‹ Correspondance littéraire (volume 4)Chapitre 94 sur 377 · Alexandre-François Gualbert Lavaysse · texte numérisé non relu

Alexandre-François Gualbert Lavaysse

insinuations tantôt les plus douces, tantôt les plus effrayantes, ni les apprêts d'un supplice presque certain, n'ont pu arracher un mot qui compromit l'innocence, et qui a soutenu l'épreuve la plus redoutable à laquelle la vertu puisse être exposée, à un âge dont l'inexpérience semble dispenser de pressentir les suites et l'importance des actions. C'est une servante1 âgée de soixante et dix ans, dont un seul mot équivoque aurait scellé irrévocablement l'arrêt de mort de ses maîtres, et qui, malgré l'infériorité de son état et la diversité de sa croyance, est restée innébranlable dans le témoignage qu'elle devait à la vérité.

Le fond du tableau représente la prison où M'"e Calas s'est rendue pour se soumettre au jugement souverain prononcé le 9 mars dernier aux requêtes ordinaires de l'hôtel du roi. Elle est assise. Sa fille ainée est assise à côté d'elle, la tète légèrement appuyée sur la main droite. La fille cadette est debout derrière sa mère, et penchée sur le dos de sa chaise. Ce groupe est attentif à la lecture d'un mémoire que tient M. Lavaysse, placé vis-à-vis, debout et tout droit. Derrière lui, Jean-Pierre Calas, un genou plié et posé sur une chaise, et regardant pardessus ses épaules, porte les yeux sur ce mémoire. Entre les deux groupes de la mère et des filles d'un côté, et des deux amis de l'autre, on voit Jeanne Viguière debout presque de face, et écoutant pareillement la lecture.

Le public pourra se procurer cette estampe aux conditions suivantes :

On souscrira six livres par exemplaire pour lesquelles il sera délivré un reçu signé par les personnes ci-dessous mentionnées ; et c'est en rapportant ce reçu qu'on recevra l'estampe.

Quoique par les arrangements qu'on a pris la planche doive être achevée et l'estampe en état de paraître avant le mois de septembre prochain, la souscription sera ouverte jusqu'à la fin de l'année 1765, afin que l'éloignement des lieux n'empêche personne d'y prendre part.

Les exemplaires seront distribués aux souscripteurs clans les endroits où ils auront souscrit. Chaque estampe portera un paraphe ou un cachet, qui sera indiqué, afin de prévenir la contrefaçon que le privilège du roi rendrait punissable dans le

t. Jeanne Viguière.

royaume, et qu'en cette circonstance le soin de l'honnêteté publique empêchera sans doute dans tout pays.

11 n'y aura que la voie de la souscription pour se procurer cette estampe, et la souscription fermée, elle ne sera plus à vendre1.

Ce projet ayant transpiré avant d'être public, plusieurs personnes du premier rang se sont empressées à le seconder. Mn,e la maréchale duchesse de Luxembourg, Mmc la maréchale duchesse de Mirepoix, M",e la duchesse d'Enville, Mme la princesse de Turenne, M",e la duchesse d'Aiguillon douairière, ont bien voulu que leur nom fût à la tête de la liste ; et l'on a déjà reçu beaucoup de souscriptions du quadruple du prix par exemplaire, et quelques-unes au delà2.

Chacun jouira de la faveur de fixer à son choix et à sa volonté un prix à la souscription au delà du prix indiqué; et dans chaque reçu qui sera délivré, il sera fait mention de la somme souscrite, ainsi que du nombre d'exemplaires que le souscripteur s'est réservé.

1. Cette clause rigoureuse ne put subsister longtemps; voici une lettre de de La Fosse qui le prouve :

« Monsieur, l'imprimeur vient de m'envoyer deux cents épreuves que voici. Basan. marchand d'estampes, est venu me demander s'il pouvait en avoir dix. J'ai cru que vous ne trouveriez pas mauvais que je les lui laisse prendre. Il m'en a remis le montant sur le pied de cent huit sols qui font la somme de cinquantequatre livres que mon garçon doit vous remettre. Partant, reste pour cent quatrevingt-dix estampes.

« M,ne Calas, qui m'a fait hier l'honneur de passer au logis, me paraît toujours inquiète sur les estampes que vend au public le marchand qui est. dans la cour du manège des Tuileries*. J'ai demandé à M. Basan si ce n'était point lui qui lui en a fourni. Il m'a répondu qu'il en était venu chercher par trois différentes fois, et que c'était vraisemblablement celles qu'il lui avait vendues que l'on voyait chez lui.

« J'ai l'honneur d'être, etc.

Ce 5 juin 176G.

2. Les pays étrangers même ont applaudi à notre projet. Une princesse d'Allemagne, dont l'esprit éclairé égale la bonté et la grandeur d'àme, a fait souscrire douze louis d'or pour un seul exemplaire; une autre princesse, dont les rares qualités ne sont ignorées que d'elle-même, a fait souscrire six louis d'or pour un exemplaire. (Giumm.)

* Sans doute Honoré-Thomas Bligny, maître-peintre et doreur, mort le 27 juin 1785 à l'âge d'environ quarante-trois ans. Le titre de lancier du roi, qu'il prenait au bas de quelques estampes gravées par lui, venait de ses fonctions do gardien des galeries du Louvre, et de l'obligation de porter, en cette qualité, une hallebarde. Voir l'Intermédiaire, 1866, col. 261, 345, 552.

Pour rendre au public un compte exact du bien de ses orphelins, on se mettra en état, dès que la souscription sera fermée, d'en publier la liste avec les sommes reçues et le nombre des exemplaires distribués.

Sous cet effet, on tiendra dans chaque ville un registre des noms et qualités des souscripteurs; les personnes qui ne voudront pas être nommées auront la liberté de prendre des reçus sur porteur et de ne pas donner leur nom ; mais nous espérons qu'à moins de quelque raison particulière personne n'aura de répugnance à se trouver sur une liste remplie des noms les plus respectés, et que cette liste méritera d'être conservée comme un monument honorable à l'humanité.

M. Le Pot d'Auteuil , notaire, rue Saint-Honoré, vis-à-vis l'hôtel de Noailles, s'est généreusement offert d'être le receveur de cette souscription1. Il a bien voulu regarder comme une faveur d'être chargé des embarras et des détails minutieux qu'entraîne une entreprise de cette espèce, et qu'on n'aurait pu lui proposer sans indiscrétion. 11 recevra les souscriptions et donnera les reçus tous les jours de la semaine, excepté les dimanches et les fêtes.

Il signera également les reçus pour la province , lesquels seront ensuite remplis et contre-signes dans chaque ville où il se fera des souscriptions, par les receveurs partiliculiers qui rendront compte à M. Le Pot d'Auteuil de mois en mois de l'état de la souscription.

On souscrira :

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