‹ Correspondance inédite de Hector Berlioz-1819-1863Chapitre 2 sur 88 · Mémoires de Berlioz j publiés chez M. Calniann Lévy · texte numérisé non relu

Mémoires de Berlioz j publiés chez M. Calniann Lévy

fantaisie et de grâce, se perdant en élans désespérés ou s'affaiblissant en des tristesses mornes. Quel beau livre, malgré ses défauts ! comme il vibre à chaque page, comme il sait mélanger le plaisant au sévère! La pensée de l'auteur est une balle qui rebondit selon la nature des objets qu'elle frappe, tantôt s'élevant jusqu'au pur lyrisme, tantôt échouant dans le marécage du calembour. Quelle opposition avec les paisibles récits de Grétry sur son enfance liégeoise! Les musiciens se suivent et ne se ressemblent pas ; il y a entre, l'auteur de Richard Cœur de lion et l'auteur du Dies irœ grotesque la différence qu'on remarquerait entre un ruisselet tranquillp et un torrent débordé.

La Correspondance, venant après les Mémoires^ a une utilité qui ne sera contestée par personne ; d'abord, elle fermera la bouche aux détracteurs (s'il en reste encore), aux malveillants qui secouaient la tête quand on leur annonçait telle ou telle victoire remportée au dehors : — ce A beau mentir qui vient de loin. » — Ils n'avaient pas d'autre réponse; ils seront obligés maintenant de chercher un biais. La plupart des lettres que nous avons retrouvées sont des bulletins écrits à l'issue de la bataille et encore noircis de la fumée du combat; impossible de nier ces documents triomphants, — et triomphants dans un double sens, — impossible de les rejeter, car ils acquièrent la valeur de pièces historiques. Ils nous donnent la vérité prise sur le fait; un artiste, ivre de la joie du succès, les oreilles remplies du bruit des applaudissements, les joues rougies par de fraternelles embrassades, se hâte de faire part de son bonheur aux amis qu'il a laissés à Paris; il leur mande que tels princes l'ont complimenté, que telles récompenses lui ont été décernées, que les populations organisent en son honneur des sérénades, des banquets, que la recette du concert a été superbe... Comment récuser ces témoignages? Si

on les repousse, nous ne voyons plus aucune manière d'écrire l'histoire avec certitude et nous ne comprenons pas ce qu'on pourra répondre aux mauvais plaisants qui prétendent que Napoléon V^ n'a jamais existé.

Dans quelques passages, la Correspondance, faisant allusion à des événements oubliés ou ignorés de cette génération de lecteurs, nous avons cru devoir donner quelques éclaircissements. Nous avons pensé qu'une notice biographique aiderait peut-être à dissiper les, ténèbres du texte. Notre prétention, on le suppose bien, n'a pas été, nn seul instant, de rivaliser avec les Mémoires ; cette folle témérité aurait été cruellement punie. Nous avons essayé seulement de recueillir ce que les Mémoires avaient omis et de les résumer en les complétant.

Berlioz (Louis-Hector) est né à la Côte-Saint- André, ville célèbre par ses fabriques de liqueurs, dans le département de l'Isère, à cinq heures du soir, le dimanche 19 frimaire an XII (c'est-à-dire, en langage ordinaire, le 11 décembre 1803) i. Son acte de naissance fut dressé devant les deux témoins suivants : le citoyen Auguste Buisson, âgé de trente-trois ans, propriétaire, et le citoyen Jean-François Recourdon, âgé de quarante-trois ans, receveur des contributions. Le père de l'enfant exerçait la profession de médecin ; son grand-père, nohle Louis-Joseph Berlioz, avait été conseiller du roy, auditeur de la Chambre des comptes du Dauphiné et habitait tantôt la Côte, tantôt Grenoble -. Louis Berlioz, le médecin, aimant la vie rurale, était venu se fixer à la campagne, sous le toit paternel; c'était un homme d'une nature mélancolique, d'un tempérament maladif, cher-

1. Extrait des registres de la mairie de la Côte-Saint-André.

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