PAR M. LE CHEVALIER DE BOURGOING1, MINISTRE DU ROI A HAMBOURG
France! un beau jour s'annonce à mon cœur transporté,
C'est celui de ta gloire et de ta liberté.
Parais, soleil nouveau, viens consoler le monde.
Qui l'eût pensé? Ma verve en beaux songes féconde
Est encore au-dessous de la réalité.
En vain soixante hivers ont fait blanchir ma tête, Ma tête en dépit d'eux conserve sa vigueur. Rare bienfait du ciel, je lui dois le bonheur D'être contemporain de cette auguste fête.
Francs! (agréez ce titre et noble et fraternel) Pardonnez si jadis au Cermain trop docile, De ses légers voisins imitateur servile,
1. L'auteur du Nouveau Voyage d'Espagne, en trois volumes in-8°, qui parut, il y a quelques années *, et qui a été traduit depuis en plusieurs langues (Meistf.r.)
' Voir tome XV, p. 343.
Ma muse patriote a prodigué sou fiel.
Elle crie à présent eu changeant de langage : Des Francs régénérés par leur aréopage Imitez désormais l'exemple solennel.
Lorsque ce roi, du Nord la terreur et le lustre,
De l'univers ligue bravait les potentats,
Seul avec sa valeur défendait ses États,
J'ai dit : C'est de mon temps le fait le plus illustre.
Je me trompais; la France au sein de ses foyers
A l'Europe attentive offre un plus grand modèle :
Voyez-la s'imposer la couronne immortelle
Dont le patriotisme a tressé les lauriers.
0 couronne cent fois plus brillante et plus belle
Que ces lauriers sanglants, l'ornement des guerriers,
Conserve-toi toujours sur l'Europe et sur elle!
— C'est le mercredi 30 juin qu'on a représenté, pour la première fois sur le Théâtre de la Nation, Barnevelt, grand pensionnaire de Hollande, tragédie en cinq actes, en vers, par M. Lemierre, l'auteur d'IIypermneslre, de la Veuve du Malabar, de Guillaume Tell, etc.
La scène est à la Haye. Il s'agit de savoir si les Provinces- Unies continueront la trêve avec l'Espagne ou lui déclareront la guerre. Barnevelt veut la trêve parce qu'il la croit utile à son pays ; Maurice veut la guerre pour étendre et pour affermir son autorité ; l'ambassadeur de France appuie le parti de Barnevelt. L'ambiteux slathouder, après avoir employé tous les moyens de séduire ou d'intimider Barnevelt, après avoir suscité contre lui la haine des différentes sectes qui divisent dans ce moment la république, ose enfin le faire arrêter comme coupable de haute trahison, en supposant des écrits qui l'accusent d'entretenir des liaisons perfides avec les ennemis de l'JÉtat. Le fils de Barnevelt, malgré les représentations de sa mère, forme le projet de le délivrer; cette tentative échoue, il est lui-même emprisonné. Enfin, après de nouveaux efforts pour fléchir l'intégrité de ce magistrat citoyen, le stathouder obtient qu'il soit condamné au supplice ; mais la mort de ce vertueux vieillard n'est pour lui qu'une vengeance inutile, car la trêve est continuée, et ses espérances sont trahies.
11 est peu de tragédies sans doute dont le fond soit plus
sévère, moins susceptible de mouvement et de passion. Le seul intérêt de cœur, qui naît des efTorts que tente le jeune Barnevelt pour sauver son père, n'occupe guère que le quatrième, et ce quatrième acte est aussi le seul qui soit d'un effet vraiment dramatique; mais tous les autres se soutiennent par la hauteur des pensées, par des développements pleins de force et de chaleur ; sans s'écarter de son sujet, l'auteur a grand soin de faire valoir lout ce qu'il pouvait fournir de détails heureux et brillants : discussions éloquentes sur la tolérance civile et religieuse, portraits fièrement dessinés, tels que ceux de Philippe II et de Henri IV; peintures neuves et originales du site et de l'industrie de la Hollande; nobles élans de patriotisme et d'amour pour la liberté; applications flatteuses aux intérêts qui nous occupent dans ce moment. Il est aisé d'imaginer combien toutes ces circonstances ont dû valoir d'applaudissements à la pièce; cependant, comme ce sont les émotions que donne un ouvrage de théâtre qui seules en décident la réussite, celui-ci jusqu'à présent, quoique très applaudi, n'a pas attiré beaucoup d'aflluence, il n'a, pour ainsi dire, obtenu qu'un succès d'estime; mais, quant à cette espèce de succès, on avoue qu'aucune des tragédies de l'auteur n'en mérite davantage ; non-seulement c'est une de celles où les beautés de style sont le plus nombreuses, mais on pense qu'à l'exception d'Hypermnestre, il n'en a fait aucune dont l'ordonnance laisse moins à désirer, moins à reprendre, car c'est le sujet dans toute sa richesse et dans toute sa simplicité. Le caractère de Maurice n'est pas d'une touche aussi ferme que ceux de Barnevelt et de son épouse ; mais, en faisant de Barnevelt son héros, il était bien difficile de donner au personnage de Maurice tout l'éclat, toute la dignité qu'il a dans l'histoire.
Il y a près de trente ans que cette pièce est faite l. Ce qui en fit défendre alors la représentation, ce furent moins les égards qu'on crut devoir à la maison d'Orange que l'horreur qu'inspire cet ouvrage pour les jugements par commission, jugements dont on venait de voir alors quelques exemples fort odieux.
— Le Despotisme dévoilé, ou Mémoires de llenri-Masers de Latude, détenu pendant trente-cinq ans dans différentes prisons d'État, rédigés sur les pièces originales par M. Thierry,