‹ Correspondance inédite de Hector Berlioz-1819-1863Chapitre 12 sur 88 · Gazette musicale^ 26 janvier · texte numérisé non relu

Gazette musicale^ 26 janvier

dans Harold en Italie, il y avait une partie d'alto principal que Paganini se chargeait de jouer et dont il voulait essayer l'effet sur le public anglais, un jour, à un concert de la rue Vivienne, Berlioz se trouva en face d'un géant aux ongles crochus, à la mine livide, à la chevelure tombant sur les épaules; ce géant l'embrassa en lui disant : — Tu Marcellus eris ! Tu seras Beethoven ! — C'était Paganini.

Comme nous le rappelions plus haut, les bienfaits du grand artiste ne s'arrêtèrent pas à cette démonstration théâtrale. Un dimanche, le 16 décembre 1838, Berlioz, riche de gloire, mais pauvre dans le vrai sens du mot (il avait dû payer les dettes de sa femme, qui s'élevaient à un chiffre assez respectable), donnait au Conservatoire une séance musicale dont nous transcrivons le programme exact : 1° Symphonie di Harold-. 2» Grand air de Marie Stuart, d'Alari, chanté par Madame Laty. 3*^ Le Pâtre breton, chanté par Madame Stoltz. 4^ Cantando un di, de Bari, chanté par M. Boulanger et Mademoiselle Bodin. 5° Solo de violoncelle par M. Batta. 6° Scène de VAlcestè de Gluck, par M. Alizard et Madame Stoltz. 7^ La Symphonie fantastique.

Paganini assistait au concert; deux jours après, il écrivit à son protégé le billet suivant i :

ce Mon cher ami, Beethoven mort, il n'y avait que Berlioz qui pût le faire revivre ; et moi qui ai goûté vos divines compositions dignes d'un génie tel que vous, je crois de mon

1. Mio caro amico, Beethoven estinto, non c'era che Berlioz che potesse farlo revivere; ed io che ho gustato le vostre divine composizioni, degne di un genio quai siete, credo mio dovere di pregarvi a voiler accettare in segno del mio omaggio venti mila franchi i quali vi saranno rimessi dal signor baron de Rothschild, dopo che gli avrele presentato l'accîusa. Credete mi sempre, il vostro affetionatissimo amico.

NicoLO Paganini.

Parigi, le I8 décembre 1838.

devoir de vous prier de vouloir bien accepter, comme un hommage de ma part, vingt mille francs qui vous seront remis sur la présentation de rinclusc. Croyez-moi toujours votre afifectionné. » Nicolo Paganini. «

Yoici la réponse de Berlioz :

(c 0 digne et grand artiste,

y> .Comraen'; vous exprimer ma reconnaissance !!! Je ne suis pas riche, mais, croyez-moi, le suffrage d'un homme de génie tel que vous me touche mille fois de plus que la générosité royale de votre présent.

» Les paroles me manquent, je courrai vous embrasser dès que je pourrai quitter mon lit, où je suis encore retenu aujourd'hui. » H. Berlioz. »

Jules Janin, un ami de la première et de la dernière heure, écrivit de son côté la lettre qu'on va lire ^ :

« Cher Berlioz, » Il faut absolument que je vous dise tout mon bonheur en lisant ce matin cette belle et bonne lettre de change et de gloire que vous recevez de l'illustre Paganini. Je ne vous parle pas, je ne parle pas seulement de cette fortune qu'il vous donne, trois années de loisir, le temps de faire des chefs-d'œuvre, je parle de ce grand nom de Beethoven par lequel il vous salue. Et quel plus noble démenti à donner aux petits-maîtres et aux petites-maîtresses qui n'ont pas voulu reconnaître votre Cellini comme le frère de Fidelio! Donc, que Paganini soit loué comme le méritent ses belles actions, et qu'il soit désormais inviolable; il' a été grand et généreux pour vous, plus généreux que pas un roi, pas un ministre, pas même un artiste de l'Europe, les véritables

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