I. Il
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mence à être hors de sens, et je suis presque comme toi. »
Mais, comme un mot en amène un autre^ ainsi un vers un autre vers, et je veux te communiquer (c'est sans importance) ceux que j'ai faits hier au soir, en me promenant dans la Weenderstrasse, malgré la pluie et le vent, songeant à toi et aux amis, et à mon plaisir quand je pourrai un jour Renvoyer le Rabbin!
Je composais à l'avance les strophes que j'écrivais pour toi, -en manière de préface, sur la couverture blanche du livre, et, comme je n'ai pas de secrets pour Moser, les voici :
a Éclate tout haut en plaintes^ sombre. chnnt des martyrs, que si longtemps j'ai silencieusement porté dans mon âme enflammée I
» Qu'il résonne à toutes les oreilles, et^ des oreilles, qu'il arrive au cœur ! J'ai invoqué, par une incantation puissante, la douleur 4^ mille ans.
>> Tous pleurent, les grands et les petits, et même
les froids messieurs; les femmes et les fleurs pleurent, et les étoiles pleurent aii ciel !
» Et toutes ces larmes coulent vers le sud, silencieusement réunies; elles coulent et s'épanchent toutes dans le Jourdain. »
Je n'ai pas besoin de te fairç remarquer que ces vers sont peu de chose, et n'ont été écrits que pour mon propre plaisir.
Songe un peu à ma vie de Gœttingue : de tout le jour, je ne sors pas du Forum^ et je n'entends parler d'autre chose que de stillicidium^ testaments^ emphyiéose^ etc. Et, si parfois, dans une heure oisive, îe m'embarque pour la Thessalie, afin d'aller sur le Parnasse, là encore, je ne troiive que des juifs (voyez Basnage) qui y cultivent des légumes, et je m'entretiens avec eux des douleurs d'Israël. — Et pourtant j'espère écrire encore beaucoup de bons vers ! Bien de belles poésies commencent à poindre dans mon esprit; entre autres, — un Faust. J'ai déjà travaillé à l'esquisse.
Mais, mon Dieu ! j'oublie de te raconter que j'ai fait, il y a six semaines/un grand voyaçe dont je
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ne, suis de retour que depuis quinze jours, de sorte que j'ai été tout un mois en chemin.
Ce voyage m'a été très-salutaire, et je me sens tout réconforté. J'ai parcouru à pied, seul la plupart du temps, tout le Hartz, de belles montagnes, de belles forêts, dételles vallées, et j'ai de nouveau librement respiré. J'ai vécu bien de belles et douces heures, et, si le specfre de la jurisprudence n'avait pas cheminé avec moi, j'aurais trouvé le monde fort beau. Les soucis rampaient aussi après moi. La pension d'une année que mon oncle m'a assurée pour mes études, tire à sa fin; mais je suis bien loin d'être prêt avec mon Jus, et me voilà dans une impasse.
En outre, il ne règne pour moi dans ce moment qu'un très-médiocre enthousiasme; je ne suis pas assez sot pour me le dissimuler, et je connais fort bien les motifs de maint haussement d'épaules et hochement de tête. En un mot, on m'envisage comme en pleine banqueroute intellectuelle, et je ne saurais en vouloir à aucun négociant prudent de ne pas se fier à moi. Tu me comprends.
J'aurais beaucoup à te raconter de mon voyage du Hartz; mais j'ai déjà commeiicé à l'écrire et je
te l'enverrai probablement cet hiver pour Gubitz. Il s y trouvera aussi des vers qui te plairont, beaux et nobles sentiments, et autres balayures poétiques de ce genre. Que faut-il faire? Vraiment l'opposition contre le convenu et le ressassé est -un ingrat métier î
J'en viens à ta lettre du 31 juillet, qui était du petit nombre des papiers que j'avais pris avec moi en voyage, et qui bien souvent m'a réchauffé agréablement le cœur. A mon regret, je n'y ai trouvé aucune nouvelle de la Société. Tu peux pourtant me dire en deux mots où elle en est. A-t-elle déjà expédié des circulaires « pour prendre congé? » ou bien, tiendra-t-elle encore? Dieu montrera- t-il sa force dans les faibles, dans Auerbach et consorts? Élira-t-on un messie? Puisque Ganâ veut se faire baptiser, on ne peut songer à lui, et le choix d'un messie sera difficile. Celui d'un âne le serait infiniment moins. La société coloniale de Hambourg veut-elle toujours affirmer son indépendance de la société mère (son indépendance, c'est-à-dire son exemption d'impôts)? Rébellion des membres contre l'estomac; il est vrai que les Hambourgeois prétendent qu'ils sont l'estomac, et, cela, par le motif qu'ils sont grands
mangeurs 1 — Toi ou Gans ou moi-même, avons déjà fait une fois ce mauvais bon mot. — Que Gans ait voulu m'écrire une lettre de réconciliation, c'est tout à fait superflu, puisque je ne l'aime pas moins aujourd'hui qu'autrefois. Il ne m'est pas si facile d'arracher l'amour de mon cœur. C'est là précisément ce qui m'a causé tant de douleurs dans ma vie. Ce que j'aime, je l'aime pour toujours. Dis-le à Gans. Que fait-il? A-t-îl déjà écrit les dernières scènes de la seconde partie de son Droit de succès^ sion? Délibére-t-il encore, le matin, sur les citations qu'il fera dans la journée, et dresse-t-il toujours chaque soir le bilan de sa gloire ? — Mauvaise plaisanterie, vieille et usée !
Je te remercie des notes que tii m'as envoyées, aucune ne manque d'intérêt. — A en juger par le Morgenblait^ Robert est parti pour Berlin. Si c'est le cas, salue-les, elle et lui.
Il te sied mieux qu'à moi de faire de l'esprit sur Michel Béer. J'ai lu la dernière livraison du journal [Art et l'Antiquité ^ Nous vivons dans des tenîps
I. Journal fondé par Gœtlie en 1815, et qui parut longtemps ay«c ëclat. Gœthe y écrivait encore quelques aiinëéi arâtit sa mort (183 S).
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terribles. Si tu vois Béer, demande-lui ce que fait Schlegel; car je suppose qu'il a été, de plus d'un côté, recommandé à ce dernier, de même qu'au grand Gœthe; — Auguste Wolf, M. et madame Wolf, Zelter, etc. Salue pour moi Lessmann trèscordialement. J'ai été à Weimar, il y a là de très-bonne bière. D'Immermann, j'ai reçu, ces jours-ci, une lettre, et sa nouvelle comédie, VŒU de r Amour, Si on la lit avec son titre, elle plaît; autrement pas. il y a là pourtant bien des choses admirâbles. Pense donc que je n'ai pas encore lu le livre de Bopp; mais je le ferai bientôt. Je désire toujours que tu m'en dises quelque chose. — Je voudrais toujours, et maintenant plus que jamais, que tu te fisses entendre sur Byron et C*«. — Ce que tu me marqucîs relativement au conseiller Wilken est vrai; toutefois, il m'est advenu de beaucoup plus singulières histoires de ce genre. La plus amusante de celles-ci, c'est que j'ai rencontré dans le Hartz un théologien qui remorquait avec lui mes Tragédies pour les réfuter à son aise pendant ses beaux loisirs de voyage. Journellement m'arrivent de semblables drôleries, qui parfois me flattent beaucoup, parfois aussi m'humilient très-fort. En voyage, et ici aussi,
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j'ai reinar(|ué que mes petites poésies se répandaient d'une façon singulièrement mystérieuse. — « Toutefois, on ne vous aimera pas, » disait le grand Sartorius *.
Salue pour moi de tout cœur Joseph Lehmann ;, je ne sais réellement pas, dans ce moment, si c'est à lui ou à moi d'écrire. Écris-moi beaucoup de nouvelles; j'en suis altéré.
J'ai été à Weimar ; il y a là aussi de bonnes oies rôties. J'ai été à HaHe, lena, Erfurt, Gotha, Eisenach et Gassel. Grands tours, toujours à pied, et seulement avec mon mauvais surtout brun, tout râpé. La bière à Weimar est réellement bonne. J'espère bien te revoir le printemps prochain, t'embrasser, te tourmenter, et me divertir.
Beaucoup, mais beaucoup de salutations au cher biographe d'Hoffmann et de Werner 2.