CONSEIL A LA JEUN£ OPHÉLIE
Crois-moi, jeune et douce Ophélie, Quoi qu'en dise le monde et malgré ton miroir, Heureuse d'être belle et de n'en rien savoir.
Garde toujours ta modestie.
Sur le pouvoir de tes appas
Demeure toujours alarmée,
Tu n'en seras que mieux aimée
Si tu crains de ne l'être pas.
— C'est le mardi 15 qu'on a représenté pour la première fois, sur le théâtre de l'Académie royale de musique, Louis IX en ÊgyptCj opéra en trois actes, paroles de MM. Guillard et Aodrieux, musique de M. Le Moyne.
Ayant le projet de mettre un roi de France sur la scène lyri-
que, les auteurs n'ont pas cru pouvoir mieux choisir qu'en prenant pour leur héros un prince pieux, favorisé d'une protection divine, et placé dans des temps assez reculés et dans une contrée assez lointaine pour prêter aux illusions d'un spectacle qui a besoin de pompe et de variété.
Quoique assez romanesque, le fond de ce drame a fourni peu de scènes intéressantes, mais le tableau du second acte est d'un effet vraiment enchanteur, les ballets en sont parfaitement bien dessinés, et la plupart des airs de danse fort agréables.
Si la musique d'ailleurs a paru même au-dessous de ce que nous avons vu jusqu'ici de M. Le Moyne, est-ce tout à fait sa faute? Le poème n'est pas mal écrit, mais il n'y a pour ainsi dire aucune scène dont la musique puisse tirer parti ni par le sentiment qui l'anime, ni pai* la manière dont le dialogue se trouve coupé.
— Mémoires du règne de Bossa-Ahadée^ roi de Dahomey , État situé dans r intérieur de la Guinée; et Voyage de V auteur à Aboméj qui en est la capitale^ par Robert Norris. On y a ajouté des Observations sur la traite des nègres^ et une Description de quelques endroits de la côte de Guinée^ par C.-B. Wadstrom. Traduit de l'anglais. Un volume in-8\
Ces Mémoires donnent l'idée la plus déplorable de ces contrées si peu connues et de leurs tristes habitants. Il est vrai qu'on accuse l'auteur d'avoir un peu exagéré les horreurs de ce tableau pour justifier les sentiments du parti qui s'oppose en Angleterre à l'abolition de la traite des nègres. Les Dahomans sont une nation puissante et guerrière de l'Afrique, située à Test de la côte d'Or, entre les rivières Volta et Bénin. L'empire dahoman, fondé par Tacoodonou, fut agrandi après environ un siècle par son illustre descendant GuadianTrudo, qui subjugua divers royaumes et ajouta à ses possessions, en 1772, la conquête du royaume de Juda, pays si important par son commerce que les Anglais, les Français et les Portugais y maintiennent des forts pour la défense de leure comptoirs respectifs. Bossa-Ahadée, dont on nous donne ici les Mémoires, fils et successeur de Guadia-Trudo, régnait encore en 1773. Le premier ordre par lequel il signala son avènement au trône fut de faire mettre à mort tout homme qui porterait le nom de Bossa. Cet an*êt cruel fut ponctuellement exécuté dans toute l'étendue de son royaume.
Quoique chaque jour vit immoler des victimes à son avarice et à sa colère, ces peuples n'ont jamais attribué leurs malheurs qu'à leurs propres indiscrétions, persuadés que tout ce que le roi fait est toujours bien.
A la fête appelée les coutumes annuelles, très-grande fête à laquelle le roi va arroser les tombeaux de ses ancêtres avec le sang de plusieurs victimes humaines, les jeunes gens qui désirent prendre une compagne viennent déposer chacun à la porte du palais du roi une offrande proportionnée à leurs facultés, se prosternent dans la poussière et supplient qu'on leur donne une femme ; leur demande est presque toujours accordée, mais chacun est obligé de garder la femme qui lui est assignée ; soit vieille ou jeune, belle ou difforme, on n'a pas le droit de refuser. Les femmes du roi qui président à cette cérémonie se plaisent à jouer des tours malins aux jeunes gens, en leur donnant leur propre mère en mariage. Le principe politique qui a donné lieu à cette méthode de faire les mariages est que les parents n'ont aucune espèce de droit ni de propriété sur leurs enfants ; dans le territoire de l'empire dahoman, tous les enfants appartiennent au roi; ils sont enlevés très-jeunes à leurs mères et distribués dans les villages éloignés du lieu de leur naissance, où ils demeurent jusqu'à ce que le roi veuille se les approprier, sans espoir d'être jamais revus, ou du moins reconnus par leurs parents.
Le sieur Norris eut l'honneur d'être admis dans l'intérieur de l'appartement du roi. « Il avait, dit-il, une chambre très-propre dans laquelle il dormait, qui était séparée de la cour dans laquelle elle était placée par une muraille d'environ quatre pieds de haut, et dont le sommet était tout hérissé de mâchoires humaines inférieures ; et le petit espace qui était entre la muraille et la chambre était tout pavé de crânes, qui, à ce que je compris, étaient ceux des rois voisins et d'autres personnes de distinction et de rang qui avaient été faites prisonnières dans le cours de ses guerres, et qu'on avait ainsi placés afin qu'il pût jouir de la satisfaction barbare de fouler à ses pieds, quand il lui plaisait, les têtes de ses ennemis. »
Au moment où le roi expire, ses femmes commencent d'abord par briser et détruire l'ameublement du palais, tous les effets précieux qui ont appartenu à elles ou au feu roi, ensuite elles se tuent entre elles.
L'anarchie momentanée qui a lieu toutes les fois que le trône vient à vaquer par la mort du souverain peut bien avoir pour principe, dit M. Norris, d'accélérer le choix d'un successeur ou de confirmer l'attachement du peuple à la forme du gouvernement monarchique, en le dégoûtant des troubles et de la licence qui accompagnent une démocratie.
On trouve dans les observations sur la traite des nègres des détails aussi désespérants que singuliers sur la manière de se procurer des esclaves, sur le caractère des nègres, sur celui qu'ils conservent dans les pays étrangers, sur celui qu'ils ont dans leur propre pays, sur les obstacles qui s'opposeront toujours aux établissements des Européens sur la côte de Guinée.
Cet ouvrage paraît avoir été traduit à la hâte, le style fourmille de négligences et d'incorrections.
— Voyage aux sources du Nil^ en Nubie ^ en A byssinie pendant les années 1768, 1769, 1770, 1771 et 1772, par M. James Bruce, traduit de l'anglais par M, J.-H. Gastera. Tome 1, in-4° d'environ 700 pages, avec des gravures et une carte.
Des obstacles particuliers avaient empêché depuis seize ans M. Bruce de publier la relation de son voyage, en voici enfin le premier volume ; mais la découverte des sources du Nil, le principal objet de ses longues recherches, n'y est point décrite encore, elle se trouvera dans les volumes suivants. Dans celui-ci, M. Bruce rend compte de ses voyages à Alger, à Tunis, à Tripoli, en Syrie, aux ruines de Palmyre, à la place que Tyr occupait jadis, et où il fut le triste témoin de la vérité des prophéties qui ont annoncé que cette orgueilleuse cité, la reine des nations, serait un rocher sur lequel des pêcheurs feraient sécher leurs filets; il n'y vit en effet que deux misérables pécheurs qui, après avoir attrapé un peu de poisson, y venaient étendre leurs filets. Ne voulant point répéter sans doute ce qu'avaient déjà dit MM. Savary et Volney, il n'entre dans presque aucun détail sur l'Egypte, mais il donne une relation très-étendue du golfe d'Arabie jusqu'à rOcéan indien. Suivant M. Bruce, il est impossible d'apercevoir le moindre vestige des murs qui formaient l'enceinte de l'ancienne Thèbes, qui, à ce que dit Homère, avait cent portes, et quant au nombre d'hommes qui, suivant le même poète, en sortaient à cheval ou sur des chariots, la Thébaïde entière couverte de froment n'eût pas pu en nourrir la moitié. Voici l'in-
terprétation qu'il donne aux expressions d'Homère. « 11 n'y a nul doute que les habitants de Thèbes n'aient vécu dans les cavenies des montagnes ; il est également probable que les cent montagnes qu'on voit auprès de cette ville creusées et remplies de monuments des avis faisaient l'admiration du siècle d'Homère. Jusqu'à nos jours même, ces montagnes sont nommées Becban et Meluk^ c'est-à-dire les portes des roisi c'est donc là peut-être ce qui a donné lieu à la fable des cent portes que les Grecs ont rendue si célèbre. » Mais expliquer les cent portes par les cent montagnes, est-ce rendre cette merveille beaucoup plus intelligible?
M. Bruce a trouvé le long des côtes de la mer Rouge une quantité prodigieuse de marbres de cette couleur, et il s'étonne qu'on n'ait pas imaginé que c'était la raison qui avait fait donner à cette mer le nom de mer Rouge. 11 pense qu'il n'est aucun autre rivage qui fournisse autant d'objets d'histoire naturelle, mais les dessms sur lesquels l'auteur a représenté ces curiosités formeraient un volume si considérable et d'une si grande dépense qu'il est vraisemblable qu'ils ne seront jamais rendus publics.
— Suite des Mille et une Nuits, faisant les 38, 39, 40 et 41* Toltmiesdu Cabinet des FéeSy ou Collection choisie des Contes des Fées et autres Contes merveilleux^ ornée de figures ^ . Quatre volumes in-12. Ces nouveaux Contes arabes ont été apportés en France par dom Denys Chavis, Arabe de nation, prêtre de la congrégation de Saint-Basile, appelé à Paris par le gouvernement sous le ministère de M. le baron de Breteuil ; ce savant en a fait la version la plus exacte, et c'est M. Cazotte, auteur du poème d'Olivier y du Lord impromptu, etc., qui en a retouché le style avec beaucoup de soin. Le fond de ces Contes ne nous a pas paru en général aussi riche d'imagination que celui des premiers volumes des Mille et une Nuits traduits par M. Galland; mais on y trouva encore beaucoup d'invention, beaucoup d'intérêt, une source d'instruction très-agréable et très-variée sur les mœurs et la religion d'une grande partie de l'Asie, sur les usages de ses peuples, sur leurs caractères et leurs passions. Cett« traduction est non-seulement plus pure et plus élégante que celle de M. Galland, ce qui n'était pas fort difficile; elle^