‹ Correspondance littéraire (volume 2)Chapitre 100 sur 167 · Son secrétaire. (Meister · texte numérisé non relu

Son secrétaire. (Meister

2. L'Histoire secrète de la cour de Berlin; voir précédemment p. 374. Il n'est pas démontré que Mirabeau en soit l'auteur.

prince Henri est Crès-maltraité dans cet écrit, on ne peut pas avec bon sens l'attribuer à l'écrivain qui a fait de ce prince un Irès-grand éloge dans la Lettre à Frédéric-Guillaume. Que

croira-t-on, an écrit avoué et qui porte mon nom, ou un livre anonyme et dont l'inscription même est Ouvrage posthume? Je n'entends pas ce délire.

« Dans cette circonstance, je ne puis rien de plus que de vous autoriser, comme je le fais par celte lettre, à publier sous mon nom, partout où vous le pourrez, le desaveu d'un ouvrage que je tiens sûrement pour répréhensible, puisque les gens que j'aime et j'estime le plus le condamnent, et ont un vif chagrin qu'il me

attribué. Entendez-vous pour la rédaction de ce désaveu avec M. Panchaud, M. Dupont et M. le marquis de Casaux, que je supplie de la surveiller, puisqu'ils ont sur moi l'avantage de connaître l'ouvrage, et qu'ils ont la bonté d'être si inquiets de l'imputation qui m'en est faite; elle ne peut avoir quelque con-

icnce qu'autant qu'il est évident que le fonds de cet ouvrage est de moi. et cela est possible, puisque les lettres que j'ai écrites de Prusse h Paris ont passé, par plusieurs cascades, dans plusieurs mains. Mes amis et les ministres n'en ont certainement pas abusé; mais ces derniers peuvent-ils répondre de leurs subalternes? Il me semble qu'il y a une manière bien simple, nvme pour les gens les plus partiaux, de s'assurer que la publication de cet ouvrage n'est pas mon fait, lors même que l'ouvrage paraîtrait évidemment de moi. Or je ne puis être comptable que de la publication, car j'ai certainement pu et dû écrire de Berlin au ministre ce que je croyais vrai. Y a-t-il des lacunes dans l'ouvrage? Les réponses à mes lettres y sont-elles? Y trouve-t-on les lettres auxquelles je réponds? Alors on peut soutenir que l'ouvrage a été communiqué par moi, et la méchanceté doit tirer un grand parti de cette probabilité, quoique la supposition du vol soit au moins aussi vraisemblable. Mais si ce que moi seul ai pu communiquer n'est pas dans cet ouvrage, et si les matériaux en ont été évidemment entre plusieurs mains, peut-on équitablement m'en imputer la publication? Dans un cas, il est donc incertain que je sois coupable, et dans l'autre il est certain que je ne le suis pas ; comment dans une telle alternative pourrait-on avec quelque candeur balancer sur le tout? Il m'est impossible de partager vos inquiétudes : on ne peut me pour-

suivre qu'en prouvant matériellement que je suis l'auteur et le publicateur de cet ouvrage, et l'on ne prouve pas ce qui n'est pas. Que M. Séguier fasse brûler le livre, cela me paraît tout simple; que le roi le lui ait dénoncé, il est évident qu'il devait cette satisfaction au corps diplomatique; mais qu'on m'en poursuive pour l'auteur, ce serait une iniquité qu'assurément je poursuivrais à mon tour ! ; je ne le crains point, elle est trop grossière. Il est trop évident que ceux qui ne me veulent point dans l'Assemblée nationale ont ourdi cette trame, et c'est en les laissant s'enlacer dans leurs noires machinations que je déjouerai leur haine.

« Faites de tout ceci l'usage que vous voudrez. « Qu'est-ce que l'accident personnel dont vous me parlez? » — Le mercredi lk janvier, on a donné sur le Théâtre-Italien la première représentation des Deux petits Savoyards, comédie en prose et en un acte, mêlée d'ariettes. Le poëme est de M. Marsollier des Vivetières, l'auteur de Nina, la musique de M. le chevalier Dalayrac.

J'estime plus ces honnêtes enfants Qui de Savoie arrivent tous les ans, Et dont la main légèrement essuie Ces longs canaux engorgés par la suie...

C'est ainsi, c'est avec cette grâce qui ne l'abandonnait jamais, même en parlant des choses qui en paraissent le moins susceptibles, que M. de Voltaire a désigné dans son Pauvre diable les héros de la pièce nouvelle.

Un joli vaudeville termine ce petit drame d'un genre et d'un intérêt aussi neuf qu'attachant. Voici le dernier couplet que le public a fait répéter avec beaucoup d'applaudissements :

Les Deux Savoyards ; quel ouvrage !

Comment traiter ce sujet-là?

Messieurs, prononcez sur cela.

Nous attendons votre suffrage.

1. C'est, disent aujourd'hui de mauvais plaisants, le sieur Caron de Beaumarchais que M. de Mirabeau prétend poursuivre comme l'éditeur perfide de sa Correspondance de Jockey diplomatique. En effet, M. de Beaumarchais ne s'cst-il p:is déjà rendu coupable d'un délit de ce genre, en imprimant le libelle posthume de M. de Voltaire contre le feu roi de Prusse, etc., etc. (Mebter.)

Si vous Paccordex, on sont bien Que votre indulgence eu est cause.

Voilà pourtant, voilà comme d'un rien Vous pouvez taire quelque chose.

Le prodigieux succès de ce charmant petit ouvrage est dû

essentiellement à une suite de tableaux singuliers, mais qui respirent le plus heureux mélange d'intérêl et de gaieté. Les rôles des deux petits Savoyards, dont les détails sont pleins de finesse et de vivacité, ont été rendus avec la grâce la plus piquante par Mme Saint- Vubin et M11'- Renaud la cadette. La musique a fait plaisir; l'auteur a suivi souvent le caractère original et naïf des chants que nous font entendre nos Savoyards, et leur a su prêter quelquefois l'expression la plus vive et la plus vraie.

— Comment se défendre de parler d'une tracasserie qui a presque fait diversion, du moins pendant deux fois vingt-quatre heures, aux grandes querelles sur les privilèges, sur le tiers, sur le quart? Il y avait fort longtemps que M'ncla comtesse de Brionne n'avait été invitée par billet au Palais-Royal. Surprise de recevoir de M*** de Reuilly, dame d'honneur de M'"° la duchesse d'Orléans, un billet écrit avec toute la sécheresse du protocole1 établi entre les princesses du sang et les femmes de qualité, elle crut apparemment pouvoir lui donner une leçon. Mmc de Reuilly est la nièce de sa meilleure amie, Mme de Blot, et a été pour ainsi dire élevée sous ses yeux; dans un moment d'humeur elle dicta donc la réponse suivante, où l'on reconnaîtra sans doute difficilement la mesure et la grâce qui distinguent habituellement l'esprit et le ton de Mn,c de Brionne :

« J'ai l'honneur de vous envoyer, madame, un billet dont la destination me paraît pour Mme de Brionne 2 ; le style de cette invitation semble en effet devoir la conduire vers le tiers; et ce qu'il y a de certain, c'est que je ne suppose pas qu'il soit dicté pour moi. Recevez, madame, je vous prie, l'expression de tous les sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être très-sincèrement votre très-humble et très-obéissante servante.

« De Rouan, comtesse de Brionne. »

1. Le protocole des princes est : « Monseigneur... vous prie de vouloir bien venir souper tel jour. » Celui de Sa Majesté : a Le roi vous invite à venir, etc. »

MuvrEn.)

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