‹ Correspondance littéraire (volume 3)Chapitre 48 sur 354 · Godefrot Rudel, célèbre troubadoar da xn* siècle. (B · texte numérisé non relu

Godefrot Rudel, célèbre troubadoar da xn* siècle. (B

magne a fait une collection. Je viendrais de là au fameux Epinicion\ du IX' siècle, à l'occasion de la victoire des Francs sur les Normands. Je parlerais du Te Deum en vers allemands, du même siècle, et du fameux poète Ottfried*, dont nous avons encore une traduction de l'Évangile en vers. Tous ces poètes étaient alors à la mode à Paris. Leurs ouvrages étaient dans tous les cercles des femmes beaux esprits, et jugés en dernier ressort au tribunal des toilettes par les petit^maitres du siècle. Leur langage était celui des gens du monde, et de cette cour gauloise où les jeunes Bretons et Normands, de même que les jeunes Ostrogoths et Saxons, accouraient en foule, oCi les uns venaient passer leur vie, manger leur bien, et crier d'un air suffisant que tout était pitoyable, et que rien n'était beau que chez eux, et où les autres se hâtaient d' observer, et de s'approprier pendant six mois, tout ce qu'ils y trouvaient de mauvais, afin de s'en retourner triomphants dans leur patrie, faire les petits-maîtres sans grâces, et les docteurs sans étude, croyant avoir pris les manières des Francs. Pour achever de vous convaincre, je m'étendrais ensuite sur rinstruction poétique de Winsbeck à son fils, qui est du temps de Frédéric Barberousse, et je parlerais surtout du corps des poètes allemands du xiii« siècle, qui est en manuscrit dans la Bibliothèque du roi, et de plusieurs autres manuscrits dispersés dans les bibliothèques d'Allemagne. J'ajouterais â mon étalage des échantillons de tous ces monuments, preuves d'autant plus convaincantes qu'elles seraient inintelligibles à vos lecteurs, et peut-être à moi-même. Mais franchement, après ce qu'en dernier Heu l'ingénieux adversaire de l'imprimerie vient de dire sur les autorités, je craindrais, en établissant avec grand soin la gloire de nos anciens poètes, de travailler fort mal pour la mienne. Je laisse donc le soin de faire valoir tous ces mouvements à une muse philosophe, qui connaît l'art difficile d'allier les grâces à ïérudition, qui pense comme notre sexe et écrit comme le sien. C'est de M'"^ Gottsched que je parle, et dont, heureusement pour

1* V. Epinikion Jihytmon Teutonico Ludovico régi acclamatum, cum Nort» mannot, anno S83, vicisset; ex codic€ manuscripto Joh, Màbillon descripsU, inter pretatione latinà et commetUatUme historicà illustravU Jo. Schiller . Argentorati Joh. Reinh, Dulsseckerus, 1696, in-4". (B.)

2. Schiller, Thésaurus antiquit. Teutonictirum. C'est dADB ce recueil, dit M. Hérissant, qu*on trouye la meilleure édition de Touvrage d'Ottfried, publié moins exactement par Flaccus en 1571. (B.)

moi et pour mes lecteurs, j'aurai occasion de parler souvent. M°*® Gottsched, née avec des talents distingués pour la poésie et pour tous les beaux-arts, fidèle et constante compagne des travaux littéraires de son mari, après avoir enrichi notre langue des œuvres d'Addison, de Steele, de Pope, de M. de Voltaire, de M°*® la marquise du Châtelet, et des siennes propres, se prépare à donner l'histoire de notre poésie lyrique.

Je passerai de même légèrement sur ma seconde période, après l'établissement de l'imprimerie. Nos poètes de ce temps-là, gens de quelque talent sans doute (car d'où leur aurait pu venir l'idée de chanter ?) ont toute l'inexactitude qu'on doit attendre de l'ignorance de leur siècle et de l'imperfection de leur langue. Us ont d'autant plus besoin de l'indulgence de leurs lecteurs que la poésie allemande* est plus difficile, et, si j'ose trancher le mot sans faire rire les Français, plus recherchée que celle des autres peuples de l'Europe. Car, outre la contrainte de la rime, qui nous est commune avec les Français, nous avons celle des pieds et de la quantité, avec la même rigueur que les Latins et les Grecs. Or il est bien évident que cette dernière loi dort rendre notre poésie beaucoup plus harmonieuse et plus variée que celle des autres peuples; en sorte que nous avons, non-seulement des vers îambiques, ou trochaïques, ou dactyliques, mais une infinité d'autres genres de vers, et en général tous les mètres des anciens que nous imitons avec succès. Il nous reste, du temps dont je parle, un monument précieux : c'est un poëme épique intitulé Theuerdanck*^ fait à l'honneur de l'empereur Maximilien !*'•

1. De même que la hollandaise, la suédoise, la danoise, etc. (Grimii.)

2. Thetterdanck est un poôme allégorique. Melchior PflnUiog, prévôt de S'aint-AIban, prés de Mayence, et de Saint-Sébald à Nuremberg, le composa pour célébrer les principaux événements de la vie de Haiimilien P', fils de Tempereur Frédéric UI, archiduc d'Autriche, et son triomphe sur trois funestes passions, rindiscrétion, la témérité et Tenvie. U fit imprimer son ouvrage en 1517 à Nurembergy et le dédia à Charles V, roi d'Espagne, et petit-fils de Maximilien. Cette édition est un des chefs-d'œuvre de la typographie. On a cru longtemps qu'elle avait été faite sans caractères mobiles, sur des tables de bois gravées, et qu'où y avait imité le caractère de récriture et les traits grands et hardis des habiles écrivains. Un examen plus réfléchi a fait connaître que ce magnifique ouvrage u'a point été gravé en bois, qu'il a été composé avec des caractères de foute, et que les grands traits qui s'élancent dans les marges ont été fondus les uns avec les lettres, les autres, et en plus grand nombre, séparément, avec beaucoup d'art, pour les adapter aux lettres, et n'en laisser apercevoir la réunion qu'aux yeux

Ce fut Luther, comme je l'ai dit, qui joignit le premier la pureté de la langue et l'exactitude de l'expression au feu et à la force de la poésie. Son langage est bien celui des dieux, et après deux cents ans il n'a rien perdu de sa beauté, à l'exception de quelques mots énergiques, proscrits par nos jeunes puristes, et qui, n'étant propres en effet qu'à la force et à la vigueur d'esprit de nos pères, sont devenus inutiles à leurs descendants. Luther n'était pas seulement poôte, il connaissait aussi les règles des beaux-arts, et il en savait donner lui-même. Ses Lettres sur l'art de traduire et d'interpréter, sur les spectacles et leur moralité, sont autant de monuments précieux de son goût et de ses connaissances.

Si les contemporains de cet homme célèbre l'avaient toujours pris pour modèle dans leurs écrits, la poésie allemande serait dès lors arrivée à un degré de perfection où elle n'est parvenue que cent ans après ; mais, au lieu de suivre les traces de cet écrivain, il se forma un corps de fort bonnes gens et de fort mauvais poètes, sous le nom de Mehter sanger^ ou maîtres poètes, qui, presque tous gens de métier et ouviîers, imaginaient d'assujettir l'art divin d'Apollon aux lois et coutumes de leurs communautés. Ils octroyaient la permission de faire des vers, comme on donne celle de lever boutique; et, pour pouvoir rimer en paix, il fallait être inscrit aux registres du corps, qui était divisé en garçons poètes, compagnons poètes et maîtres poètes; les licences qu'ils donnaient étaient expédiées au nom des compagnons et maîtres. Le doyen de cette respectable confrérie était Hans Sachs, de Nuremberg*, cordonnier de sa profession. L'histoire ne dit pas s'il faisait de bons souliers; mais,

attentifs et conD&issears. Les figures qui décorent cet ouvrage n*ont pas été gra- Tées, comme on Ta dit, par le célèbre Albert Durer. Le chiffre H. S., qu*on trouve aux planches 48, 69 et 70, est une preuve certaine qu*elle8 sont de Hans SchefeleÎQ, élève d*AUiert DOrer. Outre la première édition de Nuremberg, en 1517, il y en a une seconde, faite à Augsbourg en 1519, avec les mêmes caractères, les mêmes Ûgwreê et le même art. (Note tirée de la Dissertation latine de Jean-David Koterus : De inclyto lUrro poetico Theuerdanck, nouvelle édition. Altdorf, 1737» ' in-i».) (B.)

1. On a encore de cet auteur cinq volumes in-4*. Ces deux collections présentent, entre autres choses, cinqnantenleuz comédies profanes, vingt-huit tragédies aussi profanes, vingt-six comédies spirituelles, vingt-sept tragédies du même genre, cent sept poèmes chrétiens, etc. M. Bertuch, de Weimar, a proposé, en 1778, la réimpression de ces ouvrages, mais il n*a pas trouvé de souscripteurs. (B.)

en revanche» il nous a laissé cinq gros volumes in-folio de fort mauvais vers, où le génie ne laisse pas de briller quelquefois au travers de Tignorance et de la grossièreté de ce mattre-garde de la poésie. C'était à peu près dans le même temps où les poètes célèbres d'Italie étaient honorés du triomphe, et couronnés au Capitole, que les nôtres se faisaient passer maîtres. Chacun a sa manière d'envisager les objets. Au reste, pour ceux à qui les mots ne font pas illusion, il n'y a guère aujourd'hui que les noms de changés. Sous des titres plus décents, je vois encore parmi vos beaux esprits quantité d'apprentis, quelques compagnons, et un très-petit nombre de maîtres ; je ne dois pas cependant oublier un excellent ouvrage de ce siècle. C'est le Froschmauslery poëme épique de maître RoUenhagenS dans le goût de la Batrachomyomachie d'Homère, livre vraiment excellent par sa morale, et dont les Allemands disent quelquefois en proverbe qu'on n'a rien lu quand n'a pas lu ce poème. Je ne sais si le Reynike Voss, autre ouvrage dans le même goût, écrit originairement en patois de la Basse-Saxe, est du même siècle, ou plus ancien. Le voss, ou renard, héros de la fable, habile courtisan s'il en fut jamais, dupant adroitement le lion, son roi, et le faisant l'instrument des ses projets et de ses volontés, fait tomber dans les pièges tous les simples et honnêtes gens, comme Tours, le cerf, le loup, etc. C'est un tableau achevé de la vie d'un courtisan, qui aura dans tous les siècles le mérite de la nouveauté et de la ressemblance.

L'honneur d'être le père de la poésie allemande était donc réservé à Opitz. Né avec toutes les parties qui font le poète, il avait beaucoup voyagé, et, à force d'acquérir des connaissances, il s'était formé le goût; en sorte qu'il en devint le restaurateur dans sa patrie, et qu'il sut élever des temples aux Muses au milieu d'un pays cruellement ravagé et désolé par la guerre. Plein du feu sacré d'Apollon, plein d'images tracées d'un pinceau fort et vrai, jamais ébloui par un faux brillant, il s'empare de son lecteur, et fait couler dans ses veines cette ardeur dont il est

1. Le poëme burlesque de RoUenhagca parut dans le xvi* siècle; mais le roman satirique du Renard fut publié dans le xv* par Henri d*Alckmar, gouverneur d'un prince de Lorraine; et il est vraisemblable qu'il Ta fait d'après le roman du Renard, composé en vers par Jacquenum Gielée, de Lille, en 1290. Ce roman a été imité en prose par Jean Tenessay, et imprimé en caractères gothiques à Paris, en 1487. (B.)

embrasé lui-même. Zélé pour sa patrie, homme de bien et vertueux par tempérament, ses écrits sont l'éloge de la vertu et de rhumanité. En un mot, c'est le Pope de l'Allemagne, ou celui-ci est rOpitz de l'Angleterre, et si notre poète eût vu les beaux jours de Corneille, il aurait été son rival, et serait devenu, sans doute, le Corneille de son pays.

Les bons poètes que l'Allemagne a eus depuis Opitz ont tous pris ce grand homme pour leur modèle. Je nommerai seulement ceux qui sont devenus classiques, Flemming et Dach ; le premier Saxon, l'autre Prussien, ont tous les deux, de même que Pscherning, excellé dans l'ode et dans plusieurs autres genres de poésies. Rachel, notre satirique, né en Basse-Saxe, sans avoir la pureté et la délicatesse de Despréaux, en a le sel, mêlé avec tant débile, qu'il a reçu le nom de Lucile allemand. Il était le vrai fléau et l'ennemi implacable du vice et des ridicules. Dans sa huitième satire, adressée à Pscherning, et intitulée le PoëlCy il entre dans une terrible fureur contre ceux qui osent profaner ce nom sacré et le prodiguer à chaque rimeur. En traçant le portrait d'un véritable poète, dont il avait des idées fort justes, il parcourt tous les ridicules des poètes de son temps, et, peu galant, il se moque des femmes poètes qui veulent se mêler des belleslettres, a Comment, dit-il en vrai déclamateur, peuvent-elles se flatter d'atteindre jamais à cette force d'esprit, à cette grandeur d*àme nécessaire à ceux qui chantent les héros? » Comme si ce sexe charmant était incapable de célébrer les vertus héroïques dont il a tant de fois donné l'exemple !

Le même sujet a été traité différemment par le plus aimable de nos poètes : c'est notre Horace, c'est le baron de Canitz ; il descendait d'une famille illustre de Brandebourg. L'électeur FrédéricrGuillaume, qui a mérité le nom de Grand, le sut bientôt distinguer de la foule des courtisans ordinaires. Il le fit son conseiller d'État, et l'employa dans plusieure négociations importantes. H. de Canitz se délassait quelquefois avec les Muses du fastidieux tracas de la cour à Blumberg, terre qui lui appartenait. C'est là qu'il maniait ordinairement la lyre d'Apollon, et à l'entendre résonner dans ses mains, on n'aurait pas dit qu'elle avait changé de maître. Ses poésies ne sont pas en grand nombre, mais elles se sentent toutes et du bon goût de l'auteur et de l'élégance de mœurs qui régnait alors à la cour de Berlin. Joignons

ici un trait des siennes, qui montre qu'il n'était pas tellement poète qu'il ne sût aussi être homme. Un jour, étant à table avec ses amis, il reçut la nouvelle que le feu avait pris à Blumberg, et réduit le château et le village en cendres. M. de Canitz, sans songer aux grandes peites qu'il faisait lui-môme, s'écria : « Ah ! mon Dieu, mes pauvres paysans...; mais je leur ferai rebâtir leurs maisons.» En effet, le village sortit de ses ruines avant qu'il fût question du château. L'illustre écrivain^ de l'histoire de Brandebourg, celui dont la vie fera un jour le plus beau morceau de cette histoire, parle ainsi du baron de Canitz : « C'est le poète le plus élégant, le plus correct et le moins diffus, qui ait fait des vers en notre langue. Communément, ajoute-t-il, en Allemagne le pédantisme affecte jusqu'aux poètes ; la langue des dieux est prostituée par la bouche de quelque régent d'un collège obscur, ou par quelque étudiant dissolu, et ce qu'on appelle honnêtes gens sont ou trop paresseux, ou trop fiers, pour manier la lyre d'Horace ou la trompette de Virgile. »

Malheureusement cela n'est vrai que trop souvent; mais où en est la faute? Les plus beaux esprits du siècle de Louis XIV étaient-ils donc d'une naissance plus illustre que les nôtres ? Cependant Louis XIV, le cardinal de Richelieu, Colbert, en surent faire d'honnêtes gens. C'est la protection des souverains qui donne aux gens de lettres cette aisance et ce ton de la bonne compagnie qui ne s'acquièrent que dans un certain monde.

Il m'eût sans doute été bien doux de pouvoir donner aux différentes époques que j'ai établies dans notre littérature les noms des princes qui l'auraient protégée ; mais je déclare que je n'en ai pas trouvé dans nos annales un seul qui m'en parût digne. Loin de tirer de la poussière et de l'obscurité ceux qui font luire quelque étincelle de talent, ils ont laissé périr le plus beau génie de poëte qui nous eût peut-être été donné. Qui des Allemands ne connaît Gunther, né en Silésie sur la fin du siècle passé ? Je ne saurais penser sans douleur au triste sort de cet homme. Les premiers mots qu'il bégayait étaient des vers : sans art, sans règle, sans maîtres^ sans goût sûr, il est devenu un de nos meilleurs poètes, celui du moins qu'on lit le plus, et qu'on ne saurait quitter. Ce talent, qui l'eût rendu heureux en France,

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