M. Destouches. (Groik
2. Le caractère du récitatif italien est si sublime qu*il assure lui seul à cette musique une supériorité de laquelle aucune autre n*approche. Je n'imagine rien au-dessus de sa vérité. Également capable de toutes les expressions et de tous les caractères, il déclame et marche avec pompe et majesté dans la tragédie, n parle avec feu et rapidité le langage de toutes les passions, et avec le môme bonheur il fait parler la joie, la gaieté, le sentiment, l'enjouement, la plaisanterie, la bouffonnerie. Le récitatif français, au contraire, est par son genre triste, lent, monotone, susceptible pourtant de grandes beautés. L'éloge que je viens de Caire du récitatif italien ne paraîtra étrange qu'à ceux qui^ sans principe et sans réflexion, sont accoutumés à répéter ce qu'ils ont entendu dire à d'autres. Hs me
du génie tout pur. Mais c'est précisément dans cette partie que je trouve M. Rameau grand très-souvent, et toujours original*.
Je respecte le créateur du récitatif français. Pour oser le juger, il ne suffit pas de voir sur le papier et de lire la partition, il faut avoir vu le tableau en scène. Il me tarde bien d'admirer Armidey ce chef-d'œuvre de Quinault, cet opéra que la nation ne se lasse jamais de voir. Des gens dont le jugement est pour moi une démonstration m'ont assuré que le talent de LuUi en récitatif est aussi grand que sa célébrité. Je le crois, mais je ne croirais pas que des oreilles accoutumées à la vérité, et à la beauté du chant par Armide^ Aiys^ Thésée, etc., eussent jamais pu écouter Omphale^ et surtout son récitatif, si je ne savais qu'immédiatement après le siècle de Racine, et pendant celui de M. de Voltaire, on a joué avec grand succès des tragédies où il n'y a pas trois vers français de suite.
Voyons l'entrée d'Alcide accompagnée d'une fanfare de bateleurs. Avec quel chant ignoble et ennuyeux ce fils de dieux, sortant victorieux du combat, donne ses ordres à ses guerriers I Il les congédie, il gémit tout aussi bassement du trouble où l'amour le jette. Tandis qu'il se plaint de Junon, je plains Iphis"
diront que souvent le récitatif n*estpas écouté en Italie^ et qu*on n*y a des oreilles que poar les ariettes. Mais il y a des gens en Italie qui préfèrent l'Arioste au Tasse, et il y en a à qui Je voudrais défendre d'écouter la musique des Pergolesi, des Bnranelli, des Adolfati, tout comme je voudrais empêcher, à Paris, certaines gcDs d^aller entendre Pygmalion, Je prie ceux qui ne voudront pas s'en rapporter à moi sur cette infériorité du récitatif français de chercher dans les futurs volumes de V Encyclopédie le mot récitatif y et les autres articles qui y ont rapport. Je crois pouvoir m*appuyer du sentiment et des raisons de Fauteur de cette partie (M. Rousseau, auteur du Discours de Dijon); car quoiqu'il affecte fièrement d'ignorer tant de choses, on ne peut lui faire l'honneur de croire qu'il ignore les beautés du récitatif français, après avoir vu celui des Muses galantes* (Grimm.)
1. Ce»\ une anecdote très-curieuse dans l'histoire de la musique française, qu'en 1735 H. Rameau n'a pas osé imprimer le récitatif des Indes galantes^ parce que tout Paris le trouvait détesiable. Et, ce qui est bien plus singulier, c'est que r&oteur, dans sa préface, pn demande pardon au public, qui, sans le dire, le trouve aujourd'hui très-beau. Écoutons une de ces scènes barbares des Indes galantêSy celle, par exemple, entre Huascar et Phani, dans l'acte des Incas. Avec quelle dignité, avec quelle majesté le musicien fait parler l'Inca I Suivez la marche de cette base toujours simple et naturelle. Remarquez cette aisance et cette variété dans la modulation, ces passages hardis, quand la nature de la déclamation les demande. Je sais seulement mauvais gré au poôte d'avoir fait un traître d'un homme qui parle avec tant de majesté de ses dieux, et qui rend au soleil nn coite si sublime. (GniMif .)