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L'ouvrage n'a pas pourtant beaucoup réussi. Il est écrit d'une manière sombre et triste, les faits qui sei-vent de base aux raisonnements sont souvent étranglés ; on y donne d'un air trop dogmatique ce qui ne devrait être hasardé que comme conjecture. Enfin les observations sur les Grecs veulent être méditées, et on n'aime ici que les livres dont la lecture n'occupe pas.
— Les Sonnettes^ ou Mémoires du marquis D..,*, sont un roman en deux petits volumes; l'idée en est singulière. Un vieux duc, usé par les plaisirs, veut au moins en avoir encore l'ivresse. Pour se les procurer, il attire dans son château les personnes les plus aimables de l'un et de l'autre sexe; la multitude des appartements le met en état d'en recevoir un grand nombre. Les chambres occupées par les hommes et par les femmes sont disposées dans un ordre alternatif; les clefs sont communes et les verrous inconnus. Les lits destinés aux dames sont pliants et élastiques, mais à un certain point, de sorte qu'il faut deux poids égaux chacun à une personne ordinaire pour mettre en action le ressort des lits. Au centre de gravité de chaque lit est ajusté un fil d'archal qui va remuer dans l'appartement du duc des sonnettes correspondantes; chaque sonnette a son étiquette et porte le nom des dames qui occupent actuellement les chambres. Les sons des sonnettes sont une vive représentation des mouvements qui les occasionnent : au commencement mesurés, ensuite rapides, peu après confondus, plus marqués enfin, se ralentissant et cessant par degrés. Le maître du logis €st averti par là du nombre de fois qu'on a réitéré les plaisirs. Il semble que ces sonnettes ne doivent trahir que les femmes; mais la liberté dont on jouit au château, et le discernement du vieux seigneur l'éclairent suffisamment sur les intrigues qui se forment, et il ne s'y trompe jamais.
Cette imagination £:urait pu fournir, je crois, des incidents assez agréables ; mais le jeune auteur, appelé M. Guillard, en a mal profité. Les trois quarts de son ouvrage sont des lieux communs qui n'ont aucun rapport avec le sujet qu'il traite, et
1. Berg-op-Zoom (Paris), 1740, iQ-i2. Plusieurs fois réimprimé et notamment en 1803, sous le titre de : Félix, ou le Jeune Amant et le Vieux Libertin. « Des noms y sont changés, dit M. Ch. Monselet; les chapitres y ont des titres ridicules. » L'auteur des Sonnettes est Guiart de Servigné.
les sonnettes n'occupent que quelques pages à la fin du livre. Le style est plutôt mal que bien, et le ton est d'un homme qui connaît mal le monde.
— M. Guer, connu par une rapsodie intitulée les Mœurs da TurcSy vient de donner deux gros volumes sous ce titre : Histoire critique de rame des bêtes^ contenant les sentiments des philosophes anciens et ceux des modernes sur cette matière^. Il y a longtemps qu'il n'est sorti de nos presses un aussi mauvais livre; tout y révolte : l'érudition, qui est sans choix; les raisonnements, qui manquent de logique; le style, qui est barbare ; les plaisanteries, où il n'y a ni finesse ni décence; l'air important que prend l'auteur n'a imposé à personne, son ouvrage a été reçu comme il le méritait.
— Les Comédiens ont donné jeudi 24 de ce mois la première représentation des Amazones^ tragédie de M"* du Bocage; en voici le sujet : Thésée ayant été fait prisonnier par les Amazones, l'oracle, selon l'usage, doit décider de son sort. Orytie, reine de ces guerrières et grande prêtresse en même temps, s'offre à interpréter favorablement les ordres du ciel si Thésée, pour qui elle a conçu un violent amour, veut répondre à sa passion. Ce prince, épris d'Antiope, jeune princesse Amazone qui doit partager l'empire avec Orytie lorsqu'elle aura atteint l'âge prescrit par les lois, n'accorde que de la compassion à la reine. Cette indifférence décide des ordres du ciel; ils exigent la mort du prisonnier. Un ambassadeur du Gelon, allié de Thésée, conspire pour le sauver avec quelques Grecs. Le sort des armes est contraire aux Amazones. Thésée, vainqueur, offre sa main à Antiope, et Orytie, honteuse de la défaite de ses guerrières et du triomphe de sa rivale, se donne la mort.
Parmi les défauts sans nombre qui se trouvent dans cette pièce, je n'en remarquerai que quelques-uns des plus essentiels : 1*» il n'y a pas assez d'incidents pour faire trois actes, et il a fallu en faire cinq; 2" il n'y respire aucun intérêt; 3® tous les caractères sont manques, les deux Amazones aiment comme feraient deux bergères, et les mœurs de cette nation singulière sont mal peintes ; &^ Orytie charge sans raison Antiope d'instruire Thésée de ses feux, et fait de sa rivale sa confidente.