‹ Correspondance inédite, faisant suite à son journal, accompagnée de fragments également inédits de ses œuvres posthumesChapitre 64 sur 91 · FRAGMENT 1)'U>E LETTRE · texte numérisé non relu

FRAGMENT 1)'U>E LETTRE

lable, et d'ailleurs assez instruit pour me douter qu'on \eut ni'amuser et me tromper; et je soupçonne très-fort que cette éclipse ne reparaîtra ])lus en public.

Cependant, puisque Olympie a osé se montrer et que ses représentations sont suivies avec autant de vivacité que de courage, l'on ne doit désespérer de rien. Nous pourrions bien revoir l'écIipse.

En attendant son retour promis par la Gazette, je souffre tout ce (pic l'on peut souffrir de ce que cette Olympie tient le théâtre.

Le badaud aime à la folie à voir officier monseijjneur l'archevêque d'Ephèse, parce que celui de Paris est à la Trapj)e et qu'il ne peut plus le voir officier à Notre- Dame.

C'est là, sans badiner, ime des causes de la réussite de ce catafalque de tragédie.

Joignez à cela la pompe des belles processions du clergé d'Ephèse ', et des chastes religieuses qui servent, comme on sait, à ce clergé. Ajoutez ces reconnaissances incompréhensibles et impossibles, inadmissibles et nuisibles, terribles et risibles de ces sensibles personnages , que nous trouvons tous insensibles.

Et surtout n'oubliez pas le doux et l'agréable passetemps de voir de ses deux yeux parisiens brûler vive une

' <! La pompe théâtrale était portée jusqu'à l'excès du ridi- » culc dans cette tragédie. C'était luie pantomime comme aux )» danseurs de corde, un peu etmoblie cependant, mais plus » froide. Le spectacle du bûcher était misérable. Il ne faisait " ni ne pouvait faire aucune illusion. » [Note de Collé.)

SUR OLYMPIE. :i'iU

lenime au milieu des flammes })eintes svu- un papier trans[)arent ;

Et le convoi et enterrement de la reine Stativa qui précède cette situation de feu;

Et son oraison funèbre prononcée par Mademoiselle la princesse sa fille, se disant ci-devant petite cordelière au grand couvent d'Ephèse , où feu Madame sa mère , cpii vit encore, a pris l'habit depuis quinze; ans, sans <pie personne en sût rien, et où elle est devenue, par son mérite, la mère des novices.

Tout ce spectacle , propre à inspirer la piété ou la pitié, a jeté dans l'extase le peu de badauds qui existent à Paris, et m'a fait, moi, pleurer sur Jérusalem.

Ce n'est pas que je ne convienne de bonne foi, à l'égard du bûcher, que, vu la glace de tous les personnages de cette tragédie à la glace, elle avait besoin d'être au moins réchauffée par un feu physique, l'auteur n'ayant pu d'ailleurs enflammer, à son ordinaire, notre âme et )iotre esprit : chose qu'il regarde peut-être, à présent, comme une ressource trop triviale et qu'il ne veut ])lus employer dans sa vieillesse.

Mais aussi il faudra que l'on m'accorde qu'il est bien (ort de vouloir faire prendre au public des jeux de grandes marionnettes pour des ressorts de tragédie, et de la prose rimée pour des vers ; de mettre sur la scène deux capitaines d'Alexandre, dont l'urj est froid, ferrailleur et bon enfant, au demeurant, et l'autre un Gassandre devenu dévot, et qui encore n'a que l'attrition.

Si du moins ce Gassandre tragique avait eu la contri-

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tion parfaite, passe! Rien ne serait plus naturel et plus convenable à un lieutenant d'Alexandre le Grand !

L'on voit, dans tous les historiens, qu'après la mort de ce conquérant, ses capitaines, qui se partagèrent le monde, n'étaient occupés que d'initiations, ne pensaient qu'à se confesser aux prêtres de Babylone ou d'Éphèse, enfin à se convertir les uns et les autres.

Je crois même que saint Paul rapporte à ce sujet quelques faits relatifs à ce caractère de dévotion , caractère distinctif des capitaines d'Alexandre. Il me semble , autant que je puis m'en souvenir, qu'il dit, dans une épître aux Ephésiens, « qu'une conscience timorée, des remords, une dévotion et une contrition parfaites, constituaient, généralement parlant, le caractère de ces grands hommes qui aidèrent le vainqueur de la terre à la conquérir. »

Supposons que saint Paul ait dit ce que je viens de rapporter, M. de Voltaire serait toujours blâmable de ne l'avoir pas suivi assez exactement. Il n'a donné, ainsi que je l'ai dit, que l'attrition à son Cassandre.

Encore une fois, ce n'est point là l'idée que les historiens nous ont laissée des lieutenants d'Alexandre. Ils ont tous tenu pour la contrition parfaite. Et n'y eut-il que ce seul défaut de vraisemblance dans les caractères, on ne me fera jamais prendre cette vessie de tragédie pour une lanterne^ quelque magique qu'elle soit.

Je crains très-fort, du reste, de mourir du désespoir que me cause cette apparence de succès. J'entrevois les suites qu'elle peut avoir pour moi. Messieurs les tragé-

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cliens partiront de ce prétendu succès pour suivre, en jolis moutons, Monsieur leur syndic, et nous n'avirons, à l'avenir, que des pantomimes à feu et à sang, au lieu de véritables tragédies. Ce sont là mes mortels chagrins. Je n'ai point d'autre parti à prendre, pour les calmer, que de m'aller jeter aux pieds des prêtres d'Éphèse , et d'essayer moi-même de leurs initiations.

0 l'impie! s'écrie M. d'Argental '.

^ « M. d'Argental a été le plus grand fanatique de M. de Vol- » taire, et n'a jamais vu un seul défaut dans ses tragédies; » galant homme d'ailleurs. On sait qu'il était frère de M. de » Pont-de-Vesle, connu par quelques chansons qu'il a faites, et » des comédies qu'il a voulu faii'e et qui sont de feu M. Salle, » secrétaire de M. de Maurcpas. » {Note de Collé.) Voyez, en ce qui concerne ce M. Salle, les détails curieux consignés à la page 381 et suivantes.

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