‹ Correspondance inédite de l'empereur Napoléon avec le commandant en chef de l'artillerie de la grande armée. Pendant les campagnes de 1809 en Autriche, 1810-1811 en Espagne et 1812 en Russie. Avec un fac similé autographe de Napoléon, et des notes historiques et topographiquesChapitre 13 sur 13 · DE LA RIBOISIÈRE · texte numérisé non relu

DE LA RIBOISIÈRE

Premier îotpcoleur-général de l'artillerie.

Le comte de La Riboisière (Jean-Âmbroise-Baston) , premier iospecteur^géoéral de rartillerîe, grand officier de Tëidpire» grand ofGcier de la Légion-d'Honneur, grand croix de la Couronne de Fer et de plusieurs autres ordres étrangers , né en août 1759, à Fougères (Ule-et-Yilaîoe), fît & Bennes, avec des succès marqués, ses premières études ; poussé par ses goûts militaires, il subit ses examens pour entrer dans rartillerie et fut reçu lieutenant en 1780. Ses connaissances, son aptitude pour le service ne tardèrent pas à le faire remarquer et citer comme un officier distingué. Le jeune Bonaparte arriva bientôt dans le régiment où il servait ; les rapports qui s'établirent alors ontre eux ne furent, à aucune époque, oubliés par Tempereur Napoléon. Capitaine en 1791, le comte de La Riboisière fut, en 1792, chargé d'armer la place de Mayenco et fit partie de la garnison qui défendit

celte ville contre les Prussiens. Laissé en ôtoge lors de sa reddition, il ne rentra en France qu*après 93. Il avait plusieurs fois refusé, pendant la tourmente révolutionnaire^ des grades éminens. A cette époque (1995) , la république, échappée aux sombres horreurs des discordes civiles, puissante au dehors par ses victoires, commençait à jouir au dedans, des bienfaits de cette liberté acquise au prix de tant de sang. Jourdan, Moreau, Hoche» Kléber, Masséna et une foule d'autres guerriers célèbres s'étaient élevés à Tombre du drapeau de la révolution ; leur exemple avait inspiré une noble émulation dans tous les rangs de Tarmée. Aussi LaRiboisiére s*empressa t-il à son retour en France de rejoindre ses anciens compagnons d*armes. Nommé colonel en l'an Y, il fut successivement directeur des parcs d'artillerie des armées d'Angleterre, de Suisse, duRhin et du Danube. Lorsque Napoléon fut devenu empereur, il n'oublia point son ancien compagnon d'armes de La Fère. LaRiboisiëre fut nommé général de brigade, et reçut le commandement de l'artillerie du 4® corps au camp de Boulogne et pendant la campagne d'Austerlitz. Ce corps d^armée, commandé par le maréchal Soult, traverse TAIIemagne, achève devant Ulm l'investissement des Autrichiens qui capitulent , et forme à Austerlitz le centre de l'armée française. C'est le même corps d'armée qui, pendant la bataille, franchit du premier choc les trois lignes russes et les rejetta snr le lac Kénitz, dont il brisa la glace à coup de canon. Lariboisiére se distingua pendant cette glorieuse campagne par le bon emploi qu'il sut faire de ses batteries, et notamment à la bataille d'Austerlitz.

La paix de Presbourg n'a été qu'une trêve de quelques mois pour les armées impériales. Après l'Autriche, c'est la Prusse qui ose encore leur disputer la prééminence, et le cri de guerre retentit bientôt du Rhin aux rives de l'Elbe.

Napoiéçn dit à ses soldats : « On nous donne un rendez-

vous d'honneur à Berlin ; les Français n*oni pas coutume de se faire attendre : marchons sans délai sur Berlin !... »

Berlin ! ce nom leur rappelle Rosbach avec une défaite à effacer ; Berlin ! c'est Brunswick avec son insolent manifeste et sa double invasion de la Champagne. Berlin ! c'est une provocation injurieuse pour la gloire des aigles françaises; Berlin ! c*cst encore une capitale à visiter. Aussi Tarmée répond-elle avec enthousiasme à son chef : « Marchons sur Berlin 1.;. »

A léna, La Riboisiére> malgré les difficultés des chemins, devança^ sur le champ de bataille, les autres troupes du corps d'armée, et parvint, avec son artillerie seule, & repousser rinfanterie ennemie qui^ à plusieurs reprises, essaya de Tenlever, et de faire cesser une canonnade que TEmpereur, do^ son côté , prescrivait, par des ordres réitérés, de continuer avec vivacité.

A Tanguermund^le général La Biboisiére fit jeter sur TEIbe, en présence de Tarmée de Blucker, un pont de bateaux sur lequel défila le 4® corps chargé de la poursuivre. Blessé légèrement à Lubeck, il continua à diriger Tartillerie qui lui avait été confiée pendant le reste de la campagne et une partie de celle de Pologne.

Au mois de décembre, Tarmée passa ta Yistule à Ptock, sur un pont qu'il fit construire avec les seules ressources trouvées dans le pays.

Général de division, et appelé au commandement do l'artillerie de la garde impériale, il soutint à Eylau (dans la position du cimetière), pendant toute la journée, le centre de l'armée avec une batterie de 40 pièces de canon.

Envoyé ensuite devant Dantzick, il dirigea les premières reconnaissances, proposa le plan d'attaque qui fut adopté, et réunit avec une promptitude extraordinaire, le matériel d'artillerie nécessaire pour faire le siège d'une place de prç-

mier ordre, défendue par Tèlile de l'armée prussienne, com* mandée par un des lieutenans du grand Frédéric» le maréchal Kalkreutt.

Le. Gomle de Lariboisiére reçut , après la reddition de Dantzick, pour prix de ses services, la décoration de grand officier de la Légion-d'Honneur, et les ordres des souverains étrangers dont Iqs troupes avaient pris part aux opérations du siège.

Aux batailles d'Heilsberg et Friedland, il avait repris le commandement de rartillorie de la garde.

Après la paix de Tilsit, il tut du petit nombre des généraux qui reçurent, comme récompense de leurs services, des terres en Pologne et pour lesquels TEmpereur annonça qu'il formerait plus tard des fiefs ou majorats.

Gouverneur du Hanovre, il administra ce pays avec un or dre et un désintéressement dont les habitans ont gardé longtemps le souvenir. A son retour en France , il détermina TEmpereur à créer, dans sa garde > deux régimens d'artillerie destinés à servir une puissante réserve de cette arme, réserve qui, plus tard, joua on si grand rôle dans outes les batailles.

A peine vainqueur au septentrion, Napoléon tourna ses regards ambitieux vers le midi. L'Espagne esta nos portes, l'Espagne doit être inféodée au grand empire. C'est la dernière pièce qui manque à l'armure du géant afin qu'il soit invulnérable.

L'Espagne sera conquise. Sa pensée esta peine formulée que trois armées franchissent les Pyrénées , et , comme des flèches mortelles, vont frapper la Péninsule sur trois points à la fois. A ces trois armées en succède une quatrième, conduite par Napoléon lui-même ; La Rîboisière, chargé du commandement en chef de l'artillerie de l'armée lors de son entrée en Espagne, remplissait ces fonctions à Sommo-Sierra et à la prise de Madrid.

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Ëpuisée pAr vingt ans de lottes terribles et incessantes , TAutriche fait an effort saprême poar arracher , à FEmpire français , quelques lambeaui des belles profiitces dont ses défaites Tont dépouillée. Une armée considérable ^ cofnmandée par rarchiduc Charles^ s*est réunie sur les rives du Danube ; Napoléon s'avance, h marches forcées, pour dè> traire cette dernîére armée. En commençant cette campa*gfie, il appelle auprès de lui son commandant en chef d'ftr-' tilierie LaBiboisière et lui donne, après la bataille d*EslÎDg, les mêmes fonctions qu'en Espagne.

Napoléon avait annoncé que Wagram serait une lutte de géants , et qu'on ne se battrait qu'à coups de canon. Tout fut préparé pour remplir ses intentions : par les soins du général La Riboisière, 9 ponts de bateaut furent jetés sur le Danube ; File Lobau garnie de formidables batteries ; une immense artillerie amenée sor le ehamp de bataille, et la grande réserve> organisée par loi y vint, pour la première fois, décider la victoire.

Appelé^ en 1811, à la première inspection de Fartillerte, le comte de La Riboisiére eut à s'oecfuper de suite de Forga-^ nisation de Fimmense artillerie qui devait servir dans la guerre devenue imminente entre la France et la Kus^ie... Distrait un moment de ces soins par la mission quil reçut dd chasser de ht rade d'Hyères une flotte anglaise, qui était te^ nue y jeter l'ancre , il partit immédiatement après poor aller prendre le commandement de FartiHerie de la grande Btf* mée qui se réunissait sur les bords de la Vistule. Il avait prévu toutes les difficoltés de fa campagne qui allait s'ouvrir, aussi trouva-t-il promptement le moyen de réparer les pertes que l'armée éprouva avant notre entrée & Wilna. A 9mo^ lensk, 638 bouches à feu tonnaient sur la place, et 2,477 cais^ sons, chargés de munitions, les approvisionnaient. Le fonder main de notre entrée dans cette ville, te général LtRiboisière^

appelé par FEmpereur à émettre son opinion sur lesévénemens militaires , donna le conseil de s*arrêter et Fappuya sor de si fortes raisons, qu*aa retour TËmperear, loi rappe^ tant cette conversation y ajouta : « J'aurais dû suivre votre » avis et rester ici. » En effet, c'était une grande et terrible mission que celle qu'entreprenait Napoléon de renverser Fœuvre fondamentale de Pierre-le-Grand. Déjà une fois, alors qu*il n'était que général des armées de la république, FAsio avait repoussé sa fortune à St-Jean-d'Acre ; empereur^ il voulut prendre sa revanche à Moscou. Mais à Moscou comme à St-Jean-d'Acre, il frappa vainement aux portes de l'Asie.

Charles XII avait succombé dans cette entreprise » il devait y succomber comme Charles XII. Il est vrai que le pre<-. mier perdit son armée dans une bataille et que celle de Napoléon fut anéantie par le froid et par la misère.

Envoyé, la veille de la bataille de la Moscojva, reconnaître la position de Fennemi, La Riboisiëre détermina la place des batteries qui devaient détruire les redoutes que Fennemi avait établies sur sa gaudhe. 44,000 coups do canon tirés le lendemain, et les autres consommations de munitions de guerre, faites et remplacées dans les journées qui suivirent , prouvèrent que le général La Riboisiére, pour assurer leser-^ vice de l'artillerie, dans cette campagne, avait triomphé de difficultés et d'obstacles qui ne s'étaient point encore présentés. Mais cette bataille de la Moscowa, qui fut un jour de gloire pour l'artillerie, devint un jour de deuil pour son chef: il perdit son jeune fils, officier au 1^' régiment de carabiniers» Ce coup fut terrible pour le général Lariboisiére. En le recevant il s'écria : « La balle qui a frappé mon fils va priver » la patrie de deux bons serviteurs. » Cruel pressentiment qui ne tarda pas à se réaliser! ! Cependant les devoirs qu'il avait à remplir l'arrachèrent & sa douleur. L'empereur, de-

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