‹ Correspondance (volume 3)Chapitre 40 sur 133 · A M. LÉON AUBINEAU · texte numérisé non relu

A M. LÉON AUBINEAU

21 mai i8/|4«

Mon cher ami, j'ai reçu votre envoi et je vous en remercie. En effet, si toutes les villes ëpiscoj3ales faisaient comme la ville de Tours, nous serions hors de peine ; mais nous n'avons pas yjartout un ami aussi zélé que vous Têtes, et des gens si bien disposés à seconder le zèle de nos amis. Nous n'avons pas encore réuni, même en vous comptant, la moitié de notre somme qui monte à sept beaux mille francs, avec le décime et les frais. Si, donc, vous pouvez ajouter quelque chose, il n'y aura rien de trop. Le secret nuit étrangement aux souscriptions, et les bons législateurs qui ont composé les lois de Septembre, ont su parfaitement ce qu'ils faisaient.

M. de Montalembert est en possession de votre adresse qui l'a fort touché. Nous ne la pbulierons pas, malgré la bonne envie que nous aurions de vous faire destituer, parce que nous trouverions quelque difficulté à vous nourrir. Mais une autre occasion se présentera et nous trouvera plus riches. Votre place est marquée parmi nous. Prenez patience. Au train que prennent les choses, il est impossible que vous demeuriez dans vos paperasses.

Exprimez notre reconnaissance à ceux qui nous ont fait l'aumône, et dites-leur de tenir toujours quelque monnaie en réserve pour les œuvres de ce I. 16

2i2 CORRESPONDANCE DE LOUIS VEUILLOT.

genre, car nous reparaîtront devant ces J3ons jurés, et ce ne sera pas pour rien que nous jouirons d'un tel honneur. Vous-même, cher ami, vous connaîtrez; je Tespère et vous le souhaite, le plaisir d'être frappé pour Jésus-Christ. Après avoir passé par beaucoup d'aventures et goûté de beaucoup de choses depuis que je flâne dans le bas monde, je ne connais pas de régal pareil à celui-là, et les murs de ma prison me paraissent le plus charmant horizon que j'aie caressé du regard.

Ourliac va bien, très bien. Taconet nous arrive de Rome; mon frère est de plus en plus joyeux d'avoir quitté sa prébende angevine. Nous vous embrassons et nous embrassons l'abbé Morisseau.

Bien à vous en Notre-Seigneur.

A M. L'ABBÉ DELOR.

i3 mai i844.

Je veux vous remercier de votre bonne lettre, monsieur l'Abbé. Les nouvelles que vous me donnez de Mgr de Tulle ^ m'ont ravi. Combien je désire que ce ferme et éloquent prélat ait bientôt une occasion de manifester son éclatant mérite aux yeux de toute la France! Si j'étais libre, je courrais bien vite dans

I» Mgr Bertheaud.

la Corrèze pour avoir le consolant spectacle d'une de ces visites pastorales où les barbares se pressent sur les pas de la seule autorité qui puisse? (procurer) la liberté et la civilisation.

J'aurais bien voulu lire le mémoire de Monseigneur, mais nous n'en avons pas eu connaissance. Ne pourriez-vous me le communiquer confidentiellement? Je n'en ferai d'autre usage^ si vous le voulez, que de le lire et de le montrer à quelques-uns de nos amis qui attendent beaucoup de l'auteur.

Je suis content que \ Honnête Femme vous ait plu. Je ne pensais pas que ce travail, quitté et repris vingt fois, commencé sans plan, achevé par force, et que je n'ai pas même eu le temps de relire, pût paraître supportable. 11 a réussi, grâce à Dieu, qui a vu mes bonnes intentions, et je vais le réimprimer. Mais je ne pense pas pouvoir en faire un autre dans le même but, absorbé que je suis par des affaires qui se multiplient chaque jour. Vous savez que nous sommes condamnés, mon gérant et moi, à payer chacun trois mille francs d'amende ; avec les frais et le décime, cela se monte à sept mille francs. Nous sommes sans argent, et il nous est interdit de demander publiquement secours. Si vous avez autour de vous quelques catholiques disposés à nous aider, parlez-leur en notre faveur. Je vous en serai très reconnaissant.

Agréez, monsieur l'Abbé, la nouvelle assurance de ma cordiale affection.

Louis Yeuillot.

2'-ik CORRESPONDA>XE DE LOUIS VEUILLOT

A M. L'ABBÉ GEINTY.

Paris, 27 mai i844«

Monsieur l'Abbé,

Dom Pitra* m'a remis le bon que vous lui avez envoyé pour moi. Je vous remercie de cette offrande, et je vous prie de témoigner ma reconnaissance et celle de mes collaborateurs aux personnes qui se sont unies à vous. Nous acceptons vos secours comme un témoignage de sympathie qui nous est bien précieux^ et comme un encouragement à persévérer dans la voie où nous sommes. Je ne sais si vous avez lu la brochure qui a été condamnée, mais je vous assure qu'elle était parfaitement innocente, qu'elle n'oftrait pas même un prétexte, et que c'est uniquement le catholique qu'on a voulu frapper. A ce titre, vous comprendrez que je me sente incorrigible, et que je me promette de sortir de la prison plus coupable que je n'y vais entrer. Je m'aperçois que les hommes peuvent bien peu de chose contre ceux qui ne perdent pas la grâce de Dieu. Daignez, Monsieur l'Abbé, ainsi que vos estimables confrères, vous unir à moi, et bénissons ensemble le bon maître, le bon et tendre maître qui a permis qu'au milieu de toutes ces affaires qui m'accablent, je fusse forcé à une petite retraite dont j'avais grand besoin.

I, Aujourd'hui S. Em. le cardinal Pitra.

Nous avons reçu la lettre de M. Tabbé D*** que je me proposais de remercier en particulier. Je pense que son Journal lui parvient maintenant. Comme je suis très occupé^ je vous prie de vouloir bien lui témoigner ma reconnaissance.

M. l'abbé R... nous a, en effet, adressé des observations excellentes^ mais comme elles ne faisaient que répéter des détails et des faits que nous avions déjà publiés un ou deux jours auparavant, nous n*avons pas inséré ses réflexions dans la crainte de le compromettre. Si nous avions su lui faire plaisir^ nous n'aurions pas hésité. Veuillez lui dire que nous le remercions, que nous le tenons pour un bon frère^ malgré son logement/ et qu'à la prochaine occasion^ il ne nous trouvera pas si timides.

J'ai l'honneur d'être^ Monsieur TAbbé, votre très humble et très reconnaissant serviteur.

Louis Veuillot.

A M. L'ABBÉ MORISSEAU.

3i mai i844'

Mon bon abbé, il n'a tenu à rien que ma lettre ne croisât encore la vôtre, je m'étais dit ce matin : j'écrirai à Tours, et je n'en aurai pas le démenti. Tout

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