Frédéric moarut à Potadam, le 17 août auivant
3. Cette lettre, inédite, sans signature ni adresse, a passé d'une vente de TAlliance des Arts (18i4) dans la collection du baron de Stassart, léguée par lui àTAcademie royale de Belgique, et c^est à l'obligeance de M. le chevalier Edm. Marchai, secrétaire adjoint de cette compagnie, que nous en devons la communication. Elle présente un double intérêt, d'abord par sa date, ensuite et surtout parce qu'elle est le seul spécimen du talent poétique de Grimm en français, talent que nous ne nous exagérons pas, mais qui prouve déjà la souplesse acquise par ce « nigaud d'Allemagne », comme il se définit quelque part lui-même. Quant au nom de la destinataire, la mention des représentations dramatiques de la Chevrette et celle do nom de M. d'Houdetot dans le poit-scriptum permettent de croire qu'il n'y a point là erreur d'attribution.
Joignez, par un rare assemblage,
L*enfantillage à la raison ;
Vous qui, pour votre apprentissage.
Savez dans des vers pleins de feu
Jeter Télégant badinage
Qui de Chapelle et de Chaulieu
Fit rinimitable apanage ;
Vous enfin qui serez dans peu
La Deshoulières de notre âge.
Loin de la superbe cité
Que baignent les eaux de la Seine,
Quelle étrange fatalité
Aux bords de TEscaut vous enchaîne?
Ne tardez plus à revenir.
Cédez à notre impatience;
Quelquefois par le souvenir
Le sentiment vit dans Fabsence,
Mais, quelle que soit la constance,
Elle s^éteint si la présence
Ne sert pas à Tentretenir.
Je sais que ces maximes ne sont pas faites pour vous et qu'aussitôt que vous reparaîtrez, tous vos amis retourneront en fouie à vous. Si cependant vous ne reveniez pas telle que vous êtes partie et que le climat par un trop long séjour vous eût rendue Flamande, je ne répondrais de rien : par exemple si au lieu de retrouver en vous
Les grâces, la taille légère, L'air enfantin, le regard vif, L'esprit brillant, le ton naïf, La décence, avec l'art de plaire.
Enfin tout ce qu'ont d'expressif.
De beau, de bon, de distinctif, La figure et le caractère,
on allait nous ramener pour équivalent, à votre retour de Flandres,
Une de ces beautés massives.
Telle que l'Escaut sur ses rives En offre à nos yeux par milliers, Dont l'ennuyeuse symétrie De beurre et de bière nourrie Dans les traits les plus réguliers Ne montre expression ni grftce,
Et qui, dans son patois rouchi, A chaque mot pesamment place L^ennuyeux terme de laudi ^
Vous pensez bien qu'alors on ne pourrait plus taxer d'inconstance vos amis qui vous méconnaîtraient et voilà cependant à quoi vous vous exposez. Ce n'est pas que je ne sache qu'il y a quelques Flamandes fort aimables auxquelles ce portrait conviendrait peu, mais enfin cela est vrai en général et quand cela ne le serait pas, je crois que je le dirais encore dans l'humeur que j'ai pris contre le pays, de ce qu'on vous y retient si longtemps; quelle malice à vous de priver la troupe de la Chevrette d'une actrice si nécessaire! Venez au moins orner la salle du spectacle, dussiez-vous y siffler, venez vous promener dans ce beau parc à l'ombre de ces arbres épais, au bord de ce canal tranquille où vous pourrez vous livrer à vos poétiques saillies.
Quand j^étais à l'âge où vous êtes,
rai vu les ruisseaux et les bois,
Avec moins de talents cent fois,
liTlnscrire au nombre des poètes.
Dans de champêtres lieux tout semblait m'animer, Le chant d*un rossignol, Témail d^une prairie,
En excitant ma rêverie,
Malgré mol me faisaient rimer.
À mes divers transports ma muse obéissante Me dictait chaque jour d'agréables chansons;
Aujourd'hui ma verve impuissante Ne me rappelle plus que dMnsipides sons. Souffrez qu'entre vos mains je dépose ma lyre; A quels accords touchants est-ce la consacrer Si, sous vos doigts brillants, elle apprend à redire
Ce que vous savez inspirer I
Poésie à part, madame, ne peut-on plus se flatter de vous revoir 7 Faut-il y renoncer? Mandez-nous du moins si vous vous amusez, et que le plaisir de vous savoir heureuse nous console un peu des chagrins de votre absence.
Je compte aller samedi prochain à la Chevrette où il y aura une première répétition; je ne sais pas encore un mot de mes