‹ Correspondance inédite de Hector Berlioz-1819-1863Chapitre 70 sur 88 · Sa seconde femme · texte numérisé non relu

Sa seconde femme

263 coRRESPO^■DA^■cE inédite

tre qu'on va construire sur la place du Châtelet, sur le bord de la Seine. Attendons. Cependant on parle beaucoup de divers côtés aux gens de l'Opéra. Mon article leur a démoli leur iîome'o et Juliette^; cela ne fait pas d'argent, on en a déjà interrompu les représentations.

Il faut voir venir et prendre patience. Madame Yiardot, qui est aussi une grande pianiste, a étudié mes deux premiers actes pendant que j'étais chez elle. « Quel bonheur, me disait-elle, que cela soit si beau! Oh! si je pouvais tout de suite jouer Cassandre au lieu d'Orphée ! » Patience pour toi, mon très-cher Louis; prends aussi patience pour moi. J'ai des amis, j'ai des cœurs dévoués... Mais je te vois dans des dispositions d'exaltation fâcheuse, tu as besoin de calme et de tranquillité d'esprit pour travailler avec fruit. Je t'en prie, songe à ta carrière avant tout et ne t'inquiète pas de moi. Nous avons parlé de toi longtemps, l'autre jour, à Gourtavenel, où l'on sait combien nous nous aimons.

Je n'ai pas vu les petits articles dont tu me parles ; mais cela m'importe peu. Je n'ai pas eu signe de vie d'Alexis. Au nom de Dieu, ne t'inquiète pas quand mes lettres sont en retard ; tu sais à peine dans quel tourbillon de douleurs et d'anxiétés je passe ma vie.

Adieu, cher ami ; je t'embrasse de tout mon cœur. Je t'aime comme tu m'aimes ; que veux-tu de plus?

1. Roméo et Juliette de BeUini, traduit en français par M Nuitter pour les débuts de madame Vestvali et joué à l'Opéra le 7 septembre 1859.

d'hECTOR BERLIOZ. 269

XGIX.

A 31. AUGUSTE MOREL

17 juin 1800.

Mon cher Morel,

Je viens de recevoir votre charmante lettre et le billet qu'elle contenait. Merci de toutes les choses amicales que vous me dites. Je suis bien heureux d'apprendre que votre intérieur se soit animé par la présence de votre neveu, et je serais charmé que l'occasion se présentât pour Louis de faire la connaissance de cet aimable garçon. Louis est en ce moment au Havre sur le point de subir son second examen; le premier a été passé avec succès. S'il en est de même du second, Louis sera capitaine au long cours en quête d'un navire. Je ne sais vers quel port il compte diriger alors ses recherches .

J'ai dîné dernièrement avec d'Ortigue chez cet excellent Rémusat, et nous y avons bu à votre santé et à celle de Lecourt. On y a exécuté après dîner un trio et un autre morceau de Rémusat, qui sont parbleu très bien. Je ne savais pas même que Rémusat jouât du violon. Ah çà! l'air de Marseille est donc essentiellement musical ?

A LOUIS BERLIOZ

Paris, 21 novembre 1869.

Cher ami,

Je t'envoie ci-inclus un billet de cent francs dont tu m'acseras réception. Je suis bien heureux de savoir que tu vas mieux; tes maux d'estomac m'inquiétaient. Il me semble aussi que ma maladie s'use, et, depuis que je ne fais plus de remèdes, je me sens beaucoup plus fort. J'ai tant travaillé, tous ces jours-ci, que cette distraction même a contribué à me remettre sur pied. Je ne puis suffire à écrire les morceaux de musique de mon petit opéra, tant ils se présentent avec empressement; chacun veut passer le premier. Quelquefois j'en commence un avant que l'autre soit fini. A l'heure qu'il est, j'en ai écrit quatre, et il m'en reste cinq à faire. Tu me demandes comment j'ai pu réduire les cinq actes de Shakspeare en un seul acte d'Opéra-Comique. Je n'ai pris qu'une donnée de la pièce; tout le reste est de mon invention. Il s'agit tout bonnement de persuader à Béatrice et à Bénédict (qui s'entre-détestent), qu'ils sont chacun amoureux l'un de l'autre et de leur inspirer par là l'un pour l'autre un véritable amour. C'est d'un excellent comique, tu verras. 11 y a en outre des farces de mon invention et des charges musicales qu'il serait trop long de t'expliquer.

d'hECTOR BERLIOZ. ' 271

Si tu veux rire, lis samedi prochain (c'est-à-dire dimanche) mon grand article que je viens d'envoyer au Journal des Débats. Il y a là des calembredaines à défrayer trois feuilletons.

Adieu, cher ami; quand tu voudras que je parle à M. Béhic, tu me le diras et en outre tu m'indiqueras ce qu'il faut lui demander.

AU MÊME

Paris, 2 janvier 1861.

Cher ami,

Tu m'as laissé bien longtemps sans nie donner de tes nouvelles... qu'importe que ce fût à mon tour de t'écrire! Dois-tu regarder à cela? J'ai été tourmenté de cent manières. J'ai eu une sorte d'érésipèle à la joue gauche qui m'a fait beaucoup souffrir et dont il me reste une inflammation de la paupière. J'ai eu des montagnes d'épreuves à corriger pour les Troijens, et je n'ai pas pu trouver un instant pour continuer ma partition de Béatrice. Quand ta lettre est arrivée, j'allais écrire à Morel pour savoir depuis quand et pour quel pays tu étais parti. Hier, je suis allé aux Tuileries pour me montrer à l'empereur, qui se soucie aussi peu de moi que de mes ouvrages. Je ne sais "pas comment sera pour la musique le nouveau ministre d'État i ; nous allons voir.

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