‹ Correspondance littéraireChapitre 78 sur 179 · EN CHO RU S · texte numérisé non relu

EN CHO RU S

SUR l'air : Ah! il m'en souviendra.

A tout Paris on fait savoir

Qu'on voit un petit homme, Le plus petit qu'on puisse voir

De Pélcin jusqu'à Rome.

Ah! il nous souviendra, Larira,

Du petit, petit homme.

Jeune fillette à marier

Voulut voir aussi comme Est fait ce bijou singulier

Que partout on renomme.

MARS 1760. rj7

Ah ! il lui souviendra,

Larira, Du petit, petit homme.

Tout à son aise elle admira

Ce petit, petit homme ; Mais lorsqu'à ses yeux se montra

Un grand et beau jeune homme,

La fillette oublia, Larira,

Le petit, petit homme.

Cette négligence piqua

Le malin petit homme.

« Quoi! dit-il, on me plante là

Pour ce beau grand jeune homme?

Ahl il me le paîra, Larira,

Et vous allez voir comme. »

Aussitôt un trait il lança

Droit au cœur du jeune homme, Et puis en riant lui cria :

« Mon brave gentilhomme

Ah! il vous souviendra, .

Larira,

Du petit, petit homme. »

Mais d'où venait donc ce trait-là?

Est-ce du petit hommeV Non, messieurs, dans ce moment-là

Le dieu qu'Amour on nomme

Le métamorphosa, Larira,

En petit, petit homme.

Cette belle vous vengera.

Mon brave gentilhomme:

Elle métamorphosera

Ce dieu qu'Amour on nomme,

Et vous le changera, Larira,

En beau petit bonhomme.

Faites donc que bientôt papa Et maman on vous nomme.

Et quand dans vos bras on verra Un petit gentilhomme, En chorus on dira,

Larira :

Ah ! le beau petit homme!

— L'Académie royale de musique nous a donné pendant les derniers jours de carnaval les Paladins^ comédie en trois actes \ L'auteur du poëme ne s'est point fait connaître. Il est tombé à plat, et il a entraîné dans sa chute son musicien. M. Rameau a prétendu qu'on lui faisait une grande injustice, et il a eu raison peut-être. Il est certain qu'on ne pourra faire aucune critique fondée de la musique des Paladins^ qui ne tombe sur le genre. Or ceux qui soutiendront que le genre est triste, ennuyeux, lourd, maussade, dépourvu de goût et de génie, auront bien raison à mon avis ; mais ceux qui trouvent le genre bon, et qui admirent les autres ouvrages de M. Rameau, auraient de la peine à nous dire les raisons qui leur ont fait abandonner celui-ci. Il est certain que l'opéra des Paladins est aussi agréable pour la musique qu'aucun autre opéra de Rameau ; mais il est certain aussi que, quoique dans nos journaux le nom de M. Rameau et la qualification de premier muscien de l'Europe soient synonymes, j'aimerais mieux avoir fait un air de Hasse ou de Buranello que tous les ouvrages ensemble de ce prétendu premier musicien de la terre.

— Lettre sur plusieurs maladies des yeux causées par V usage du rouge et du blanc ^, Par M. Deshaïs-Gendron ; feuille de vingt-une pages. Voilà de quoi effaroucher nos dames.

15 mars 1760.

M. Watelet, receveur général des finances, associé libre de l'Académie royale de peinture et de sculpture, vient de pubUer son poëme sur l'Art de peindre. Ce poëme est depuis plusieurs années dans le portefeuille de l'auteur; il a été lu dans beau-

1. Le 12 février 1760. Les paroles de cet opéra, qui fut le dernier de Rameau représenté de son vivant, sont de Monticour, dont le nom, dit M. de Lajarte, ne figure pas sur le livret, et qu'il a le premier révélé.

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