‹ Correspondance inédite de Henri Heine: avec une préface et des notes explicatives--Chapitre 18 sur 51 · J.-M. Jost. Histoire des Israélites, 9 vol · texte numérisé non relu

J.-M. Jost. Histoire des Israélites, 9 vol

suite je vous aime. Vous pouvez croire que ce n'est pas là une simple phrase, je le sais.

A M. MOSER

Hambourg, le 11 juillet 1823.

Cher Moser,

Je suis dans la plus grande inquiétude, mon temps est compté, je n'ai point aujourd'hui de commission pour toi, et pourtant je t'écris. D'ailleurs, extérieurement, il ne s'est rien passé pour moi, mais, les dieux le savent I d'autant plus au dedans.

La vieille passion éclate encore une fois dans sa violence. Je n'aurais jamais dû venir à Hambourg; au moins il faut que j'en parte aussi vite que possible. De mauvaises pensées me viennent, je commence à croire que je sflis autrenient organisé que les autres hommes, qu'il y a en moi plus de profondeur. Une sombre colère, comme une couche de métal brûlant, s'étend sur mon âme. J'ai soif de la nuit éternelle. — J'ai peu vu encore Wohlwill. Avant-hier après minuit, comme je parcourais avec

mes infernales songeries les rues fangeuses, trop bien connues, quelqu'un me frappe sur l'épaule : c'était lui. Je lui ai bravement fait croire que cette belle nuit d'été m'avait convié à une promenade au frais dans les rues. Charmant!

J'ai été très-bien reçu dans ma famille. Mon oncle Salomon Heine m'a promis monts et merveilles; malheureusement, il est parti hier matin à six heures, moitié pour affaires, moitié en vacances. J'ai résolu d'arriver « à tout prix » à ne plus avoir besoin de lui, puisque cela est si fort au-dessous de ma dignité, et que...

Mais mes douleurs de tête sont horribles et il faut que je fasse tout au monde pour m'en débarrasser. — Gohn, dont j'ai fait la connaissance, est un excellent homme.

AU MÊME

Ritsebuttel, le 13 août i8S3.

Cher Moser,

Félicite-toi de ce que je suis resté si longtemps sans t'écrire. Je n'avais rien de bien agréable à

i . Bourg à vingt lieaes N.-Ë. de Hambourg, près de Tembou-

CORHESPONDANCE INEDITE 94

Rapprendre. Je me suis trouvé à Hambourg dans un mauvais moment. Mes souffrances me rendaient peu aimable; et la mort d'une cousine et le trouble qui s'ensuivit dans ma famille ne m'ont pas permis de trouver beaucoup d'agrément chez les autres. En même temps, la magie du lieu agissait formidablement sur mon âme, et un tout nouveau principe y grandissait peu à peu : ce principe sera sans doute mon guide pendant des années, et déterminera ce que je ferai et ne ferai pas. Si j'étais un Allemand, — mais je ne suis point un Allemand, comme Tont prouvé Rûks, Pries, etc., — je t'écrirais sur ce thème de longues lettres, des relations détaillées sur l'état de mon âme; mais pourtant je languis après le moment d'intimité où je pourrai t'ouvrir le rideau de mon cœur, et te montrer comment la folie nouvelle est entée sur l'ancienne. — Gohn m'a été un ami très-cher à Hambourg, et je me suis fort attaché à lui. Les juifs sont là une misérable clique; si l'on veut s'intéresser à eux, il ne faut pas les voir

chore de l'Elbe, où séjournent les voyageurs venus de Hambourg pour s'embarquer à Cuxhaven, village de pécheurs, et port de mer, à un quart de lieue de Ritzebûttel. Heinb y prenait les bains de mer.

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de près, et je trouve mieux de m'en tenir à distance. J'ai fait visite au docteur Salomon, il ne m'a pas déplun et c'est pourtant uii auerbachîen. Je n'ai pas été voir K. ; tu sais que j'ai toujours eu de l'éloignemént pour lui, et il est réellement dégoûtant. La Monade * est toujours la Monade; je l'aime, et je voudrais le guérir d'une sentimentalité dont il s'est mensongèrement affublé lui-même, et qui maintenant l'assombrit. J'ai entendu prêcher B.; c'est un charlatan, aucun juif ne le comprend, il ne veut rien, et ne jouera jamais un autre rôle; mais c'est pourtant un homme spirituel, et il a plus d'esprit en lui que le docteur K., Salomon, Auerbach I et II. Je ne l'ai pas visité, bien que les occasions ne m'eussent pas manqué. Je l'estime seulement parce qu'il leurre les fripons de Hambourg, mais j'estime infiniment plus feu Cartouche. Gans a ici le renom d'un fou, et je n'en ai pas iié surpris. A peine ai-je réussi à prouver aux gens que tu n'en es pas un toimême. On n'avait rien moinsqu'une juste idée de toi. Quant à ce qu'on pense de moi, ce ne doit rien être de bien merveilleux, mais cela m'est indifférent. Je leur

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