‹ Correspondance littéraire (volume 2)Chapitre 117 sur 167 · Le vendredi 26 février · texte numérisé non relu

Le vendredi 26 février

exagéré de l'espérance, sentiment qui existe plus ou moins dans le cœur de tous les hommes, mais dont l'exagération peut être comique; M. Collin nous le prouve; c'est donc moins le choix du sujet que l'on peut lui reprocher, que l'intrigue qu'il a imaginée pour développer le caractère de son faiseur de châteaux en Espagne. Elle est fondée sur un quiproquo qui, sans être absolument invraisemblable, est trop romanesque pour être vraiment théâtral. La manière dont se prolonge l'erreur causée par cette méprise fait trop sentir les efforts que l'auteur a été obligé de faire pour remplir l'espace de cinq actes : dès le troisième, Florville pouvait la faire cesser, sa position même semble l'y engager, et l'on conçoit difficilement, malgré tout l'art du poëte, pourquoi il s'obstine si longtemps à ne pas se faire connaître ; mais ces défauts donnent lieu à tant de traits charmants, presque tous amenés par la situation même, que l'on est forcé de lui pardonner. Son dialogue est toujours vrai, facile, du meilleur goût et du meilleur ton. Plus nous avons vu cette charmante comédie, plus nous avons désiré de voir l'auteur s'occuper davantage du choix de ses sujets, et les concevoir d'une manière plus ferme et plus profonde.

La première représentation des Châteaux en Espagne avait déjà eu beaucoup de succès, mais le quatrième et le cinquième acte avaient paru inférieurs aux trois premiers. M. Collin n'a pas balancé, il a retiré sa pièce, et en moins de huit jours refondu son quatrième acte et refait en entier le cinquième. Voltaire seul nous avait donné avant M. Collin l'exemple de cette incroyable facilité. Le succès complet de la reprise a été la récompense d'un travail qui n'honore pas moins la docilité de son goût que l'extrême fécondité de son talent.

— Le 26 mars, on a donné sur le Théâtre-Italien la première représentation de V Heureuse Inconséquence, ou la Fausse Paysanne, comédie en trois actes et en vers, mêlée d'ariettes, par M. de Piis. La musique est de M. Propiac, l'auteur de celle des Trois Déesses rivales.

Il paraît que M. de Piis, encouragé, peut-être même lassé des succès que lui ont valus ses nombreux opéras en vaudevilles, veut quitter ce genre et essayer son talent dans une carrière où il faut pour réussir quelque chose de plus que de jolis tableaux et quelques couplets agréables. Ces mêmes ressources avaient

pourtant obtenu une sorto de faveur à son drame mythologique des Trois Déesses rivale*, mais cette faveur n'a pas duré longtemps, et celle de la Fausse Paysanne ne parait guère plus assurée.

Le fond de cette comédie a paru trop romanesque, trop peu vraisemblable pour inspirer un véritable intérêt; ce qui ajoute encore à ce défaut essentiel, c'est une foule de détails étrangers t't minutieux qui retardent la marche de l'action et la rendent souvent assez obscure, au moins fort embarrassée.

Quant à la musique, elle confirme tristement le peu d'espérance que nous avions conçu du talent de M. Propiac, lorsque nous eûmes l'honneur de vous rendre compte de la musique des Trois Déesses rivales l ; celle de cet ouvrage n'offre ni plus d'invention, ni plus de variété.

— Il y eut encore une séance publique de l'Académie française, le jeudi 12 mars, pour la réception de M. de Nicolaï, premier président de la chambre des comptes, élu à la place de M. le marquis de Chasfellux -. Le récipiendaire, après avoir parlé avec beaucoup de modestie de l'honneur qu'il venait d'obtenir, après avoir jeté un coup d'oeil rapide sur l'esprit du siècle, sur les progrès de l'opinion, après avoir distribué beaucoup de louanges à l'Académie en général, et à plusieurs de ses membres en particulier, s'est attaché à rendre à la mémoire de son prédécesseur tous les hommages dus à sa passion pour les sciences et pour les arts, à l'amabilité de son caractère, à la facilité de son esprit, à l'étendue et à la variété de ses connaissances, à ses succès militaires en Allemagne et dans l'Amérique septentrionale, etc. ; enfin il a caractérisé le mérite de ses différents écrits, dont les principaux sont un Traité de la félicité publique, un ouvrage sur X Union de la poésie et de la musique, X Eloge du baron de Closen, celui d'Helvétius, ses Voyages en Amérique, etc., etc. Ce discours, assez long par lui-même, l'a paru davantage encore par l'extrême lenteur avec laquelle il a été prononcé.

51 M. de Rulhière qui a été chargé de lui répondre en qualité de directeur de l'Académie. Il s'est étendu d'abord avec

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