasse et sœur Necker, de laquelle on vantait fort le zèle , en décriant beaucoup son cuisinier. Oq y voit encore que la mère 6eoffrin> chez laquelle se tenait fréquemment un des synodes, y fut longtemps l'objet de la vénération des fidèles, mais que cette excellente femme fut rayée de la légende du moment où elle interdit, dans son logis, les argumentations philosophiques, qui l'avaient trop éclairée sur le but auquel on tendait. • Il est un autre rapport sous lequel ce Sermon

Viij PREFACE-

philosophique nous paraît un document nécessaire à l'histoire. Personne n'ignore que la correspondance de Grimm était adressée à plusieurs princes souverains du Nord ; mais leur nombre et le nom de chacun d'eux. n'étaient pas e;R:actement connus^ Cette pièce ne laisse rien à désirer à cet égard. Quant aux flatteries dont cette nomenclature est assaisonnée , si l'histoire n'en tient] point ^e compte , elles serviront au moins à fortifier l'opinion que le baron de Grimm et ses frères ont con«stamment donnée de leur profonde et savante politique.

Parmi les articles de littérature, de critique et de philosophie, qui forment, avec les articles supprimés , le complément de ce volume , nous espérons que Ton distinguera les lettres sur VarchiteC' tare ancienne et moderne ^ sur Y art tliéâtralj sur les économistes , sur le compositeur Monsignjr et sur la musique française ; la correspondance d*un officiergénéral^ écrite sous les drapeaux et au bivouac; un commentaire de vers burlesques, composé par une femme , dans la juste mesure où n'a pas su rester le docteur Mathanasius % petite production aussi remplie de grâce et d'esprit, que le Chef-d'œuvre <Pun inconnu est fécond en érudition pédantesque et nauséabonde; enfin plusieurs autres articles inédits, dont la désignation serait superflue, et qui nous ont paru offrir une variété aussi agréable qu'instructive.

X. Saint-Hyacinthe, qui a publié , sous le nom de Mathanasius , le CheftTœupn d'un inconnu , en a vol.

Les volumes précédemment publiés ont bit suffisamment apprécier les qualités éminentes des deux correspondans des princes du Nord. Dans tout ce quia rapport aux sciences, k la littérature, aux arts, à l'économie politique, qudquefob même à la législation, rien n'égale la profondeur de leur jugement, la sagacité de leur esprit, la finesse de leur goût, l'étendue et la justesse de leurs vues. On remarque même , jusque dans leurs sophismes les plus hardis» et dans leurs nombreuses inconséquences, une foule d'.aperçus ingénieux et piquans, qui, à leur insu, tournent au profit de la vérité.

Mais on sait aussi que ces hommes , si supérieurs dans leurs jugemens sur toutes les productions de l'intelligence humaine , se sont constamment montrés, non-seulement détracteurs téméraires, mais ennemis violens et opiniâtres de toute reUgion et de tout culte. Toute la Correspondance déjà publiée en offre d'incontestables preuves. L'athéisme et le matérialisme y sont professés sans réserve et sans pudeur dans plusieurs articles , qui ont été à l'abri des rigueurs de la censure. Et, en effet, que pouvait-on redouter pour la religion de déclamations usées et de dissertations froidement sophistiques , lorsque*les pamphlets même de Voltaire n'excitent plus que la satiété et l'ennui ? Le triomphe éclatant de la religion chrétienne , après un siècle d'incrédulité , et vingt-cinq années des plus cruelles persécutions, n'est-il pas la plus éloquente et la plus complète réfutation des fausses doctrines du dixhuitième siècle ? Que signifient toutes les argumen-

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