‹ Correspondance inédite;Chapitre 41 sur 123 · Célèbre couvent · texte numérisé non relu

Célèbre couvent

Je m'étonne que vous vous soyez décidés de partir à Moscou et me réjouis que cela vous ait réussi. Ecrivez-moi, je vous en prie, comment va sa santé. D'après votre lettre, on ne voit pas encore si le danger est tout à fait écarté.

Л cette terrible nouvelle que nous a communiquée Kouzminski, ma femme et moi avons été surpris en constatant par là combien nous vous aimons tous deux.

Que Dieu vous aide î Л^Мге,

Décembre 1870.

J'ai reçu votre lettre il y a une semaine, et je n'y ai pas répondu parce que du matin au soir j'étudie le grec. Je n écris rien; je ne fais qu'étudier.

A en juger par les renseignements qui me sont venus de Borissov, votre peau que vous proposez comme parchemin pour mon diplôme de grec se trouve en danger. C'est incroyable

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et ne ressemble à rien! Cependant j'ai étudié Xénophon et le lis maintenant à livre ouvert. Pour Homère, il me faut le dictionnaire et un peu d'attention. J'attends avec impatience l'occasion de montrer à quelqu'un ce tour de force.

Mais combien je suis heureux que Dieu m'ait intligé cette folie : 1° parce qu'elle me donne un grand plaisir, et 2° parce que je me suis convaincu que de tout ce qui, dans le verbe humain, est vraiment beau, d'une beauté simple, jusqu'à présent je ne savais rien, comme tout le monde; 3° parce que je ^| n'écris pas et n'écrirai jamais de sottises. ^Щ

Excusez moi, je vous jure que je ne le ferai plus!

Au nom de Dieu, expliquez-moi pourquoi personne ne connaît les fables d'Esope, ni même le délicieux Xénophon, et je ne parle pas de Platon et d'Homère, que je dois encore étudier.

Gomme j'en puis déjà juger, Homère est ] déformé dans nos mauvaises traductions, imi tées de l'allemand. Voulez-vous une compa

raison, vulgaire peut-être, mais qui s'impose : l'eau bouillie et distillée, et l'eau de source qui brise les rochers, qui court, même chariant du sable, mais qui en devient plus pure et plus fraîche. Tous ces Voss et Joukliovski^ chantent dune voix quelconque, gutturale, geignarde, doucereuse. L'autre diable chante à pleine voix, sans que jamais lui vienne en tête que quelqu'un peut l'écouter.

Vous pouvez triompher, sans la connaissance du grec, il n'y a pas d'instruction. Mais quelle connaisance ! Gomment l'acquérir? Pourquoi est-elle nécessaire? Pour toutes ces questions, j'ai des réponses claires comme le jour.

Vous n'écrivez rien de Marie Pétrovna, d'où nous concluons avec joie que sa guérison progresse.

Tous les miens sont bien portants et vous saluent.

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