‹ Correspondance littéraire (volume 5)Chapitre 109 sur 113 · Strasbourg, 1750, in · texte numérisé non relu

Strasbourg, 1750, in

Si vous voulez souscrire, envoyez-moi vos ordres; il ne faut donner d'abord que soixante livres, et le reste à mesure qu'on recevra les volumes.

— Comme Pîron était désigné en quelque manière pour remplacer l'abbé Terrasson à l'Académie française, le poète Roy, qui a toujours la fureur de médire, a lâché les épigrammes suivantes. Il paraît que les arrangements sont faits pour écarter Piron de l'Académie et y admettre le marquis de Bissy.

Le public accueille la veine, Et tu veux que ce seul Mécène Fasse pour toi les premiers pas Vers messieurs de la Quarantaine:

Pauvre Piron, garde ta peine.

Le public ne les connaît pas.

Ne pouvant pas vous défaire De rimpétueux Voltaire, Dont tant de fous sont Pappui, Prenez Piron pour confrère, Vrai dogue à lâcher sur lui.

Depuis trente ans Piron les mord, Piron en bons mots si fertile; Que ne Tont-ils reçu d^abord?

Mais enfin ils sentent leur tort:

Leurs jetons vont calmer sa bile; C'est le gâteau de la sibylle:

Cerbère le gobe, et s'endort.

Dans l'œuvre 1 avec un duc siège son épicier; Tous deux également le curé les encense. Honneur qui des bourgeois flatte l'orgueil grossier; Mais va-t-il au seigneur tirer sa révérence :

L'antichambre ou Tescalier,

Au confrère marguillier.

Telle est l'égalité complète Entre vous, beaux esprits jurés, Et les prélats et gens titrés Dont vous aimez à faire emplette.

J. Au banc d'œuvre.

Un vieux chanoine atrabilaire, Des mains de son apothicaire, Comme un des meilleurs restaurants, Reçut un tendron de quinze ans.

Il en tâta, le pauvre hère.

Et n'en devint pas plus gaillard.

Le remède était salutaire.

S'il ne Tavait pas pris si tard.

— Observations sur F Esprit des lois y ou F Art délire ce livre^ de Ventendre et den juger ^ par Tabbé de La Porte ^ Cet écrivain a recueilli dans un petit volume ce qu'il avait répandu dans des ouvrages périodiques sur Y Esprit des lois. L'abbé de La Porte a assez de logique, de sagacité et de clarté pour critiquer un ouvrage ordinaire. Il we parait qu'il manque de l'élévation et de connaissances nécessaires pour juger le président de Montesquieu. La critique que j'ai l'bonneur de vous annoncer mérite pourtant quelque attention. L'auteur y met assez de bonne foi, ce qui n'est pas ordinaire; mais il n'y met pas assez de philosophie, ce qui est pour le moins aussi commun.

— On vient d'imprimer Vanda^ reine de Pologm *, tragédie représentée six fois seulement en 17&7. M. Linant, qui en est l'auteur et qui est mort depuis environ un an, écrivait correctement, pensait sagement, entendait passablement le théâtre; mais il n'avait point de coloris, il pensait peu, et manquait de cette chaleur qui fait les poètes. La tragédie que j'ai l'honneur de vous annoncer me paraît dire tout cela.

— 11 y a trois ou quatre mois qu'il parut une brochure intitulée Lucina sine concubitu. C'était une plaisanterie dont le but était d'apprendre aux femmes à se passer des hommes dans la propagation du genre humain. On vient d'imprimer une brochure sous ce titre : Concubitus sine Lucina^ ou le Plaisir sanspeine^. C'est l'ouvrage de quelqu'un qui est aussi zélé pour les hommes que le premier écrivain l'était pour les femmes.

M. de Buflbn et ses molécules étaient l'objet du premier

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