A GONTCHARENKO RÉFRACTAIRE
17 janvier 1905.
Cher frère Evtikhi Egorovitch,
J'ai reçu votre lettre et me suis réjoui pour vous, à cause des bons sentiments et des idées
1. Opposé à toute violence et à tous les moyens révolutionnaires, L. N. Tolstoï, néanmoins, s'est fait l'apôtre de la doctrine qui doit fatalement conduire à la destruction de tous les gouvernements, doctrine dont le point principal est le refus individuel et en masse du service militaire.
Pendant сез vingt dernières années, il n'y a pas un seul livre, pas un seul article de Tolstoï, où ne se retrouve cette idée; et chaque fois que s'est présenté un cas de refus du service militaire , en quelque point du globe que ce fût, Tolstoï a pris la plume pour redire que c'est le seul moyen de lutter eîficacement contre les gouvernements.
Les quelques lettres suivantes répondent précisément à diverses questions se rattachant à des eus de refus du service militaire.
COKRESPONDANGE INEDITE
qu'elle contient, et de ло1ге état moral ferme et courageux. Je ne puis vous donner aucun conseil sur votre façon d'agir dans l'avenir. A^ous savez aussi bien que moi en quoi consiste l'œuvre du chrétien. Tous, nous devons aspirer à être parfaits comme notre Père du ciel, et nous tous, dans la mesure de nos forces, arrivons à ce degré de perfectionnement que /nous laissent accessible nos faiblesses. Nous tous savons que plus nous irons loin dans ce perfectionnement, mieux ce sera pour nous. C'est pourquoi nous n'avons rien à vous apprendre, et celui qui ne supporte aucune épreuve peut encore moins apprendre quelque chose à celui qui en supporte. Je ne puis que me réjouir de ce que vous avez fait et faites, et vous souhaiter la feraieté nécessaire pour persévérer dans l'accomplissement de la volonté de Dieu. Je vous souhaite aussi cette douceur et celte bonté nécessaires pour ne pas rompre vos rapports aimants avec les hommes qui se croient vos chefs. Jusqu'ici je crois que vous avez agi ainsi et j'en suis très heureux.
A GONTCHARENKO lŒFUACTAIRE 26o
Au revoir. Si vous m'écrivez encore, je vous en serai très reconnaissant.
Je vous embrasse fraternellement.