M. Jélyotte.(G?.niMv
d'entendre un si mauvais chant; plus malheureux en cela que les autres guerriers d'Alcide, qui s'en vont pour se préparer aune fête où l'on joue des airs de cabaret, et où l'on danse la plus longue et la plus triste chaconne de France, en réjouissance du pardon qu'Omphale accorde aux rebelles. En général, il n'y a pas dans l'opéra entier un seul air de caractère, et l'on n'y en doit pas chercher : il n'appartient peut-être qu'à M. Rameau de donner de la physionomie à tout ce qu'il peint, mais on a droit d'exiger que chaque air soit un, au lieu que dans Omphale ce n'est jamais qu'une rapsodie de phrases de musique, quelquefois agréables, cousues l'une à l'autre, sans rapport, sans liaison et sans dessein.
Mais hâtons-nous de voir ces scènes tant vantées, que quelques gens de goût, qui ont de l'esprit et du discernement, estiment encore. Je choisirai la seconde du second acte, qui réussit beaucoup par la finesse et l'intérêt que l'actrice a trouvé le secret d'y mettre. Mais je suis en garde contre les charmes qu'Omphale et Iphis emploient pour me séduire. Je rends hommage à leur talent; mais je sépare l'expression de l'acteur de celle du musicien, et alors je trouve le chant qu'Omphale me force d'applaudir dans sa bouche plat, triste et monotone sous la plume du musicien, et je lui trouve, qui pis est, de la prétention en ce qu'elle me répète souvent jusqu'à trois fois ce que je voudrais n'avoir jamais entendu.
Voulez-vous un exemple du contre-sens le plus parfait? Le voici. Le poëte dit :
Si vous aimiez, Iphis, vous changeriez de même.
C'est Omphale qui parle; et l'actrice, qui exprime ce vers avec une finesse singulière, a mieux aimé s'en rapporter au poëte qu'au musicien, car ce dernier, finissant mal à propos son chant par cadence parfaite, dit :
Si vous aimiez, Iphis, vous changeriez de même.
Cet exemple est si frappant que je vous supplie de le comparer à un exemple de l'expression la plus heureuse que je vais vous indiquer dans l'acte de la guirlande.