‹ Correspondance inédite de Hector Berlioz-1819-1863Chapitre 10 sur 88 · Mémoires, p. 190, et lettres à son fils · texte numérisé non relu

Mémoires, p. 190, et lettres à son fils

pu trahir ses convictions et il aflectait vis-à-vis des médiocrités un dédain voisin de l'impolitesse. Liszt, au surplus, lui rendait procédés pour procédés, transcrivant la Symphonie fantastique, jouant dans les nombreux concerts que le jeune maître donnait, l'hiver, avec un succès toujours croissant. Ici, rappelons quelques dates pour l'agrément des archéologues : la première audition de Sarah la Baigneuse et de la Belle Irlandaise eut lieu le 6 novembre 1834, au Conservatoire; Harold fut donné au second concert de cette série : « On s'aborde partout en s'entreteuant de la 31 arche des Pèlerins «, disaient les feuilles du temps ; la mélodie du Cinq Mai et celle du Pâtre breton furent entendues pour la première fois le dimanche 22 novembre ISSo. Berlioz et Girard, « l'excellent chef d'orchestre du Théâtre Nautique », plus tard, chef d'orchestre à l'Opéra, s'étaient associés; mais, Girard ayant été insuffisant dans l'exécution de certains morceaux, l'union se rompit et Berlioz s'en alla tout seul aux Menus-Plaisirs ; car il changeait de salle de concerts aussi souvent que d'appartements privés, voyageant du Yaux-Hall à la rue Yivienne et du Garde-Meuble de la rue Bergère au Gymnase musical, situé sur le boulevard Bonne-Nouvelle^. Le bruit commençait à se faire autour de son nom ; si l'argent lui manquait parfois, les ennemis déjà ne lui manquaient pas. M. Fétis jeune l'attaquait dans je ne sais quelle feuille de chou ; Arnal le parodiait au bal de l'Opéra, pendant que les masques dansaient des quadrilles, que les débardeurs faisaient vis-à-vis aux pierrettes, que la folie agitait ses grelots (style d'alors), et que Musard soufflait dans ses cornets à pistons : « Oui, messieurs, s'écriait Arnal, je vais faire exécuter devant vous une symphonie pittoresque et imitative, intitulée Épisode de la

1. Voir la Gazette musicale^ passim : aux nouvelles de la semaine.

vie d'un joueur. Je n'ai besoin pour faire comprendre mes pensées dramatiques, ni de paroles, ni de chanteurs, ni d'acteurs, ni de costumes, ni de décorations. Tout cela, messieurs, est dans mon orchestre; vous y verrez agir mon personnage, vous l'entendrez parler, je vous le dépeindrai des pieds à la tête ; à la seconde reprise du premier allegro, je veux vous apprendre même comment il met sa cravate. 0 merveille de la musique instrumentale! Mais je vous en ferai voir bien d'autres dans ma seconde Symphonie sur le code civil. Quelle différence, messieurs, d'une musique comme celle-là, qui se passe de mille accessoires inutiles au vrai génie et n'a besoin pour se faire comprendre que de... trois cents musiciens! Quelle différence, dis-je, avec les ponts neufs de Rossini! Oh! Rossini! ne me parlez pas de Rossini! un intrigant qui s'avise de faire exécuter sa musique dans les quatre parties du monde 2wwr se faire une réputation!... Charlatan!... Un homme qui écrit des choses Ijue comprendra le premier venu ! Tenez, c'est abomhiable ; et pour moi, la musique de Rossini est une chose ridicule; elle ne me fait aucun effet, mais aucune espèce d'p/fef, voilà Veffet qu'elle me fait^. »

Dans la Caricature, un journaliste anonyme publiait un arlicle intitulé : le Musicien incompris : ce Le musicien incompris méprise profondément ce qu'on nomme vulgairement le public; mais en compensation il n'a qu'une médiocre estime pour les artistes contemporains. Si vous lui nommez Meyerbeer: — Hum! hmii! il a quelque talent, je ne dis pas, mais il sacrifie à la mode. — Et M. Auber? — Compositeur de quadrilles et de chansons. — Bellini, Donizetti? — Italiens, Italiens, musiciens faciles, trop faciles. — Par exemple, s'il traite très-cavalièrement le présent, il a une grande vénération pour tout ce qui date d'un siècle ; et quand

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