‹ Correspondance inedite scientifique et littéraireChapitre 9 sur 41 · ALEX. DE HUMBOLDT AU D' J. INGENHOUSZ · texte numérisé non relu

ALEX. DE HUMBOLDT AU D' J. INGENHOUSZ

Je me h&te de vous mander les résultats de mes expériences sur les terres simples; expériences qui paraissent répandre quelque lumière sur la nature de ces éléments problématiques, et qui viennent à l'appui des idées ingénieuses que vous avez annoncées dans votre mémoire sur la nourriture des plantes. J'avais observé, comme vous, que l'humus ou la terre végétale décompose totalement l'air atmosphérique, en lui enlevant l'oxygène et ne lui laissant qu'un résidu d'azote mêlé de quelques centièmes d'acide carbonique. J'attribuai ce phénomène aux bases acidiflables (au carbone, à l'hydrogène, à l'azote...) qui sont constamment mêlés à l'humus, et je présumai que la fertilité du sol dépendait principalement des oxides de carbone et d'hydrogène qui se forment dans le sol, et qui sont plus faciles à être décomposés par les végétaux que l'acide carbonique etl'eau même. En travaillant sur ces objets, je trouvai que V argile grisâtre qui forme la gangue du sel gemme dans les Alpes de l'Autriche et du pays de

Sâlzbourg (le lebergestein des mineur» allemands), a la même propriété de décomposer Tair atmosphérique que la terre végétale. Je mis sous des cloches de cette argile humectée, en contact avec de l'air, et je formai dans ma chambre à la température de 14 ou 15® Réaumur, les mêmes moffettes d'azote, dont les mines de sel gemme sont infectées.

De 3,000 parties d'air atmosphérique qui, d'après une analyse exacte se trouvaient composées de 852 oxygène, 2,103 azote,

45 acide carbonique, il ne restait, après 18 jours, que le volume de 2,460 parties, composées de

81 oxygène, 2,207 azote mêlé d'hydrogène, 172 acide carbonique.

Il n'y eut donc que 127 parties d'acide carbonique de produit, dans la formation desquelles (selon le principe de l'illustre Lavoisier) sont entrées 35,5 oxygène. Or, le résidu de 2,460 parties, ne contenant que 81 d'oxygène, on doit conclure que de 0,28 près 0,24 ont perdu l'état gazeux, et sont entrées en combinaison avec l'argile. Peu de mois après, travaillant au laboratoire de Vauquelin, je trouvai de l'argile blanche (de Montmartre), qui, en temps égal et à la température de 1 7-20® Réaumur, absorbait plus d'oxygène que le phosphore. Ces observations me menèrent insensiblement à la découverte que je me hâte de vous an-

noncer, à celle qvs les terres simples et très-pures humectées d'eau distillée y absorbent à une température très-basse, l'oxygène de V atmosphère. J'ai fait (en dix jours) de l'azote tout pur avec de V alumine.

Le baryte ne laissa que 0,08 d'oxygène, en ayant absorbé 0,19. La c/iawa? décompose aussi l'air atmosphérique, mais plus lentement. La silice et la magnésie ne paraissent pas être douées de cette propriété d'absorber l'oxygène. Une expérience dans laquelle la silice parait absorber 0,09 d'oxygène, a laissé quelques doutes. Voilà des phénomènes très-frappants, et sur lesquels il faudra varier les expériences. Nous voyons que ce sont les terres qui désoxident l'atmosphère, et qui agissent dans l'humus. Sont-ce ces éléments problématiques qui se combinent eux-mêmes avec l'oxygène, ou, par un jeu d'affinité jusqu'ici inconnu, donnent-ils à l'eau distillée la propriété de dissoudre l'oxigène ? Voilà une question sur laquelle je n'ose encore prononcer en ce moment. Il me paraît que ce phénomène se lie parfaitement aux idées que vous avez avancées sur l'oxygénation du sol. Ce n'est qu'en multipliant les faits que nous parviendrons peu à peu à résoudre les grands problèmes de l'agriculture.

Madrid, le 3 floréal an VII (23 avril 1799).

J'ai Yu dans votre journal, quelques considérations très-intéressantes sur la composition chimique de l'air dans des couches très-élevées. L'auteur de ces considérations, répandant quelques doutes sur l'exactitude des moyens employés pour analyser l'air, je vous supplie d'insérer à ce sujet quelques lignes dans votre prochain numéro. La pression avec laquelle l'eau est entrée dans le flacon d'air rapporté par le G. Garnerin, lorsque je le débouchai, prouve que l'air avait conservé sa rareté, et qu'il n'était pas mêlé avec celui de la plaine. Pour ce qui est de l'analyse de l'air même, je crois avoir prouvé (et des chimistes célèbres sont d'accord avec moi) que le calcul fondé sur des expériences faites avec le gaz nitreux, le sulfate de fer, et le gaz acide muriatique oxygéné, indique avec la plus grande certitude une augmentation ou diminution de tïu d'oxygène. Il est très-important de connaître cette limite de l'erreur d'une méthode qui, un jour, pourra devenir très-intéressante pour un'travail sur les réfractions terrestres. Voyez mon mémoire sur le gaz nitreux, dans les Annales de chimie, t. XXVIII, p. 123-180. Je ne suis pas surpris d'ailleurs, que les expériences faites dans les Pyrénées, ne présentent pas cette diminution graduelle d'oxygène à laquelle on devrait s'attendre, en

examinant Tair à différentes hauteurs. J'ai comparé (il y a un an) souvent l'air de la plaine à celui d'une montagne (le Geisberg) élevée à 1,200 mètres audessus de la mer, et j'ai trouvé que le dernier contenait quelquefoisTVô, quelquefois à peine tvt moins d'oxygène que le premier. La fonte de la neige purifie singulièrement l'air, comme je crois l'avoir prouvé dans mon ouvrage sur la composition chimique de l'atmosphère. L'eau de neige est une eau oxygénée, et c'est pour cela qu'elle stimule si fortement les plantes, comme l'analogie de mes expériences faites avec l'acide muriatique oxygéné le prouvent. Les pâturages les plus beaux sont ceux que l'eau de neige arrose souvent. L'acide carbonique trouvé dans l'air rapporté par le G. Gamerin, me paraît lui être intimement mêlé, et ne pas provenir de l'eau contenue auparavant dans le flacon. Ge flacon, quand je le reçus, était tout sec, et je ne trouve pas de vestige d'acide carbonique dans un gaz oxygène bien pur, mis en contact avec l'eau.

Salut et amitié,

HUMBOLDT

ALEX. DE HUMBOLDT AU BO» DE rORELL, MINISTRE PLÉNIPOTENTIAIRE DE SAXE A MADRID (26).

Cumana, 16 Juillet 1799.

Extrait. J'espère que vous aurez reçu ma lettre de Ténériffe, du 25 juin, dans laquelle je vous annonçais

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mon ascension au pic de Teyde. Je jouis à une élévation de 1,917 toises, ou 4,473 vares castillanes d'une vue magnifique au milieu des mers.

J*ai adressé au brigadier D. Raphaël Glavijo une petite collection de minéraux, qui démontrent que le pic de Teyde est une montagne composée de basalte, de porphyre ardoisier et de porphyre-obsidienne, qui repose, de la même manière que la formation basaltique du Portugal, sur la pierre calcaire.

Cette collection prouve également que la pierre ponce (pomez) dont on avait coutume jusqu'à présent d'attribuer l'origine au feldspath est une décomposition de l'obsidienne par le moyen du feu.

J'ai analysé l'air atmosphérique que j'avais recueilli au même pic de Teyde, et j'ai trouvé qu'il ne contenait pas plus de 0,18 d'oxygène, tandis que l'air atmosphérique de la plaine me donnait 0,27 de cette même substance (27).

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