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Correspondance [microforme]

Permettez à un ami de ja jeunesse de faire part de ses réflexions à vos estimables lecteurs sur l’enseignement du Piano dans nos maisons d'éducation, et cela, à l’occasion d’un examen auquel j'ai assisté dernièrement au Pensionnat Notre- Dame, sous la direction des Révérendes Sœurs Grises d’Ottawa.

Les élèves, au nombre de 92, étaient réunies dans le but de se faire entendre sur le piano, chacune dans sa classe et par rang de force. C'était un examen en règle. La séance, présidée par le R. P. Pallier, assisté du R. F. Balland, s’ouvrit par les élèves en Méthode et continua par degré de force jusqu’à la première classe. Cet examen à été excellent et répond parfaitement au programme d'éducation qui à été adopté dans cette institution.

Tout d'abord, la tenue des élèves était irréprochable, et leur maintien devant l'instrument dénotait le soin particulier que prennent les bonnes Sœurs enseignantes vis-à-vis de ces charmantes petites natures. Les élèves plus avancées dans cet art aimable ont toutes fait preuve d'étude et de précision dans leur jeu. Une chose à noter, et qui démontre clairement l'avantage qu'on retire d’un enseignement méthodique, c’est l'unité complète que j'ai remarquée chez toutes les élèves, pour le maintien comme pour la pose des mains sur le clavier ; de ce côté les règles sont strictement suivies par les maîtresses et parfaitement observées par les élèves. — De plus, j'ai constaté avec piaisir que ia mesure et ie rhythme ne laissaient rien à dési-

rer dans les diverses pièces de musique qui fureut mises à l'étude en vue de cet examen. — La position du corps, la pose des mains, la netteté du doigté et l'expression acquise m'ont suffisamment prouvé que les Sœurs avaient adopté, pou: l’enseignement musical, le programme suivi au Conservatoire de Paris.

Les Professeurs de réputation considèrent le professorat comme un sacerdoce, c’est-à-dire qu’ils donnent à leur enseignement un caractère rigide qui a pour effet d’inculquer dans l’esprit de la jeunesse les doctrines les plus saines de leur art. Ces professeurs s'appliquent moins à pousser les progrès de l'élève qu’à en faire un sujet sérieux qui puisse un jour mettre en évidence la solidité de son instruction de même que ses connaissances acquises aux meilleures sources des grands maîtres. C’est donc dire en peu de mots aue ces professeurs repoussent énergiquement de leur enseignement cette musique légère qui corrompt l'âme et les sentiments purs. En effet, un Conservatoire de Musique a pour mission de faire connaître les œuvres des grands musiciens et de procurer aux praticiens tous les éléments le mieux appropriés aux aptitudes de chacun. C’est ce qui explique la pureté du style aussi bien que celle de l'exécution chez celui dont l’enfance a été guidée par les bons principes en morale comme en éducation. La Révérende Sœur Directrice a si bien corapris le bénéfice qu’elle pouvait retirer de cet enseignement, qu'elle n’a pas hésité à l’introduire l’année dernière (à la rentrée) dans l’Institution de la R: » Rideau. Et puisque je viens de parler de la musique légère, qu'il me soit permis de compléter ma pensée sur ce sérieux sujet.

| Je considère, moi, le professorat comme un sacerdoce.

Suivant mes impressions, je déclare comme une anomalie monstrueuse cette habitude qu'on a de faire étudier aux élèves des pièces de musique telles que Polka, Redowa, Schottish, Valse, etc., ces mêmes pièces de musique dont la danse est défendue par notre clergé qui a charge d'âme, et qui, à chaque moment de notre existence, se plaît à nous enseigner le bien et à nous mettre en garde contre le mal.

Remarquons en passant que les livres qui sont placés entre les mains des élèves durant toute leur éducation sont choisis et approuvés par notre digne clergé ; c'est avec ces

‘Canada, et nous sign

livres que l'esprit des enfants est si bien orné, que leurs sentiments se développent avec tant de pureté, que leur caractère se modifie, s'améliore avec tant de succès.

Eh bien, nous signalons ici un fait qui est diamétralement opposé au but que se propose le corps. enseignant en

* gi ici et publiquement un danger constant aussi bien pour les enfants que pour l’art musical lui-même : ce danger, c’est cette ‘musique légère pratiquéepar les enfants, dès leur jeune âge, et pourrissant ainsi, (le mot est fort, mais il est vrai) les sentiments de l'adolescence, corrompant sciemment l’âme de l'adulte, et empoisonnant pour toute la vie son existence.

Je donne franchement mon opinion au clergé, parce que déjà le chant a été, de sa part, l'objet de quelques décisions, soit à cause des paroles, soit pour la légèreté de la mélodie, Ce qu'il faut aujourd’hui, c’est bannir des couvents cette musique dansante qui s'oppose complètement aux progrès réels de l'élève, et qui, de plus, compromet l’art musical en Amérique. Mais, me dira-t-on, ces morceaux ne sont pas des Polkas, des Redowes, etc. ; voyez plutôt, ce sont des mélodies composées sur un mouvement de Polka ou deRedowa? —Je le sais bien ; mais voilà précisément où je constate la perfdie de ce titre, — c’est que sous ce sémblant de mélodie ap?:2rait au grand jour un mouvement qui a pour effet immédiat de communiquer à la jeunesse, rien qu’à l’audition de cette musique, un autre mouvement nerveux qui met en action toute l’activité chorégraphique de cette jeunesse. Dans un pays civilisé, ce désir a nom de danse. Or, si les jeunes filles apprennent la musique, ce n’est pas, je pense, dans le but de faire danser leur compagne, mais bien plutôtdans celui de récréer leurs parents et de montrer à ces derniers que les études musicales sérieuses ont le don particulier d'élever les sentiments d’une jeune fille, de leur apprendre que le bear seul esl vrai, et qu'en dehors de cette maxime, l’esprit galope dans un étroit sentier qui conduit directement vers l’abime celle qui voulait s’en éloigner le plus.

Donc, pour terminer, c’est la première fois qu’il m'a été donné d'assister à un examen où j'ai pu entendre de la musique classique, c'est-à-dire un genre de musique consacré exclusivement à l'étude rationelle du Piano, et de cette étude dé-

coulera naturellement des principes purs, de saines doctrines sur l’art musical enseigné avec tant desoin dans cette Institution. Que les bonnes Sœurs persévèrent dans cette voie ; que les élèves sachent bien qu'elles ne veulent en faire que d'excellents sujets. Que les parents, eux aussi, soient bien persuadés qu’en confiant leurs enfants à de si dignes et parfaites maîtresses, les efforts de celles-ci ne tendent exactement qu’à former des talents d'élite, —c'est-à-dire des lectrices et En exécutantes qui puissent un jour répandre dans la société le goût du beau et du vrai.

Agréez, M. le Rédacteur, etc.

GUSTAVE SMITH, Organiste de la Cathédrale.

Ottawe, le 9 Janvier 1878.

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