CUV
W R. p. EUGÈNE D. MÉNÉTRIER*.
3 octobre i858.
Mon révérend Père,
J^ai le chagrin de ne pouvoir assister à votre belle fête. Mon frère se marie, et les conséquences de cet événement de famille me forcent d'aller en Normandie au lieu d'aller en Bourgogne. Je n'y trouverai pas les mêmes sources d'édification; mais on fait de bonnes provisions à la Pierre-qui-vire , et celles que j'ai emportées il y a trois mois, ne sont pas encore épuisées, grâce à Dieu. Je me propose cependant de les aller renouveler avant longtemps.
Dites^ s'il vous plaît, au Père bibliothécaire que je n'ai pas perdu sa liste, et que j'espère lui envoyer au moins une partie des ouvrages qu'il a bien voulu me demander. Je vous prie de présenter mes respects au bon Père supérieur. Je recommande mon frère à ses prières et à celles de toute la communauté. Ne m'oubliez pas dans celte largesse. J'en ai plus besoin encore que mon frère^ bien que je ne sois pas dans un passage si périlleux. M. Coquille est très heureux que vous vous souveniez de lui. Il est, comme moi et comme nos collaborateurs, de cœur avec vous.
I. Religieux bénédictin du monastère de Sainte-Marie de la Pierrequi-vire. Cette lettre répondait à une invitation faite au nom de la communauté d'assister à l'érection d'un chemin de croix par Mgr Dufètre, évêque de Nevers,
Veuillez agréer^ mon révérend Père, les sentiments dévoués et respectueux de votre très humble et très o])éiss:uit serviteur^
Louis Veuillot.
9 mars 1869.
Mon ami, il fant aimer la volonté de Dieu : elle est juste, elle est sage, et souverainement miséricordieuse. Tout est tendresse paternelle de la part de Dieu, occasion de mérite pour nous. Dans cette immense douleur, vous trouverez des grâces. Prochainement Dieu vous les fera sentir, si déjà vous ne les goûtez point.
Vous m'avez tracé le tableau de la mort de ma
I . Cette lettre et celle qui la suit ont été publiées par f Espérance du peuple^ journal de Nantes, avec cette note :
« Des plumes autorisées ont rendu à l'œuvre de Louis Veuillot l'hommage qu'il convenait. Nous n'avons donc point ici l'intenlioii d'empiéter sur une tâche qui n'est pas la nôtre. Mais, ayant sous les yeux, en ce moment, plusieurs lettres adressées par l'éminent polémiste à des catholiques de notre ville, nous avons pensé que la publication de quelques-unes de ces lettres ne serait pas sans intérêt pour les lecteurs de ce journal.
« Nous avons choisi, parmi ces pages qui portent la griffe du maître, des lettres dont le caractère moins intime rend plus facile la production au grand jour. On y verra circuler cette sève chrétienne, débordante dans loutes les œuvres de l'éminent écrivain que l'Eglise et la France viennent de perdre. On jugera également si, malgré leur date ancienne, ces lignes émues ne contiennent pas des enseignements dont peuvent profiter les catholiques de l'heure actuelle. La première de ces lettres était adressée à un honorable médecin de notre ville, (jiii venait de perdre sa femme, it
femme : même maladie, mêmes tortures physiques^ mêmes angoisses du cœur, même courage, même abandon céleste à la volonté de Dieu.
Elle me laissait cinq enfants ; trois Font suivie se tenant par la main. D'abord je me suis étonné de survivre, el ensuite j*ai appris qu'il n'y a point de mort. Non, il n'y a point de mort. Ces âmes saintes et innocentes reçoivent une commutation de la vie, et nous^ par elles, un secours intarissable d'espérance et d'amour. Les dictâmes qui nous sauvent germent sur ces tombeaux sacrés.
Regardez au ciel, vous verrez votre cbère défunte, comme on voit de la route, au retour, le visage de l'enfant à la fenêtre de la maison. Que faut-il de plus pour donner la force de gravir jusque-là?
Adieu, mon ami. Dites votre Credo, et attendez tranquille le jour de la résurrection. Je vous embrasse dans l'amour de Jésus-Christ, mort et ressuscité pour
nous.
Louis Veuillot\
Paris, janvier 1860.
MOJN CHER AMI,
J'ai reçu hier soir une lettre collective où j'ai vu
I. V Espérance ajoute : «Ne dirait-on pas cette sublime paraphrase du fiât voluntas tua tombée de la plume d'un saint Augustin ou d'un saint François de Sales? »
votre nom; je vous prie de remercier pour moi ceux qui m'ont donné cette marque de sympathie sans que j'aie l'honneur de leur être personnellement connu*.
Je suis bien fier de ces témoignages; ils me soutiendraient si j'étais tenté de faiblir. J'enverrai cette lettre à Rome, et j'espère que Mgr Fioramonti voudra bien exaucer la prière que je lui ferai de la mettre sous les yeux du Saint-Père.
Je ne vous dis rien de la situation. Il faut prier et demander à Dieu la grâce de n'être pas lâches. La grande maladie de notre temps est la lâcheté. Toutes les audaces viennent de là, et elles iront loin. On rêve le plus grand crime qui puisse menacer l'ordre social, et il s'accomplira sans que la société résiste. Qui ne résiste pas lorsqu'il s'agit de la cause de Dieu, est complice. Nous subirons d'effroyables hontes, et nous laisserons à nos enfants d'effroyables malheurs.
Adieu, mon ami. Prions les uns pour les autres.
Le temps vient où il n'y aura d'heureux que ceux qui voudront souffrir.
...Vous me demandez ce que les catholiques peuvent faire en ce moment? Leur œuvre de tous les jours : prier et attendre, et combattre pour la vérité. Nous n'avons point de chef civil ou laïque, parce que nous sommes, après tout, dans une espèce de repos. Il faut sanctifier le repos et le rendre fécond
I. Cette lettre collective avait été adressée à Louis Veuillot au sujet d'un avertissement donné kP Univers pour la reproduction d'un discours du Saint-Père au général de Goyon, commandant en chef des troupes françaises à Rome.
par les bonnes œuvres. C'est le temps des semailles et des petits travaux d^aménagement. Rien ne paraît; mais on verra plus tard que les enfants de Dieu ne sont pas restés oisifs^ et l'ouvrage ou la moisson les trouveront préparés.
Louis Veuillot.