CHAPITRE IX
LA HAOTE-CONTRE.
Et j'étais fort aise de voir tomber la toile, et je disais : Ah I que je ne te verrai plus relevée !
Et la voix qui était mon guide se mit à rire, et je compris qu'elle se moquait de moi, encore que cela me fâchât, car de mon naturel je n'aime pas la moquerie.
Et elle me dit : Tu ne t'en iras pas à la redoute de Prague, et lu ne t'en iras pas : car ce n'est pas mon dessein.
Et tu passeras ici la nuit à écrire mes volontés, que je te dicterai ; et tu les annonceras à ce peuple que j'ai chéri autrefois, et qui m'est devenu odieux par le nombre de ses défections.
Et tu les feras imprimer, si tu peux trouver un imprimeur : car le mensonge s'est emparé de leurs imprimeries, et la vérité ne s imprime plus qu'avec approbation et privilège.
Ei j'obéis à la voix, parce que ma mère m'a dit : Sois docile. Et je disais à la voix qui me parlait : Je suis soumis à tes volontés ; mais si tu as pitié de moi, et si tu ne veux pas me punir dans l'excès de ta rigueur,
Empéche-les de chanter pendant que j'écrirai tes volontés, et délivre-moi de la crainte de voir recommencer la chose qu'ils appellent opéra : car leurs chants m'ont affligé, leurs jeux m'ont peiné, leur tristesse est maussade, et quand ils sont gais ils m'ennuient.
Et la voix me dit dans sa bonté : Rassure-toi, car tu es mon fils, et je te chérissais avant que tu eusses fait les trois menuets pour le carnaval de Prague, dont le second est en mineur.
Et ils ne chanteront plus, et ton oreille sera en paix ; car ils sont dans un grand épuisement, et leurs acteurs, et le bûcheron et les violons de leur orchestre, ont besoin de repos, car la représentation suivante est prochaine.
Et je jugeai que pour le bien de la poitrine il valait mieux sonnerdu cor dans la forêt de Boehmischbroda depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher, que de chanter trois fois par semaine la haute-contre dans la boutique de leur opéra.