DE RIGA
De la détermination du front ([attaque.
L'inspection du plan, seule, donne le front d'attaque i ce n'est ni le front en amont, ni le front en aval du fleuve où l'on serait exposé à voir les tranchées remplies d'eau, ou les prolongements de moitié des faces des bastions et des* demi-lunes se portant de l'autre côté du fleuve» ne
permettraient pas l'établissement des batteries à rieochets.
C'est le front du centre sur lequel les Russes dirigèrent leur attaque en 1709 ; là le terrain s'abaisse en pente vers la ville; point d'inondations à craindre; une terre forte à remuer. Tes débris des maisons, les clôtures des jardins favoriseront les approches; la facilité d'établir les dépôts des outils, munitions et fascinages plus près de la tranchée et dans quelques ravins ou bas-fonds qui doivent se trouver parmi les hauteurs qui dominent la ville de ce côté.
Motifs de cette détermination.
Si Ton veut diriger à la fois deux attaques, Tune sur la ville, l'autre sur la citadelle , elles se lieront mieux; elles seront plus à portée de se seconder mutuellement ; elles exigeront beaucoup moins de travaux et de déve* loppemens de tranchée , et lors même qu'on ne vou« drait pas faire marcher de front les deux attaques, une forte batterie, placée à la droite des parallèles dé l'attaque de la place, prendrait en flanc et tourmenterait considérablement les deux fronts de la citadelle tournés vers la ville, et détruirait d'avance leur artillerie et leurs défenses. Du reste, on trouvera les moyens, en faisant promener quelques batteries d'obusiers autour de la place, d'inspirer de l'inquiétude de tous les côtés et d'empêcher Tassiégé de dégarnir trop d'artillerie, des autres fronts, pour la reporter sur le front d'attaque.
Un iacoBvénieift grave, quand on veut appuyer une attaque sur le bord d'un fleuve, c'est que les places d'armes ou parallèles ne peuvent plus envelopper, dans
son entier, le front attaqué, et que les feux de l'assiégeant ne convergent plus aussi parfaitement sur ceux de Tassiège.
De Faitaque des lignes avancées.
Si Ion avait entrepris d'enfermer tous les faubourgs dans une grande enceinte, comme elle donnerait lieu à un développement immense, qu'elle entraînerait des travaux et des dépenses énormes, il est 1res probable qu'on trouverait l'ouvrage imparfait et des parties faibles par lesquelles l'attaque deviendrait facile, et, d'ailleurs, ces ouvrages arriveraient juste au pied des hauteurs qui dominent la place du côté de Test.
Des précautions coXtre la tête de pont.
Il parait, en effet, qu'on devrait se borner à cerner la tête de pont, sur la rive gauche du fleuve, par trois ou quatre bonnes redoutes armées de quelques bouches à feu, qui tiendraient la garnison en respect.
Je ne vois pas qu'il fût très diflBcile de s'établir dans les îles qui coupent le fleuve en plusieurs bras au-dessus de la ville et de trouver un emplacement favorable pour battre et détruire le pont qui sert de communication entre le fort et la place.
Des précautions contre les embarcations qui tenteraient de remonter le fleuve.
11 faudra établir de fortes batteries sur les deux rives, au-dessous de la place, pour empêcher les frégates et chaloupes canonnières de remonter le Oeuve et de venir inquiéter les travaux et donner des secours à la garnison. Je ne vois pas qu'il soit également utile d'en établir au-dessus de la ville : quelques pièces de campagne
suffiront pour défendre l'approche des ponts de communi* cation.
De /a construction et de la nature des ponts de communication.
Si Ton peut trouver des bois de fortes dimensions sur les bords du fleuve, comme il y a toute apparence, ce sont des ponts de radeaux qu'il faudra établir : ils sont beaucoup plus solides, plus à Tabri des événemens ; on peut les tenir bien plus rapprochés de la place, et les communications en sont plus promptes et plus faciles : à 1)000 ou 1,200 toises un pont de radeaux na rien à craindre des feux de lassiégé.
De la circonvallation.
La meilleure circonvallation, celle qui exige le moins de travail et le moins de monde pour sa garde^ est une ligne de redoutes fermées à la gorge et armées de quelques pièces de bataille ; on peut placer ces redoutes à 4 ou 500 toises de la ville, selon les localités.
De la force de Carmée assiégeante.
La force de l'armée assiégeante se règle sur celle de la garnison et sur les probabilités d'un secours qui pourrait arriver dans la place.
De la farce et de la camposiHan de l'équipage de siège.
La force et la composition de Téquipage de siège se détermine aussi d'après les connaissances que Ton a de l'importance de la place, de l'étendue de ses ressources en munitions et approvisionnemens ; mais quoique il en puisse être, un équipage de 80 bouches à feu me paraitrait suffisant.
Cinq à six compagnies de caDonniers de ligne, avec des auxiliaires pris dans rinfanterie, suffiront également
Il est inutile de demander des pièces de 16 : le calibre de 12 est bon pour le ricochet, le calibre de 24 est nécessaire pour battre en brèche.
Je ne voudrais pas non plus employer des mortiers de 12 pouces : outre les difficultés de transports, les bombes s'enfoncent trop en terre et deviennent moins dangereuses, parce que la plus grande partie des éclats restent enfouis dans le trou. Il faut des mortiers de 10 pouces, en petit nombre, pour détruire les voûtes et les blindages ; des mortiers de 8 pouces contre les batteries de l'assiégé et pour balayer Tintérieur des ouvrages; des grands obusiers pour semer des obus dans tous les quartiers de la ville et tenir les habitans et la garnison tou^ jours sur le qui-vive; des petits obusiers de caitipagne pour déloger Tennemi des chemins couverts.
Le premier inspectmr-général de l'artillerie, commandant en chrf celle de la grande armée,
C^ DE La RiBOlSIÉRE.
Paris, le 22 mars 1812.