‹ Correspondance littéraireChapitre 66 sur 179 · Amsterdam et Berlin; 1759, in-S". Voir page · texte numérisé non relu

Amsterdam et Berlin; 1759, in-S". Voir page

3. L'un des correspondants de Grimm lui avait sans doute demandé quelques renseignements sur les moyens d'étudier les sciences naturelles, dont le goût était alors si vif; Grimm s'était aussitôt adressé à l'illustre Charles Bonnet, qui lui répondit par cette lettre inédite, et à Daubenton, qui dressa le catalogue d'écrivains spéciaux qu'on trouvera immédiatement après.

poussa plus loin les dissections anaiomiqaes. Il passa deux mois entiers à disséquer les intestins des abeilles. Il se servait d'instruments si fms qu'il fallait les aiguiser à la loupe. Son ouvrage est déparé par des idées de piétisme qu'il avait puisées dans la tête folle de la Bourignon. Il avait oublié que la véritable manière de louer le Créateur, c'est de bien décrire ses œuvres. Cet auteur est le premier qui ait donné une distribution méthodique des insectes. Les caractères en sont tirés des des métamorphoses qu'ils subissent, et ces caractères paraissent d'autant meilleurs qu'ils sont invariables. Il serait aisé de perfectionner beaucoup cette méthode, mais nos divisions artificielles seront toujours très-imparfaites ; nous voulons circonscrire la nature et elle s'y refuse. Elle n'a formé que des individus, elle va par nuances des uns aux autres, et nous voulons des couleurs tranchées, nous imaginons des espèces, des genres, des classes, etc.

« 3° Malpighi. — Excellent observateur qui s* est exercé en plus d'un genre. Il osa le premier remonter à l'origine du fœtus, en suivant les accroissements graduels du poulet dans l'œuf. Sa Dissertation sur le ver à soie est un chef-d'œuvre. L'observation sur les ovaires du papillon et sur la manière dont les œufs sont fécondés est unique. Il a en quelque sorte créé une anatomie nouvelle, celle des plantes. L'ouvrage qu'il a composé sur ce sujet éclaire encore les physiciens, et les éclairera longtemps. Il avait traité quelques sujets relatifs à l'économie du corps humain, et il l'avait fait en grand observateur. Il s'aidait beaucoup de l'anatomie comparée, dont il était presque le père ; mais il voyait des glandes où Huisch ne voyait que des entrelacements de vaisseaux. Les injections de celui-ci lui en avaient plus appris que le scalpel à l'autre.

(c 4° Grciv. — Son Anatomie des plantes renferme plus de détails que celle de Malpighi. Il s'était servi de meilleurs microscopes, ses planches sont un spectacle qui surprend. Il possédait à un grand point l'art d'observer. On a peu ajouté jusqu'ici à ses découvertes sur la structure des végétaux

« 5° Leuwtnhoeck. — Les infiniment petits de la création étaient son domaine. Il ne savait presque pas voir tout ce qui n'atteignait pas à cette effroyable petitesse. Il a reculé les bornes du monde visible. Il est pourtant douteux qu'il ait toujours

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bien vu les infiniment petits qui lui étaient si chers. Il a étendu ses observations à un très-grand nombre d'objets, et il s'est perdu quelquefois dans des calculs sans fin ; ce sont des ordres d'infinis abîmés les uns dans les autres. Il avait entrevu le polype produisant ses rejetons. Il serait à désirer que l'on fit une bonne critique des ouvrages de cet infatigable observateur; on séparerait l'or de l'alliage.

(( 6° Lister. — Son Traité des araignées est très-estimé. Ses notes sur Godaert valent infiniment plus que le texte, qui ne les méritait pas.

« 7^ Valisnierî. — Il avait une grande sagacité; mais son imagination l'a quelquefois séduit. Son hypothèse sur la formation du tœnia est insoutenable. Il voulait que cet insecte singulier fût composé d'une chaîne de vers qui s'accrochaient bout à bout; il disait avoir vu les crochets ménagés par la nature pour cette fin. Elle ne les a cependant pas faits, et l'on a démontré, il y a quelques années, que le taenia n'est formé, comme les autres vers, que d'une suite d'anneaux. Au premier de ces anneaux tient la tête, garnie de trois mamelons ou suçoirs. L'autorité du célèbre naturaliste avait entraîné bien des savants. Le grand Boerhaave en avait été ébranlé. Les observations de notre auteur sur les mouches à scie sont très-remarquables; mais l'histoire àw formicaleo^ dont l'industrie a été si célébrée, appartient incontestablement à M. Poupart. Yalisnieri avait entrepris une distribution des insectes; elle n'est pas à beaucoup près aussi systématique que celle de Swammerdam. Elle tire ses caractères des lieux où vivent les insectes.

« 8° Willoughy. — Son Ornitliologie est encore ce que nous avons de mieux sur les oiseaux. Cette partie de l'histoire naturelle n'a pas été jusqu'ici fort cultivée ; il nous manque de bonnes divisions. Nous n'avons pas non plus d'assez bonnes observations sur l'architecture des oiseaux; c'était l'endroit par lequel ils devraient piquer le plus la curiosité des naturalistes.

(( 9° Marsigli. — Il nous a enrichis de sa belle Histoire de la mer. Sa fameuse découverte de la fleur du corail n'a pu se soutenir contre un examen plus approfondi. Ces fleurs sont devenues des animaux qui appartiennent à la classe nombreuse des polypes. M. Peyssonnel l'avait soupçonné, et même prouvé, avant que l'on connût les polypes.

<( 10° Donati. — Il a publié une histoire naturelle du golfe Adriatique, qui est un morceau excellent. C'est un des meilleurs observateurs du siècle et un cerveau très-bien meublé. S'il est des héros en histoire naturelle, il en est un; il n'est point de périls qu'il n'ait affrontés et qu'il n'affronte encore pour accroître nos richesses en physique. Le roi de Sardaigne vient de l'envoyer aux Indes où il fera sans doute d'abondantes moissons. Il a beaucoup étudié les polypes, et il a observé que leurs espèces varient à différentes profondeurs de la mer.

(( 11° Rêaumur. — Jamais homme ne porta à un plus haut point l'esprit d'observation. Ses ouvrages seront toujours un modèle en ce genre, et s'il y règne de la diffusion, elle est bien compensée par l'intérêt que l'auteur a su mettre dans les détails. Il est celui de tous les naturalistes qui a traité l'insectologie avec le plus d'étendue. Nous devons regretter que la mort l'ait prévenu lorsqu'il travaillait à finir ses mémoires. Les amateurs, et surtout ceux qui ont voulu voir après lui, n'ont jamais eu à se plaindre de la longueur des détails. Il ne suffit pas de bien décrire un fait, il faut dire encore comment on s'y est pris pour le voir, il faut raconter les obstacles qui se sont présentés, et qui pourraient se présenter à d'autres; il faut enfin indiquer les précautions nécessaires, et tout cela ne peut manquer de multipKer les détails. Les mémoires de l'Académie sont pleins de M. de Réaumur; il s'y reproduit sous les différentes formes de physicien, de chimiste, d'artiste, de naturaliste. Je ne dois le considérer ici que sous ce dernier point de vue. Il a enrichi ce recueil d'un grand nombre d'observations sur les pierres, sur les fossiles, sur les terres, sur les coquillages, sur diverses plantes marines, sur quelques insectes de mer. Il nous a dévoilé le premier, dans le limaçon des jardins, le mystère de la formation de toutes les coquilles. Il a démontré que le corps de l'animal est une espèce de métier qui fabrique la coquille. La diversité des couloirs, par lesquels passe la liqueur que four- Dit la peau, donne naissance aux couleurs de la coquille, etc. Il n'a point fait de distribution générale des insectes, mais il en fait de particulières pour les familles nombreuses des papillons et des mouches, et les caractères de ces divisions sont également vrais et faciles à saisir. Il n'excellait point dans la partie anatomique, et à cet égard Swammerdam et Malpighi

Tont emporté de beaucoup sur lui. En revanche, personne n'a mieux vu ni mieux décrit les procédés industrieux des insectes. On pourrait pourtant lui reprocher de leur avoir quelquefois supposé une intelligence qui se rapproche trop de la nôtre. Il lui est arrivé, comme à bien d'autres, de ne s'être pas tenu assez en garde contre les premiers mouvements de l'admiration. Ses observations sur les teignes domestiques et champêtres, sur les abeilles et sur les guêpes sont les morceaux les plus intéressants de ses mémoires. Il s'y trouve une observation qui est toute à lui, c'est celle de la inouche-araignèe ^ dont les petits viennent au jour aussi grands que père et mère. On doit surtout lui savoir gré d'avoir tâché de ramener l'étude de la nature à sa véritable fin. Partout il a indiqué des vues fines et heureuses pour la perfection des arts. Ce sont des graines qu'il a semées çà et là, et qui produiront quelque jour. Nous lui devons encore d'avoir répandu le goût de la bonne physique. Il a formé d'excellents observateurs, et qui se sont fait gloire de le regarder comme leur maître. C'est à son école que se sont formés les Bazin, les Geer, les Trembley, les Lionnet, etc. Il a laissé deux manuscrits intéresssants que l'Académie publiera sans doute , XArt de faire des collections et V Histoire des oiseaux. Il s'était surtout occupé de la construction de leurs nids ; et l'on peut juger par ce que l'on connaît de lui combien cette partie de l'ouvrage doit être propre à satisfaire la curiosité. Il avait aussi cherché des caractères génériques; il les tirait principalement de la tête et des pieds. Son Traité de la manière de faire éclore des œufs dans des fours est très-pratique. L'idée n'était pas absolument neuve; mais elle l'a conduit à des procédés ingénieux et nouveaux. Le dernier mémoire de cet ouvrage contient des particularités qui ont des rapports directs à des matières de physique très-importantes et surtout à celle de la génération. Il s'y prenait très-bien pour éclaircir un mystère qui ne l'a point encore été, et les physiciens ne peuvent rien faire de mieux que de suivre ici son exemple et ses vues.

(c 12'' Linnœus. — 11 a embrassé le système entier de la nature, mais plus en méthodiste et en nomenclateur qu'en observateur et en historien. Il a perfectionné les méthodes botaniques; mais les caractères qu'il a choisis ont le défaut de n'être

pas assez invariables et d'être trop microscopiques. Il faut pourtant convenir que sa tête est un abrégé de la nature.

« 13° Micheli. — Ses ISouveaux Genres de plantes sont une botanique microscopique dont il est en quelque sorte l'inventeur. C'est à lui que nous devons la connaissance des fleurs et des graines des champignons, des truffes, des lichens, des mousses, etc. Il eût été à désirer qu'il n'eût pas mêlé à ses descriptions des éloges en forme de plusieurs grands hommes dont il a transporté les noms à ses plantes. On souhaiterait encore qu'il ait poussé plus loin ses recherches et le détail des observations. C'est un champ fertile qui ne demande qu'à être cultivé. Ces sortes de plantes intéressent surtout la curiosité par leurs formes, qui s'éloignent beaucoup de celles qui sont propres aux végétaux. Le livre de Micheli prouve la grande uniformité des moyens que la nature a choisis pour conserver les espèces des végétaux.

« lZi° Trenibley. — On ne sait ce qu'on doit admirer le plus dans sa belle Histoire des j^olypes. ou de l'art avec lequel elle est écrite, ou des prodiges qu'elle renferme. L'histoire naturelle, déjà si féconde en faits singuliers, ne nous avait encore rien offert d'aussi extraordinaire et qui dérangeât plus nos idées d'économie animale. Les polypes nous ont appris combien nous devons nous défier des règles générales et combien nous devons être circonspects à prononcer sur les voies de la nature. L'ouvrage dont je parle est la meilleure logique qu'on puisse mettre entre les mains des physiciens. Je n'en connais point qui soit écrit avec plus de sagesse et qui mérite plus d'être proposé pour modèle. L'idée de retourner le polype et l'exécution de cette idée prouvent la sagacité et Ladresse singulière de l'auteur. La découverte des polypes a mis au grand jour la formation des coraux. Elle nous éclaire beaucoup sur divers pointsde l'économie organique. Les observations de M. Trembley sur les polypes à bouquet, insérées dans les Transactions philosophiqueSj ne le cèdent point aux précédentes. Ce sont toujours des moyens imprévus par lesquels la nature répand les individus et conserve les espèces. Ici on se trouve très-mal de deviner. J'ai regret de ne pouvoir m'étendre davantage sur tout ceci; les conséquences en sont innombrables.

u 15° Lyonnet, — Il joint aux talents d'un excellent obser-

valeur ceux d'un excellent dessinateur et d'un habile graveur. Il va publier une description anatomique de la chenille, qui dépassera tout ce qu'on a vu en ce genre. Il laissera Swammerdam bien loin derrière lui. C'est grand dommage qu'il n'ait pas employé ses rares talents à nous découvrir la structure de notre propre corps; il aurait beaucoup perfectionné l'anatomie. Mais il a suivi son goût, et le goût est toujours impérieux. Il a fait de fort bonnes notes à un fort mauvais livre, à la Théologie des insectes de Lesser. On peut voir des preuves de son habileté dans la gravure en jetant les yeux sur les planches de cette Théologie et sur celles des Polypes de M. Trembley. Il serait à souhaiter que l'observateur n'eût pas besoin de recourir à la main d'un dessinateur, qui est rarement assez observateur pour bien saisir la nature.

« 16'' Ellis, — Son Histoire des coraux, etc., ajoute beaucoup à nos connaissances en ce genre. Plusieurs de ses observations demanderaient cependant à être répétées.

(( 17« Klei?i. — Il a de la célébrité. Il a manié plusieurs matières d'histoire naturelle. Sa Division des oiseaux paraît se rapprocher de celle de M. de Réaumur.

« 18° Roesel. — Les grenouilles ont en lui un digne historien. Son ouvrage a mérité que M. de Haller l'ornât d'une préface. Si nous avions sur chaque animal un traité aussi complet, l'histoire naturelle serait une science bien parfaite.

(( 19° Buffon. — \I Histoire naturelle^ générale et particulière, est le tableau d'un grand peintre. Mais ce tableau est-il toujours celui de la nature? Cette Histoire naturelle est-elle assez naturelle*? J'y admire la magnificence des dessins, la pompe du style, et la beauté d'un génie qui a peine à se contenir dans ses limites. Ce génie sublime et hardi ne s'est-il point trop livré à l'esprit de système qu'il possède au suprême degré? IN 'avons-nous point lieu de soupçonner que cet esprit lui a quelquefois fait illusion? Ses molécules organiques ne demanderaient-elles point à être ramenées à un examen plus sévère et plus approfondi ? Je ne parle point de quelques autres idées qui ne pourraient guère figurer que dans un [roman philosophique. Mais l'auteur est trop grand pour s'amuser à des romans.

1 . Bonnet fait là une sorte de calembour de tout temps attribué à Voltaire.

« 20*^ Bauhenton, — Ses descriptions ne sont pas la partie la moins précieuse de l'ouvrage.

(( 21*' Duhamel. — Sa Physique des arbres réunit les propres observations de l'auteur aux observations de ceux qui l'avaient précédé. Cet ouvrage est écrit avec une grande sagesse. Jamais la conjecture ne s'y trouve à la place du fait. C'est encore un de ces livres de physique que je regarde comme une bonne logique. Il renferme ce que nous connaissons de plus certain sur l'économie des végétaux. Les expériences sur l'accroissement des arbres et sur les greffes sont propres à l'auteur, et il en est beaucoup d'autres qu'il a fort perfectionnées. C'est un sage toujours animé par des vues vraiment patriotiques.

(( 22° Ilaller, — Je le mets au rang des naturalistes : il est tout ce qu'il veut être. Ses Observations sur le poulet remontent bien plus haut que celles de Malpighi et de tous ceux qui l'avaient précédé. Elles l'ont conduit à découvrir que le germe existe dans l'œuf avant la fécondation, et les physiciens savent de quelle conséquence est cette découverte.

« 23° Geer. — Ses Observations sur les insectes feraient honneur à M. de Réaumur.

(( Je laisse en arrière Aldovrante, Jonston, Belon, Mouffet, Albin, Goedaert, Mérian, et plusieurs autres, qui sont de ceux à qui l'histoire naturelle n'a pas le plus d'obligations.

« Pour répondre le plus promptement qu'il m'était possible au désir de M. Grimm, j'ai dicté fort à la hâte cette notice à mon secrétaire. Je n'ai pu consulter aucun livre ni aucun catalogue. Il a fallu m'en rapporter uniquement à ma mémoire. M. Grimm aurait pu être mieux servi par des personnes plus instruites que je ne le suis, mais non avec plus d'empressement. Je lui envoie donc un brouillon; il voudra bien en pardonner les fautes. Je n'avais jamais travaillé sur cette matière. Il est bien plus en état que moi de tirer parti des sources. Je souhaiterais extrêmement qu'il eût dans l'esprit de nous donner une histoire des naturalistes. Cet ouvrage serait infiniment utile, surtout s'il contenait moins d'anecdotes que d'analyses. La marche d'un esprit observateur dans la recherche d'une vérité a de quoi fixer utilement l'attention. Le meilleur livre sur

DÉCEMBRE 1759. Hl

la recherche de la vérité serait celui qui nous instruirait par l'exemple des grands maîtres dans l'art de la découvrir,

(( M. Grimm ne prendra point mes jugements pour des décisions. Ce n'est point à moi qu'il appartient de juger du mérite pes auteurs; je suis plus fait pour les admirer que pour les critiquer. J'ai jeté précipitamment quelques réflexions sur le papier; et ces réflexions, je les soumets aux lumières de M. Grimm. Ce ne fut qu'hier que M. Cramer me demanda de sa part cette notice. Si le temps me l'avait permis, l'ouvrage aurait été moins défectueux.

« A Genève, le 23 septembre 1759. »

M. Bonnet a eu la modestie de s'oublier dans la liste des auteurs d'histoire naturelle. Son ouvrage sur les feuilles est très-estimé. On a de lui aussi un Essai de psychologie ^ ou Considérations sur les opérations de lame, sur Vhahitude et sur V éducation^ auxquelles on a ajouté des principes philosophiques sur la cause première et sur son effet. Volume in-12, Londres, 1755. Cet ouvrage contient des idées hardies et quelquefois neuves; M. Bonnet ne l'avoue point. En général, c'est un trèsexcellent esprit.

LISTE DES LIVRES d'hISTOIRE NATURELLE PAR M. DAUBENTON.

Histoire du monde, traduit du latin, de Pline, par Antoine du Pinet. Sixième édition. Deux tomes in-folio.

Géographie physique, ou Essai sur Vhistoire naturelle de la terre, traduit de l'anglais, de Jean Woodward, par P. Noguet. Un volume in-Zi°.

Lettre jjhilosophique sur la formation des sels et des cristaux, par Louis Bourguet. Un volume in-12.

Le Parfait Joailler, ou V Histoire des pierreries, par Anselme Boece de Boof , traduit du latin, par Jean Buchon. Un volume in-12.

Les Merveilles des Indes orientales et occidentales, ou Traité des pierres précieuses et des perles, par Robert de Berquen, Un volume in-/i°.

Mémoire pour servir à l'histoire des animaux^ par Perrault.

Histoire des élépluints^ par Sal de Priézac. Un volume in-J2.

Histoire de la nature des oiseaux^ par P. Belon. Un volume in-folio.

De la Natîire et Diversité des poissons^ par Belon. Un volume in-S''.

Histoire naturelle des étranges poisso?îs marins ^ avec la vraie description du dauphin, par P. Belon. Un volume in-/i".

Histoire entière des poissons^ traduit du latin, de Guillaume Rondelet. Deux tomes in-folio.

Métamorphoses naturelles^ ou Histoire des insectes^ pai* J. Goedaert. Trois volumes in-S".

Histoire générale des insectes^ traduite du hollandais, de J. Swammerdam. Un volume in-Zi».

Mémoires pour servir à T histoire des insectes^ par M. de Réaumur. Six volumes in-Zi°.

Observation sur la structure des yeux de divers insectes et sur la trompe des papillons^ par Michel de Puget. Un volume in-8o.

La Structure du ver à soie et la Structure du poulet dans Vœuf^ en deux dissertations, traduit du latin, de Marcel Malpighi. Un volume in-8".

Histoire naturelle générale et particulière^ avec la description du cabinet du roi. Sept volumes in-Zi".

Les Oiseaux J d'Edouard. Trois volumes in-Zj".

La Conchyliologie^ la Lithologie et Vlchthyologie ^ par M. d'Argenville.

Les Oiseaux^ d'Albin. Trois volumes in-li\

Traité des Pétrifications. Un volume in-Zi*^.

Traité des Polypes.

Le livre d'Ellis sur les plantes marines.

Les Éléments de Botanique , par Tournefort. Trois volumes in-8^

La Minéralogie^ de Yallerius. Deux volumes in-8".

— Le ^Berger fidèle est une nouvelle traduction du Pastor fido^ de Guarini. Une personne qui s'est donné la peine de comparer cette traduction à d'autres que nous avons du même ouvrage, m'a assuré que les plus beaux morceaux en étaient

copiés mot pour mot. On a eu soin de mettre le texte original à côté- 11 se vend aussi séparément, sans le français.

— Une infidélité de comédien ou de libraire nous a procuré l'impression de la Femme qui a raison, comédie en vers et en cinq actes, par M. de Voltaire. On a dit beaucoup de mal de cette pièce, et il faut convenir qu'on n'y trouve ni caractère ni fontl. Le plan en est mauvais, si Ton veut: les scènes sont toutes jetées, et il n'y en a pas une de faite. Malgré tous ces défauts, et d'autres encore qu'il ne serait pas difficile d'indiquer, on ne peut disconvenir que cette pièce ne soit écrite avec une très-grande facilité, qu'elle ne soit gaie, quoiqu'elle ne soit pas plaisante, et que, si ce n'est pas un ouvrage digne de M. de Voltaire , il n'y ait encore beaucoup de nos faiseurs de pièces qui dussent se féliciter de l'avoir faite; mais on ne juge jamais les productions abstraction faite de l'auteur. On veut que tout ce qui porte le nom de M. de Voltaire soit travaillé comme la Ilenriade. En un mot, on n'est jamais juste. On devait regarder la Femme qui a raison comme un ouvrage qu'il faut lire et non point juger, qui n'a aucune prétention et qui, par conséquent, ne mérite aucune sévérité. Il n'en était pas de même de la Mort de Socrate, publiée il y a six mois. Je n'exige rien d'un homme qui fait la Femme qui a raison^ pourvu qu'il ne soit ni fat, ni insipide, ni maussade; mais celui qui veut traiter la mort de Socrate prend un engagement important, et c'est furieusement offenser le goût que d'en faire une pasquinade.

— La Relation de la maladie^ de la confession^ de la mort et de V apparition du jésuite Berthier est une plaisanterie qu'on m'a fait l'honneur de m'attribuer, tandis qu'on la donnait, d'un autre côté, à M. de Voltaire. Il me semble que sa touche s'y reconnaît aisément en plusieurs endroits. Vous trouverez dans cette bagatelle des choses plaisantes et même originales ; mais, en général, elle manque d'invention, et le tout est trop long.

!«'• janvier 17G0.

Vous trouverez dans les œuvres philosophiques de M. Hume, dont j'ai eu l'honneur de vous parler, une dissertation sur la tragédie, dans laquelle cet écrivain célèbre cherche à nous donner une théorie satisfaisante de cette espèce de plaisir que le poëte nous cause en nous présentant des choses dont la réalité nous ferait frémir. M. Hume regarde avec raison ce que l'abbé Dubos et M. de Fontenelle ont écrit sur cette matière comme insuffisant, et il croit que le plaisir que nous ressentons à la représentation des scènes tragiques les plus terribles et les plus eifrayantes est dû au génie du poëte, à son éloquence, à son art, au jugement avec lequel il le met en œuvre, en un mot à l'assemblage de tant de talents sublimes qui excitent en nous une admiration secrète et font diversion aux émotions douloureuses.

On pourrait, ce me semble, donner à cette théorie plus de précision, et dire tout simplement comme une chose de fait que tout ce qui occupe notre imagination a pour nous un charme invincible. Plus un homme a reçu de la nature d'organes délicats et sensibles, moins il sait résister aux attraits de l'imitation. Voilà pourquoi M. Diderot, dans son Traité de Fart dramatique, a raison de faire un si grand cas de l'imagination et de la regarder comme îa seule qualité qui distingue essentiellement l'homme de la bête. Il est certain que celui qui n'en aurait aucune étincelle ne serait guère digne de se tenir sur ses deux pieds. Si M. Hume avait envisagé la théorie du plaisir que cause la tragédie, moins du côté du talent du poëte que du côté de l'eflét que tout art d'imitation produit toujours sur notre imagination, j'ose croire qu'il eût porté plus de lumière dans cette matière. Il aurait remarqué d'abord que plus celui qui imite la nature laisse à faire à l'imagination de celui qui écoute et qui voit, plus il est sur de l'affecter violemment. La gradation est

très-exacte à cet égard. La musique, la pantomime, nous aflecteront avec cent fois plus de violence que ne pourront jamais faire la poésie et la peinture. Gela est d'expérience. Un tableau sublime peut exciter une forte admiration, peut nous pénétrer d'un sentiment profond et délicieux; mais jamais il ne produira cet enthousiasme impétueux que causera un morceau de musique sublime. Quelle est la raison? C'est que celui qui imite la nature par des sons laisse plus à faire à l'imagination que celui qui la représente par des couleurs. L'imitation de la musique étant plus fugitive, moins prononcée que celle de la peinture, elle affecte notre imagination d'une manière vague; elle la met pour ainsi dire de moitié dans l'effort qu'elle fait pour approcher de la nature. Elle ne la met que sur la voie, et lui laisse le soin d'activer, soin dont l'imagination la plus médiocre s'acquitte toujours mieux que le génie le plus puissant et le plus sublime.

Il en est de même des effets de la poésie, comparés à ceux de la pantomime. Choisissez le discours le plus pathétique que vous pourrez trouver dans Sophocle et Euripide; il vous pénétrera d'une admiration profonde pour le génie de ces poètes; mais l'impression qu'il vous fera sera moins violente, moins involontaire que celle que vous causera un pantomime habile en rendant ce discours sans paroles , par de simples gestes : c'est que celui-ci, laissant à notre imagination le soin de mettre le discours à ses gestes, la remue avec plus de force et nous met plus aisément hors de nous-mêmes en nous faisant partager son ivresse et son enthousiasme. Je crois donc qu'une des plus grandes lois et des plus générales de la poétique de tous les arts est que plus vous laisserez à faire, dans vos productions, à l'imagination des autres, plus vous êtes sûr de la maîtriser et d'en disposer à votre gré.

M. Hume cite une observation très-belle et très-délicate de Pline l'aîné, qui vient à l'appui de la théorie : « C'est une chose remarquable, dit ce grand homme, que les derniers ouvrages des artistes que la mort les empêche • de finir sont ceux dont on fait le plus de cas; telles sont, par exemple, Vlris d'Aristide, les Tindarides de Nicomaque, la Médée de Timomaque, et la Vénus d'Apelles, que l'on met bien au-dessus de leurs productions les plus parfaites. On étudie soigneuse-

ment les trcaits ébauchés et les idées à demi exécutées. Enfin, ce qui ajoute au plaisir, c'est le regret même que nous donnons à ces mains habiles que la mort a flétries dans le temps qu'elles travaillaient à ces chefs-d'œuvre. » Le passage de Pline dans l'original est non-seulement plus beau que cette traduction , mais il approche beaucoup plus de mon idée que du principe moins précis que M. Hume a établi dans le discours dont nous parlons. En effet, en examinant pourquoi une production restée imparfaite d'un grand artiste nous fait une plus forte impression que la plus belle production finie, on verra que cela vient de ce que notre imagination est forcée d'achever la pensée de l'artiste. Or, comme j'ai déjà dit, le génie le plus sublime ne peut aussi bien exécuter que l'imagination la plus médiocre; car celle-ci ne trouve jamais d'obstacle dans ses idées; elle crée et invente à sa fantaisie, au lieu que l'art trouve, dans l'exécution de ses pensées , des difficultés à chaque pas. Le plus beau morceau de génie ne peut manquer d'être flétri par quelques défauts légers. Tels sont la loi et le sort de tous les ouvrages des hommes; mais l'imagination , ébauchant et finissant les siens sans les exécuter réellement^ a seule le privilège d'écarter de ses productions toute idée de défaut, et de les voir comme parfaites. N'en use-t-elle pas avec nous ainsi dans toutes les occasions de la vie? Les plaisirs dont elle nous retrace l'image ne sont-ils pas toujours plus vifs et plus délicieux que nous ne pouvons les trouver dans la réalité? Et d'où vient cette différence? C'est que l'imagination ne nous en montre que ce qu'ils ont de satisfaisant, et qu'elle en écarte toutes les circonstances qui, dans la réalité, en rendent toujours la jouissance plus agréable. Telle est la loi des choses humaines. Il n'appartient qu'au prestige de l'imagination de créer des plaisirs purs et des ouvrages sans défaut.

Je ne puis mieux terminer ces réllexions qu'en vous rendant compte du talent le plus singulier et le plus incompréhensible, que j'ai vu à un citoyen distingué de la république de Genève, appelé M. Huber. Cet homme extraordinaire prend un morceau de vélin, et y découpe, avec des ciseaux, des tableaux dont il crée les sujets et l'ordonnance sans dessin. Il es«t impossible d'imaginer quelle chaleur, quelle poésie, quel goût, quel charme, M. Huber sait répandre dans ses tableaux. Je lui connais plus

de deux cents sujets dont le plus médiocre ferait honneur au meilleur peintre. Je ne dis pas que j'aimerais mieux une découpure de M. Huber que les plus beaux tableaux de l'École française moderne; mais je dis, et tous ceux qui sentent réellement le mérite des arts en conviendront, que M. Huber, par la correction, l'élégance, le grand goût de son dessin, peut être comparé à Michel-Ange; que le feu, l'expression, l'illusion qu'il sait mettre dans ses découpures, n'ayant pour toute ressemblance que la superficie d'un morceau de parchemin, sont une chose réellement incompréhensible. Ses tableaux font d'autant plus d'effet qu'ils laissent plus à faire à l'imagination; aussi je n'ai jamais pu les regarder sans enthousiasme. Cet homme a son imagination et sa poésie au bout de ses doigts, et sait nous remuer et nous charmer avec une paire de ciseaux. Plusieurs de ses amis lui ayant conseillé de faire commerce de ses découpures, quoiqu'il ne soit pas dans le cas de tirer parti de ses talents, il y a consenti, et l'on a vendu à Paris une grande quantité de ces tableaux dont les plus grands ont été payés jusqu'à six louis. On les place entre deux verres, dont l'un est terne, et on les voit ainsi à la lumière dont l'illusion est beaucoup plus forte. Il y en a de petits de trois livres, d'un louis, et même de douze francs ; mais il n'y en a aucun qui ne soit susceptible de tourner la tête à celui qui est appelé à l'amour des arts. M. Huber a créé un nouveau genre d'imitation très-délié et très-fugitif; mais je crains bien que ce ne soil le premier et le dernier qui ait excellé dans un art aussi extraordinaire et aussi incompréhensible.

15 janvier 17G0.

— Histoire d' Angleterre depuis la descente de Jules César jusquau traité d'Aix-la-Chapelle en il 48^ traduit de l'anglais de M. Smolett par M. Targe ^ Cette histoire a eu de la réputation en Angleterre. Le traducteur me parait un pauvre sire.

— Lettres historiques pour servir de suite à l'histoire des révolutions de la Grande-Bretagne et à l'histoire militaire et civile des Écossais au service de la France-, Compilation insipide.

1. Orléans, Londres et Paris, 1759-1708, 24 vol. in-8". % Edimbourg et Paris, 1759, in-12.

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