‹ Correspondance littéraire (volume 3)Chapitre 63 sur 354 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Et tout d'un coup ma chambre, qui n'est qu'un grenier, fut illuminée par une grande lumière, encore qu'il n'y eût qu'une chandelle d'un denier sur ma table.

( Car je brûle de la chandelle quand je fais de la musique, car je suis gai,

Et je brûle l'huile de la navette, quand je fais de la philosophie, car je suis triste.)

Et j'entendis une voix qui faisait un éclat de rire, et son rire était plus éclatant que le son de mon violon.

Et je me fâchais de ce que Ton se moquait de moi, parce que de mon naturel je n'aime pas la moquerie.

Et la voix que je ne voyais pas me disait :

Défàche-toi, car je me moque de ta colère, et de ton naturel tu n'aimes pas la moquerie.

Et défâche-toi vite, et renonce à tes projets de gloire, car je les ai toujours anéantis, car ils étaient contraires aux miens:

Et ujî autre fera les menuets pour le carnaval de Prague, et les tiens ne seront pas joués à la foire de Leipzig, car tu ne les auras pas faits.

Car je t'ai choisi et élu parmi tes camarades pour annoncer des vérités dures à un peuple frivole et présomptueux, qui se moquera de toi (encore que de ton naturel tu n'aimes pas la moquerie), parce qu'il est indocile et volage, et qui ne te croira pas parce que tu lui diras vrai.

Et je t'ai choisi pour cela, parce que je fais ce qu'il me plaît, et que je n'en rends compte à personne.

Et tu ne feras point de menuets, car c'est moi qui te le dis.

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