Apohoi€ d$s Jésuites, par l'abbé Guidi
3. Tout ce paragraphe fait allusion à des affaires intimes qui nous sont inconnues. PU>rac éUit chirurgien-Ynajor de l'École militaire ; Pierre Rocques avait été reçu docteur en 1721 à la Faculté de Montpellier.
528 LETTRES ADRESSÉES A 6RIMM.
A Aiz-U<ChapeUe, ce 13 JuiUet 1763.
M. de Gastries, monsieur, soutient ses douches à merveille. Cependant il en prend déjà deux par jour. Il dort toutefois plus que je n'osais l'espérer. 11 mange avec appétit et, après son dîner , il fait ce qu'il appelle ses exercices qui consistent dans différents essais qu'il fait de son bras. Hier, par exemple, il a porté assez longtemps de la main gauche un grand panier rempli d'assiettes d'étain. Il était très lourd, je vous assure. Il n'y a sorte d'hommages d'estime, de considération, de déférence qu'il n'ait reçus du prince héréditaire qui nous a quittés pour aller à Spa. Le prince Ferdinand, que nous conserverons jusqu'au 19, continue à lui rendre journellement les plus grands égards, les plus marqués, les plus distingués. Je n'en suis point étonné. Ces deux princes me paraissent des hommes plus grands encore que leurs succès, portés par conséquent à honorer même la supériorité. 11 est impossible d*ailleurs d'être plus honnêtes qu'ils ne le sont. Souper avec six rois à Veoise est une bagatelle à laquelle en effet ce n'est pas la peine de faire attention, mais ce qui en mérite est de se voir à même de converser librement avec un général qui a créé une armée, qui de vingt peuples divers n'en a fait qu'un, et l'a conduite à travers mille obstacles de succès en succès.
Je ne puis m'empêcher de vous parler encore d'une femme anglaise. Elle arrive il y a deux jours, débarque au bal, voit M. de Castries, demande son nom, et puis se récrie : « C'est celui que les Anglais ont senti. » N'aimez-vous pas cette expression?
On parlait hier devant elle de la nouvelle, vraie ou fausse, que la fille de M. de RoncheroUes, qui avait été inoculée, venait d'avoir la petite vérole; mon Anglaise dit qu'elle ne s'en étonnait pas, qu'elle craignait même pour sa mère avec qui elle s'est liée à Barrèges, et qu'à Paris, témoin de l'inoculation de sa fille , elle Tavait assuré qu'elle ne prendrait pas, quoique son médecin anglais, qui ne la quitte pas, avait, ainsi que M. Gatti, affirmé le contraire. Elle nous dit à cette occasion qu'elle ne pouvait approuver la méthode de M. Gatti, puisque la poudre dont il se sert n'était que l'extrait de la pustule affaibli encore par la préparation, et que cette poudre, par conséquent, devait avoir moins de vertu. Quant à ce que M. Gatti prétendait qu'on pouvait être très-bien inoculé et avoir réellement la petite vérole sans qu'il parût de boutons, elle en convint, dans
le cas toutefois où il se faisait par Textension de la plaie un écoulement suffisant. Quoi qu'il en soit, je crains fort que l'accident de la petite de Roncherolles ne décide la faculté de médecine à se déshonorer et la France avec elle.
J'ai parcouru en chemin quelques volumes de la nouvelle édition de VHisloire universelle de Thomme immortel. Les hommes y sont vengés à chaque page. G*est surtout ceux qu'on élève pour les gouverner qui devraient avoir cet ouvrage entre les mains et le lire sans cesse. Mais de qui le tiendraient-ils?
Nous avons ici la princesse Amélie, sœur du roi de Prusse. Elle a une si mauvaise santé qu'elle ne saurait se communiquer. On la voit cependant tous les jours chez elle et aux assemblées.
Le prince Ferdinand de Prusse est parti pour Spa. 11 n'est pas rétabli de la maladie qu'il a eue et son esprit même s'en ressent. Sa femme est assez jolie et paraît aimable.
Adieu, monsieur, j'espère que nous aurons de vos nouvelles. J'ose me flatter que vous en donnerez à l'homme du monde qui vous est le plus tendrementîattaché.
A Aix-la-Chapelle, 6 août 1763.
J'ai OU j'aurais à répondre, monsieur, par mille remerciements du moins, aux deux lettres, longues et de là plus agréables et plus instructives encore, que vous avez bien voulu prendre la peine de m'ècrire. Elles m'ont fait un plaisir extrême, car ne pensez pas que la circonstance unique où nous nous soyons trouvés de pouvoir converser le lendemain de la paix avec les deux hommes qui nous ont fait la guerre nous ait gâtés. Plus le cœur s'élève et plus il devient sensible ; il n'y a que la petitesse d'esprit qui le rétrécisse. L'esprit même ne se replie et s'éclaire jamais sur un objet sans en devenir plus agile à se porter sur d'autres. Vous croyez bien que souvent j'ai évité de me trouver en tiers. On parle plus librement à son égal, on se communique pour lors avec plus de facilité, on ne se refuse à aucun aveu. On pense haut. Vous eussiez surtout été content de la simplicité du prince Ferdinand. Avec cela , le prince héréditaire m'a inspiré je ne sais quel intérêt de plus. A vingt-cinq ans être modeste, avoir de l'empressement à honorer son seul vainqueur, lui marquer de la déférence par son maintien et son silence môme, c'est, ce me semble, savoir tout à la fois connaître la véri- ^ble gloire et la mériter. Quel malheur que nous tfayons pas eu XVI. 34
de plus celui-là que Rousseau excepte ^ I Songez donc qu'il devait venir, mais il n'a pu «e séparer plus longtemps d'avec son peuple dont il se sent, se croit et s'avoue le père. Je conviens que ce père mène ses enfants à la guerre, mais après, aussi, il verse dans leurs plaies le baume de la sollicitude de leurs maux. Sa sœur, qui nous reste, me parait avoir beaucoup d'esprit, elle est de la plus grande honnêteté, elle sait distinguer la vertu et les talents. aConservex précieusement, me disait-elle hier en parlant de M. de Gastries, ce digne homme à la France. »
Ge digne homme, car je vous avoue que je n'entends pas assez le braver Mann et que sa terminaison même me semble présenter une idée trop petite, ce digne homme, dis-je, a recommencé ses bains et ses douches qu'il avait été forcé d'interrompre parce qu'il était fort enrhumé. Il a pris ce moment pour aller à Spa, où il a reçu encore de nouveaux hommages. G*est ce voyage, dans lequel je l'ai accompagné, qui est cause aussi de ce que j'ai tardé à vous écrire. M. de Gastries se rebaigne à présent avec succès. Il est encore un peu enrhumé, mais dans le fond se porte à merveille. Ses yeux, pour lesquels je craignais le plus, sont mieux que jamais et en tout il n'y a qu'à bénir et se réjouir.
Quant à ma santé, puisque vous voulez absolument que je vous en parle, je vous dirai qu'elle est parfaitement bonne. A l'égard des douches que je prends, elles ne sauraient encore me faire un bien sensible, puisque mon mal est fort ancien. Je suis bien fâché que votre amie ne soit point ici. Gomment s'est-elle dispensée de venir voir la princesse Amélie qui a besoin de grandes consolations? Son état, suite d'une apoplexie cruelle, est déplorable et rendrait sa société pénible si elle n'avait soin d'y mettre une discrétion, une politesse et une attention infinies pour tout le monde.
M de Lauraguais me rappelle un sot qui veut faire le fat ; il a voulu être singulier et il n'en est que plus plat. Mais c'est qu'il Test beaucoup; je l'ai, avec cela, toujours regardé comme un imbécile qui pouvait animer encore plus les autres imbéciles contre les philosophes. J'ai craint en conséquence son affiche, l'enseigne qu'il mettait. G'est un frelon qui se dit abeille. J'ai peur que le gan^on du jardinier n'en dérange toutes les ruches.
Le réquisitoire de l'homme immortel est admirable, mais moi, qui suis triste, je m'égaye moins des meilleures plaisanteries que je ne m'afflige des déplacements. Maître Omer Fleury à Paris, tandis que M. de La Ghalotais est à Rennes, c'est la fièvre en Europe et le
i. Frédéric HT
quinquina en Amérique. Croyez-vous, par exemple, que lephiiosophe Ghalotais eût donné des conclusions contre VEnqfclopédie ? Beaucoup d'autres différences grandes et utiles pourraient en résulter.
Feu Bernard de Fontenelle m'a biçn diverti aussi; il ne lui fallait cependant que la mémoire de Thiriot pour juger Tauteur d*CEdipe ^.
J'ai vu ici M. de Waldtorf; il est parti pour la Saxe; il promet de s'intéresser à votre idée, mais il est bien baissé et même n'a jamais été qu'un courtisan. J'attends peu de M"* Mordinska dont je n'ai jamais été content dans le temps. De plus, je lui crois moins de crédit à présent à la cour de Dresde et peu de moyens, par conséquent, de persuader l'héritier qu'il ne pourra être conduit à rien d'honnête que par un collier de force; n*importeI faisons notre devoir, les dieux ne feront rien.
J'ai parlé à M. de Castries de votre protégé ;. il ne peut s'en charger.
Tout ce que vous me dites de Tronchin me ravit ; c'est Esculape même. Lui seul est digne de donner la main à la nature, de secourir l'humanité, de guérir les hommes. Âh! monsieur, aurions-nous le malheur de ne l'avoir pas? M*"* de Roncherolles, qui est ici, nous a confirmé que l'accident de sa fille n'était qu'une suite de l'inoculation même. M. Petit me paraît s'être conduit et avoir parlé comme un honnête homme, mais la méthode de M. Gatti me laisse de l'inquiétude pour la vicomtesse de Montboissier chez qui la petite vérole n'a point pris. Elle a été cependant inoculée deux fois et a gardé son ûls qui a été inoculé avec succès. Parlez-en à Gatti, je vous prie. Adieu , monsieur, je vous suis parfaitement et tendrement attaché pour la vie.
A Aix-la-Chapelle, 10 septembre 1763.
J'ai reçu hier, monsieur, votre lettre du 4. Je comptais partir aujourd'hui, mais j'ai encore changé d'avis et c'est pour la seconde fois que j'ai éprouvé combien il est peu aisé de quitter M. de Castries. 11 serait possible, cependant, que je finisse par le devancer, parce que je prévois qu'il ne sera guère de retour à Paris que dans les derniers jours de ce mois et que d'ailleurs il se propose de faire des visites le long de sa route. Je ne doute pas que vous ne le revoyiez guéri. 11 ne lui reste plus à regagner qu'un seul mouvement et déjà
1. Voir tome V, p. 257, note, le fragment d*une lettre de Voltaire à Damila- ▼ille auquel ce passage fait allusion.
532 LETTHES ADRESSÉES A GRIMM.
commence-t-il à le faire, dans Teau à la vérité seulement; mais cela prouve toujours qu'il est possible et que les muscles reprennent peu à peu tout leur jeu. Je crois ces eaux-ci excellentes. Il y a des personnes qui les croient aussi fortes que celles de Barèges même; mais le fu<^sent-elles moins, il y aurait du proGt peut-être à les prendre de préférence, vu la manière dont elles sont administrées. Cette comparaison fait saigner le cœur en ce qu'elle prouve qu'à beaucoup d'égards nous sommes là-bas encore en France. Cest dans un tronc d'arbre creusé inégalement que de votre maison, à Barèges, on vous porte à travers toutes les influences de l'air. C'est là que sans secours vous vous accroupissez sous un robinet d'où un filet d'eau vous tombe à peu de hauteur sur la partie que vous présentez, non sans beaucoup de gêne. Ici vous avez des maisons dans lesquelles vous avez dix salles de bain dont la plus petite eût décoré la maison de Lucullus. Toutes voûtées, éclairées de tous côtés, revêtues en pierre de taille, précédées d'une chambre à lit, meublées d'un fauteuil commode, dans lequel vous recevez la douche à telle hauteur que vous le jugez à propos, et qui est dirigée de plus par des hommes exercés qui en aident encore TefTetpar des frottements doux, et qui enfin s'adonnent uniquement à ce métier qui est réduit en art chez eux. Vous avez le choix d'un de ces bains qui vous est réservé dès lors. 11 n'y en a pas où plusieurs personnes ne puissent nager et où vous seul, au moyen des marches pratiquées ea tous sens, ne vous enfoncez qu'à volonté. Chaque jour on les vide, les nettoie comme un parquet et les remplit d'eau nouvelle. Tant de soin, de propreté et de précautions de tout genre doit ce me semble influer sur la vertu de ces eaux et Taugmenter. Tout y respire la salubrité ainsi que la magnificence, tandis qu'à Barèges tout blesse les sens. C'est la nation la plus sensuelle, la plus délicate, la plus décente à quelques égards qui prend le moins de soins des présents de la nature, et ne sait en user qu'avec opprobre et dégoût I tout est contradiction, tout est mystère de sottise dans ce monde.
Hélas I oui, monsieur, vous m'avez envoyé la lettre de Gatti *. La légèreté de cet homme fera plus de tort au genre humain que la méchanceté de Bouvard. Grand Dieu, que dit-il ! Quelque méthode qu'on suive, l'inoculation peut ne pas prendre ? réinoculer a d'autres inconvénients? mais tout est perdu I il inocule d abord le chevalier de Roncherolles ; il s'assure que la petite vérole n'a pas pris, il l'inocule une seconde fois, la petite vérole ne prend pas davantage; il est tenté de l'inoculer une troisième fois et ne le fait pas, suppo-
1. Lettre <te Jlf. Gatti ,.,à M. Roux, docteur régent de la Faculté de médecine d» Parit. Paris, 1763, in-12, 36 p.
sant qu'il prendra la petite vérole par communication; cependant il ne la prend pas et puis Ta tout naturellement. Il ne s'agit ici que de ce qu'il expose lui-môme.
Quant à Thistorique, de vous à moi et je vous conjure môme que cela ne nous passe pas , on n'en convient à aucun égard. Nonseulement la principale personne est très-intéressée, mais plusieurs autres qui se trouvent ici et qui ont été témoins de tout ce qui s'est passé se récrient en faux sur chaque point.
C'est par moi qu'on a connaissance ici de cette lettre, M. de Roncherolles ayant oublié de l'envoyer à sa femme à qui Gatti l'annonce avec une sécurité bien étonnante. Le mauvais génie de la France a possédé cet homme dans le moment surtout où il a écrit sa malheureuse lettre qui retardera Tinoculation parmi nous de vingt ans. Je vous rends bien des grâces de vos chiffons, je les ai briilés< Je désire fort même qu'ils soient peu connus; ils appuieraient trop les propos ridicules et impertinents qu'on a tenus il y a quelque temps sur une prétendue association entre de certains gens de lettres. J'aime l'emportement de votre philosophe. Véritablement, autant vaudrait-il se vanter d'ôtre janséniste.
M. de Castries, de bonne foi, ne se souvient pas exactement de ce qui lui est dû ; il ne pourra nous le dire qu'à Paris ; mais franchement il s'est un peu moqué de votre cas de conscience. L'homme qui emprunte de vous à rentes viagères ne vous fait pas plus de plaisir de prendre votre argent que vous ne lui en faites en le lui donnant. C'est môme une des meilleures opérations de finances que puisse faire M. le duc d'Orléans ; il serait très affligé qu'elle ne réussît pas. Il y a donc du mérite à vous d'y contribuer pour votre part et plutôt un devoir qu'un défaut de délicatesse qui ne peut jamais avoir lieu, ce me semble, quand il s'agit de taire à autrui précisément ce qu'il souhaite que chacun s'empresse de faire. En vérité, pourvu que votre convenance s'y trouve, vous lui devez la préférence, il n'y a pas à hésiter.
Mon postillon m'avait déjà balbutié quelque chose du tableau de Greuze*. D'après ce que vous m'en dites, je me fais d'avance un grand plaisir de l'admirer.
Frômmigkait n'est-ce pas là précisément piété et comment traduiriez vous autrement piété ?
L'hôtel de Lamarck est fort au-dessus de celui de Castries pour ce qu'on demande. Il sera aisé d'en avoir le plan lorsque M. de Castries sera à Paris. Sans cela môme, on obtiendrait aisément,
1. Par postillon Schomberg désigne sans doute VAvarU'Coureur; au Salon de ^'763, Greuze avait exposé treize tableaux ou portraits.
j'imagine, la permission d'envoyer le prendre, mais je suppose que rien ne presse d'ici à notre retour.
Adieu, monsieur, vous connaissez tout mon attachement pour vous. II n'y en a pas de plus vrai et de plus tendre.
LETTRES DE KLDPPFEL.
A Gotha, ce 20 avril 1761.
...M. Helvétius a fait des miracles. Les lettres et commissions dont vous l'aviez chargé ne pouvaient pas être en meilleures mains. Je l'ai vu le lendemain de son arrivée d'assez bonne heure. Les paquets étaient rangés sur sa table et j'eus le mien dans le moment même. Comme cela prouve qu'on devient quelquefois meilleur en parcourant le monde, il faut croire que cette qualité a augmenté en raison du chemin à faire et qu'il n'a pas été moins exact à Leipzig qu*à Gotha. Vous avez ajouté à mon bonheur en me procurant la connaissance de ce digne philosophe. Le peu de temps qu'il a resté ici, il a mérité toute mon estime et je me flatte d'obtenir du retour de sa part, quand nous jouirons plus longtemps de lui en repassant par Gotha. Il m*a promis de faire alors quelque séjour en cette ville et j'assure tout le monde qu'il tiendra parole. Je ne vous parlerai pas des suffrages de la cour qui tous ont été réunis pour lui. M"* la duchesse , le prince héréditaire , M'"« de Buchwald vous en ont parlé bien mieux que je ne saurais faire. Vous pouvez donner à leurs expressions le sens le plus étendu sans risquer de les interpréter trop favorablement. De l'autre côté, je ne suis pas moins persuadé que M. Helvétius a senti tout le bien qu'on lui veut et tout le cas qu'on fait d'un homme tel que lui. Il est heureusement arrivé à Potsdam. Il a vu le roi, malgré la goutte dont ce monarque se trouve incommodé. Il paraît, par la lettre qu'il a écrite à M»* de Buchwald, qu'il trouve le roi encore plus grand que la renommée ne le lui avait peint. 11 dit qu'il est séduisant comme Voltaire quand il veut plaire, et, à l'occasion du château de Sans-Souci, il ajoute que d'un coup de pied il fait sortir de la terre des châteaux et des armées. Son premier entretien avec le roi a duré plus d'une heure. Mais revenons à Helvétius, à Gotha. Son amitié pour vous est sans bornes. Il a trouvé à qui parler et ces moments n'ont pas été moins délicieux et pour vous et pour vos bons amis. Son compagnon de voyage, M. de Pœllnitz, a été aussi éloquent, et à ce sujet je n'ou-
LETTRES DE KLUPPFEL. 535
blierai jamais qu'il nous a assurés que vous et M. Uelvétius passiez dans tout Paris pour les plus aimables et les plus dignes de votre société. J'en ai été persuadé il y a longtemps ; mais il est bien agréable d'entendre dire aux autres ce qu'on pense et ce qui fait tant de plaisir à être pensé.
Sur l'avis que vous aviez donné à M'"*' de Buchwald que Rousseau irait voir à Berlin le lord Marshall, je n'ai rien eu de plus pressé que de le prier de se reposer des fatigues du chemin à Gotha et de choisir ma maison pour demeure. J'ai fait valoir les droits de notre ancienne amiiié pour l'engager à se prêter à nos vœux. Croyez-vous qu'il se laissera fléchir ? S'il est encore ce qu'il a été, il ne pourra pas balancer un moment. J'avoue que je serais bien charmé de le revoir- Vous savez comme j'ai été avec lui. Je l'aime toujours parce que je ne puis que me le représenter toujours tel que je l'ai connu.
Gotha, ce 15 septembre 1764.
...Nous attendons avec impatience les planches pour l'il/manocA de Gotha, d'autant plus que le libraire est obligé après l'arrivée de leur faire faire un tour à Leipzig pour y être tirées.
Je vous supplie de joindre à ce dernier envoi deux exemplaires du Dictionnaire domestique ^ qui me plaît infiniment, de même que les Mémoires du marquis de Rosette * qui nous ont beaucoup amusés et que ma femme veut posséder en propre. Cette bonne femme, en vous présentant mille amitiés, vous prie encore de lui procurer , si cela se peut faire sans votre incommodité, deux ou trois pots de pommade et autant de petites bouteilles de l'eau pour les dents de l'abbé Ancelot. Elle a fait l'essai de la dernière et s'en trouve bien. Elle se flatte que la pommade lui procurait encore plus de services pour ses gencives qui commencent à se dégarnir un peu fortement de chair. Vous voyez que j'use avec vous de cette liberté que vous avez bien voulu m'accorder et que je ne mets plus les formalités que vous m'avez reprochées.
La nouvelle perruque a très bien réussi ; elle n'a qu'un petit défaut de la tête où elle ne serre pas bien ; je crois que cela vient de ce que le bonnet est un peu trop ample. L'honnête perruquier pourrait y remédier à l'avenir. Je vous rends mille grâce de la bonté avec laquelle vous avez bien voulu me procurer ce précieux meuble.
On ne sait rien des découpures qui doivent être de retour de Berlin. Le roi a été absent depuis quelque temps. Gela viendra
1. Par Roux, GouUn et La Chesnaye des Bois; voir tomes V, p. 51 et VI, p. 57. ï Par M"« Élie de Beaumont ; voir tome VJ, p. 36 q$. 229.
encore. Je connais M. Huber. La découpure de Vauguste spedaeU ^ nous a fort amusés. Toute cette histoire ressemble parfaitement à l'enthousiasme de Voltaire. J'ai lu chez M"** la duchesse le Dictionr naire philosophique. Je suis fâché qu'il en existe si peu d'exemplaires. Gomme il prouve, avec la dernière clarté, que nous sommes ou des sots qui sont menés par les préjugés ou des ignorants qui croyons tout savoir , il serait d'une grande utilité pour le genre humain.
Ce 10 octobre 1764.
...Les épreuves pour notre i4/77ianacii sont assez bien, surtoutcelle de la Thuringe. Pour le titre j'aurais souhaité qu'il y eût moins de lauriers, dont nous n'avons jamais eu l'occasion de cueillir une assez grande quantité pour en faire parade dans un Almanach de Gotha. Mais c'est un rien qui ne vaut pas la peine de s'y arrêter. Ge qui me fâche tout de bon, c'est que le graveur a distrait le titre «t vous cause par là des peines dont vous auriez fort bien pu vous passer. Nous osons sans cela assez abuser de vos bontés ; il ne fallait pas encore y donner nouvelle occasion par cette négligence. En attendant, il n'y a rien de plus facile que de réparer cette perte. Je vous joins ici ce titre. L'endroit où doit être placée l'année restera en blanc, car nous voudrions nous servir plus d'une fois de ces planches. Je vous supplie de m'envoyer les planches aussitôt qu'elles seront achevées.
Voici le titre de l'Almanach :
Almanach
de Gotha
contenant
diverses connaissances
curieuses et utiles
pour
Tannée