L. Tolstoï
6 avril 1878.
Cher Afanassi Afanassiévitch,
J'ai reçu votre belle et longue lettre. Ne me Jouez pas trop. Vraiment, vous voyez en moi trop de bon et chez les autres trop de mauvais. 11 n'y a qu'une chose de bien en moi : c'est que je vous comprends, et c'est pourquoi je vous aime. Cependant, bien que je vous aime tel que vous êtes, je me fâche toujours contre vous, parce que u Marthe se met en peine de beaucoup de choses, alors qu'une seule chose est nécessaire ». Et celle seule chose est chez vous très forte, mais vous la négligez et vous
adonnez toujours au billard. Ne pensez pas que je fasse allusion aux vers, bien que j'en attende; non, ce n'est pas d'eux que je parle. Ils viendront, même avec le billard. Je pense à celte conception du monde qui permettra de ne pas se fâchera cause de la sottise humaine. Si Ton pouvait nous broyer clans un môme mortier et en mouler ensuite deux nouveaux hommes, ce serait une belle paire. Autant il y a en vous d'attachement pour les choses de ce monde, — de sorte que si quelque chose, par une cause quelconque, venait à se briser, vous souffririez beaucoup, — autant j'y suis indifférent, indifférent à tel point que la vie est pour moi sans intérêt, si bien que je deviens pénible pour les autres à force de répéter la même chose.
Xe pensez pas que je devienne fou, mais je suis de mauvaise humeur. J'es[)ère que vous m'aimerez quand même.
Notre salut à Marie Pétrovna.
Apôtre,