‹ Correspondance littéraire (volume 4)Chapitre 75 sur 377 · LES SOUPERS · texte numérisé non relu

LES SOUPERS

Et encore que mes bienfaits t'aient porté à la défection et la désobéissance, encore qu'ils t'aient enorgueilli, et que ta vanité et ta présomption soient parvenues à leur comble ;

Encore que tu méconnaisses ma voix qui t'appelle, et que tu te sois livré au mauvais goût; encore que tu coures après l'esprit que je n'appelle pas esprit, et qui est faux, comme les voix qui chantent les rôles à la baguette de ton Opéra;

1. Sainte-Beuve a signalé cette incorrection, qui laisse entrevoir, dit-il, la trace d'une plume étrangère.

Encore que tu aies abandonné le bon sens et le jugement sain, et que tu te sois jeté dans la frivolité et dans la dissipation de tes idées, qui sont vides de sens ;

Encore que tu décides journellement, dans ton ivresse, des choses sur lequelles tu n'as jamais réfléchi ;

Encore que tu condamnes et méprises tous les jours, dans la défaillance de ton esprit et dans la crapule des festins que tu appelles soupers, les auteurs que j'ai créés et qui font toute ta gloire,

Je me suis moqué de ton insolence dans ma miséricorde, et j'ai vu tes impertinences avec l'œil de ma patience.

Et tes révoltes si multipliées n'ont fait que multiplier les miracles et les prodiges que j'opère encore tous les jours au milieu de toi et dans tes académies, et sur tes théâtres, et devant tes yeux, qui étaient fins et clairvoyants, et qui sont devenus grossiers et stupides.

Et j'ai caché ta honte et ta décadence à tes voisins, et je leur ai inspiré du respect et de l'admiration pour toi, comme si tu n'avais pas perdu le goût des grandes et belles choses.

El je les ai empêchés de te voir rampant dans la petitesse de tes idées.

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