LA CHANTEUSE
Et je ne me suis pas lassé de te combler de mes faveurs : Et je t'ai envoyé ma servante Fel, que j'ai tirée du fond de sa province, que j'appelle ma province à moi, parce que je l'aime.
Et je lui ai dit : Tu es ma lille, car je t'ai formée selon mon cœur et selon mes désirs, et je t'ai donné une grande et belle voix comme je n'en ai encore donné à personne parmi ce peuple, car elle est légère, et j'ai mis du goût dans ton âme, et je t'ai ornée d'un grand talent.
Et je t'envoie sur ce théâtre qu'ils appellent Académie de musique, lorsque ce n'en est pas une. Et tu apprendras à ce peuple à chanter, car ils ne savent ce que c'est, et tu ne crieras pas, et tu ne traîneras pas tes sons pesamment.
Et tu ne tiendras aucun compte du fracas qu'ils font, dans la stupidité de leur cœur, aux éclats de voix et au bourdonnement des cadences et aux sons lourds qu'ils font tirer à leurs acteurs du fond de leurs entrailles.
Et tu te passeras de ces applaudissements, car je t'ai donné une âme forte, pour faire le bien qui n'est pas applaudi, par préférence au mal qui est applaudi.
Et tu chanteras la musique de mon serviteur Rameau à ta façon, qui n'est pas la leur, et parce que tu ne crieras pas (car je
te le défends' ils diront : Ah! le joli gosier! quand je dis, moi : Ah! la grande et belle voix que j'ai donnée à ma servante Fel, que j'ai créée selon mon cœur et selon mes désirs.
Et les peuples étrangers viendront à ce théâtre, qu'on appelle Académie de musique sans mon aveu et lorsque ce n'en est pas une, et ils iront pour toi.
Et ils t'admireront, quand ils se moqueront de l'ennui de ton Opéra, et ils crieront : Ah! voilà la chanteuse! voilà la chanteuse!