LES ÉCHECS
Lorsque le Cavalier imprudemment s'avance, Quand le Fou mal conduit s'égare sans retour, Les Pions aisément s'emparent de la Tour. La Reine embarrassée aggrave alors la chance, Et le malheureux Roi, dans ce moment ingrat, Cerné de toute part, est fait Échec et Mat.
C'est le samedi h septembre qu'on a donné, au Théâtre-Italien, la première représentation d'Euphrosine, on le Tyran corrigé, drame lyrique en cinq actes, en vers, paroles de M. Hoffmann, musique de M. Méhul.
Cet ouvrage avait obtenu une sorte de succès à la première représentation : les retranchements qu'on y a faits depuis l'ont encore assuré davantage. La fable du poëme, sans être bien neuve, n'est pas dépourvue d'intérêt. Il y a plusieurs jolies scènes
dans les deux premiers actes, mais les situations principales rappellent trop le sujet des Trois Sultanes; les deux derniers actes sont tout à la fois plus romanesques et plus languissants; la scène du poison surtout a paru beaucoup trop prolongée.
Nous n'avions rien vu encore au théâtre de la composition de M. Méhul; ce premier essai donne de grandes espérances; on y a remarqué plusieurs morceaux d'une expression très-énergique, et même assez originale. C'est de la manière de M. Gluck qu'il parait s'être rapproché le plus souvent; son style a cependant moins d'âpreté, son chant plus de grâce et plus de douceur.
— Jeanne Grey, tragédie en cinq actes et en vers, composée en 11 '87. A Paris. 1790. Cette pièce, dont M'ne la baronne de Staël n'a l'ait tirer qu'un très-petit nombre d'exemplaires pour les donner à ses amis, est précédée d'une préface, où elle-même s'explique ainsi sur son propre ouvrage : « Je crois avoir suivi l'histoire avec exactitude dans cette tragédie de Jeanne Grey. Le comte de Pembrocke est le seul caractère qu'elle ne m'ait pas donné, mais il ne lui est pas contraire, et Rowe, dans un ouvrage sur le même sujet, l'indique assez pour autoriser un autre à le peindre. Sa tragédie n'a pas eu un grand succès en Angleterre, et cet auteur lui-même l'a tellement effacée par la touchante pièce de Jeanne Shore qu'elle est restée dans l'obscurité. Le plan que j'ai suivi n'a point de rapport avec celui de Rowe; ne voulant pas le traduire, j'ai cru qu'il ne fallait pas l'imiter. Le caractère de Jeanne Grey m'a transportée en le lisant dans l'histoire; j'avais à peu près son âge quand j'ai entrepris de le peindre, et sa jeunesse encourageait la mienne. Je voudrais avoir pu faire éprouver l'admiration que. j'ai ressentie pour ce rare mélange de fore:: et de sensibilité qui fait braver la mort et connaître le prix de la vie. Je joins à cette tragédie une pièce1 composée avant elle, et dont le style par conséquent est encore plus incorrect. Je ne sais si j'aurais dû tenter de le corriger, mais la conception et l'exécution doivent être du même jet et de la même force; et revenir sur ses pensées, changer à froid l'expression d'un sentiment, est un travail si pénible que son succès doit se ressentir de son effet. Ces réflexions pouvaient me conduire à jeter ma pièce au feu ; cependant, déterminée à ne la faire connaître qu'à
\. Sophie, ou les Sentiments secrets, pièce en trois actes et en vers, composée en 1786. -Meister donne un extrait de cette pièce dans le mois suivant. (Ch.)
mes amis, quelques vers sensibles qui s'y trouvent m'ont suffi pour avoir du plaisir à la leur donner. C'est à ce bonheur que je me bornerais quand je pourrais obtenir de la gloire, c'est à lui seul que je puis aspirer aujourd'hui. »