ORDRES DE DÉTAIL SUR LES PLAGES FORTES DU XORD
AU MARÉCHAL DAVOLT , PRINCE d'eCKMUHL, MLMSTRE DE LA GUERRE, A PARIS.
Paris, -2 mai 1815.
Mon Cousin , faites-moi connaître la situation de Montreuil. On me mande que cette place n'est point armée, qu'elle n'a point Tordre de l'être, qu'elle n'est pas à Fabri d'un coup de main, et qu'il ne s'y trouve que 1,200 kilogrammes de poudre.
On me mande qu'il y a des fusils à réparer à Dunkerque, mais qu'on ne travaille point aux réparations.
On me mande, à la date du 6 mai, qu'il y a à Lille mille soixante bouches à feu : cela est évidemment trop. Faites-moi connaître de quels calibres et de quelle matière sont ces bouches à feu. On pourrait en retirer une grande partie et les faire revenir sur les places delà Somme et sur Paris.
On me mande que, le 10 mai, on n'avait point formé de compagnie de canonniers à Landrecies : ordonnez qu'on en forme de suite.
On me mande de Alaubeuge, le 13 mai, que la manufacture d'armes peut fabriquer par mois 2,900 fusils et en réparer i,100, total 4,000; et
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qu'elle pourrait porter ses produits au delà, si les ouvriers étaient payés, mais il paraît qu'ils ne le sont pas exactement. Faites-moi connaître quand il sera opportun de les faire évacuer, soit sur Paris, soit sur la Fère. Ne serait -il point sage de commencer dès ce moment l'évacuation sur la Fère ? Quelle indemnité doit-on donner aux ouvriers pour leur déplacement? Combien sont-ils? Enfin quel est le matériel?
On demande à Charlemont trente-trois pièces de canon pour compléter l'armement ; faites-les diriger de Lille.
On pense qu'il serait convenable d'employer le général Charbonnier comme commandant d'armes de Givet.
Au 15 mai, le bataillon de la garde nationale de la illarne, qui est à Rocroy, n'avait que 200 fusils : il faut lui en faire donner.
On me mande que la fabrique d'armes de Charleville fait 4,900 fusils par mois, et peut, en outre, en réparer 2,000, mais que les ouvriers ne sont pas payés du mois d'avril et du courant de mai ; il paraît que l'entrepreneur a de très-mauvaises affaires.
Il manque à Mézières douze bouches à feu. Il y a dans l'arsenal 2,000 fusils en état et 9,000 fusils étrangers, dont 2,000 sont susceptibles de faciles réparations. Ce nombre de fusils est beaucoup trop fort ; il faut les employer aux besoins de l'armée, on
en retirer une partie. Le bataillon suisse qui est à Mézières manque d'habillement et d'équipement : faites-moi connaître d'où cela vient.
II existe à Saint-Omer cent deux pièces de 24, quatre-vingt-dix de 4, vingt mortiers de 12 pouces, quinze de 8, qui ne sont point nécessaires à l'approvisionnement : faites refluer cela sur Paris.
Le 8 mai, Ardres n'était point à l'abri d'un coup de main; il n'y avait que 2,000 kilogrammes de poudre et point d'approvisionnements de bouche.
11 y a quatre cent trente-deux bouches à feu à Douai : ne pourrait-on pas en retirer quelquesunes? Le travail des réparations de fusils va lentement. Il y en avait l,-400 à réparer; combien en répare-t-on par jour"?
Dans toutes les places du \ord il manque des affûts; il me semble qu'on pourrait en construire; remettez-moi un rapport sur cet objet. Je préfère qu'il soit construit une partie des atTiits dans les places; la construction se continuerait au moins pendant leur blocus.
Xapoléox.
D'après l'orijjiual cosim. par M"^ la maréchale princesse d Eckmùbl.
1699. — REPROCHES AUX BUREAUX DE LA GUERRE AU SUJET DES ORDOWA.VCEAIEXTS DE DÊPEXSES.
AU MARÉCHAl DAVOLT, PRIXCE d'eCKMUHL, MINISTRE
Paris, 23 mai 1815.
Mon Cousin, il est contre toutes les règles que le trésor paye aucune solde pour un nouveau corps sans un décret spécial. Je n'ai donc jamais pu penser, parce que ce n'était jamais arrivé, que vous pussiez m'engager dans une dépense de 40 millions, sans que cela ait été médité et ensuite arrêté par un décret. J'avais approuvé le principe de la mesure que vous aviez proposée; mais vous procédez à l'exécution de manière à nous jeter dans un chaos, car généraux, adjudants, commandants, colonels, viendraient inonder nos places. Faites exécuter mon dernier décret sans délai. La difficulté ne peut donc tomber que sur les traitements de réforme; et, d'abord, les généraux, les colonels et les lieutenants-colonels ne sont pas dans ce cas, car, sur les 15,000, je n'en prends que 1,200. Les soldats doivent d'abord jouir du traitement d'activité. L'autre question sera traitée dans son temps; mais il y aurait de la témérité , dans la pénurie de nos finances, qui est telle que nos services les plus in-
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dispensables, même la solde d'actirité, peuvent manquer d'un moment à l'autre, à s'engager dans des dépenses inutiles. Quand vous me présentez les bases d'un projet tout nouveau, l'adoption du principe n'est qu'une autorisation ponr me proposer de revêtir l'exécution de formes légales. Ordonnez donc l'exécution de mon décret , qui seul peut nous faire connaître à quoi nous nous engageons.
Il est aussi de principe que jamais on ne dispose d'un officier général sans mon approbation. Je me vois ainsi obligé de recommencer tout le travail des divisions actives, où l'on a mis des généraux qui ne peuvent me convenir.
Les bureaux de la guerre ont également oublié tous les principes, en vous faisant délivrer des ordonnances pour des crédits qui n'étaient pas compris dans la distribution mensuelle. Cela ruine le crédit de la trésorerie et est contraire à l'usage de tous les temps; quand je dis de tous les temps, je ne parle pas du gouvernement royal, dont je ne connais pas la marcbe en détail, mais c'est contraire à Tordre qui a été observé dans les finances depuis le Directoire. Il faut donc régulariser cela. Portez dans les demandes de crédit pour juin tout ce que vous avez ordonnancé au delà de vos crédits mensuels , et désormais n'ordonnancez plus rien que jusqu'à concurrence du crédit du mois, sans quoi vous entraveriez le service, vous annuleriez vos ordon-
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nances, et nous ne pourrions plus nous comprendre. Il entre dans la responsabilité du trésor que, quarante jours après que vos ordonnances ont été délivrées en conséquence des crédits mensuels, elles soient soldées; mais, si vous ordonnancez au delà des limites de ce crédit, tout devient chaos. Quand j'accorde un crédit mensuel, je le base sur les ressources et sur les recettes; le ministre du trésor est convenu qu'il a ces moyens, et dès lors il doit pourvoir aux dépenses qui y sont proportionnées.
Un autre article dont j'ai à vous entretenir, c'est celui des remontes. Vous avez fait des fonds à différents régiments qui devaient acheter : mais les régiments n'achètent pas; c'est donc un crédit qui reste mort. Egalement vous avez fait un marché pour deux millions, et vous avez fait un crédit en conséquence : cependant ces marchés ne se remplissent pas ; c'est encore un crédit mort.
Le trésor est la base de tout, et je ne puis avoir action sur le trésor qu'autant que vous vous conformez aux règles et que vous ménagez le plus possible les fonds. Cela est tellement vrai, qu'il était d'usage que les ordonnances rappelassent non-seulement le crédit du budget, mais le crédit mensuel auxquels elles s'appliquaient. 11 me semble que les bureaux de la guerre ont oublié les formes qui ont été en vi gueur pendant tant d'années.
Napoléom.
D'après l'original comm. par M™* la maréchale princesse d'Eckmûhl.
1700. — PLAIXTES ET RECOMMAXDATIOVS AU SUJET DE LA REMOXTE DE LA CAVALERIE.
AU MARÉCHAL DAlOLT, PRINCE d'eCKMLHL, MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.
Paris, -23 mai 1815.
Mon Cousin, dans l'état des remontes, je ne vois le dépôt de Versailles porté que pour 2,800 chevaux : cependant il doit fournir 7,000 chevaux, plus 1,000 chevaux de trait; ce qui fait 8,000. Vous portez zéro aux cuirassiers et dragons : cependant le dépôt de Versailles doit fournir 1,000 chevaux à chaque arme; et il en a déjà fourni aux carabiniers.
Les remontes n'avancent pas. Personne n'est à la tête de notre cavalerie, et je vois que , depuis le mois de mars, la cavalerie n'a fait d'autres progrès que ceux résultant des chevaux pris à la gendarmerie. Cet objet est de la plus haute importance. Il faut autoriser les corps qui sont portés pour les 2,000 chevaux à envoyer des officiers de recrutement et à acheter des chevaux un à un. Le général Bourcier veut y mettre trop de lenteur et de méthode. Il faut qu'il envoie des officiers en remonte dans les départements pour acheter des chevaux. Il doit seulement leur prescrire de ne pas dépasser les
prix du fournisseur. Il faut enfin résilier les marrhé qui ne s'exécutent pas, ce qui rendra des ressources disponibles.
Il faudrait quelqu'un à la tête de vos bureaux de la cavalerie. L'artillerie et le génie ne vont bien que parce qu'ils sont dirigés par des généraux de l'arme, qui savent les détails et s'occupent de la pensée de cette partie. Je pense que le général Préval serait très-bien à la tète de tous les bureaux de la cavalerie. Vous le remplacerez facilement par un aide ue camp ou par un colonel dans la direction du dépôt de Beauvais. Il y a beaucoup de faux mouvements.
Il est urgent de faire faire une commande de 2,000 chevaux de gendarmerie dans les départements autres que ceux qui composent les 11% 9% 10% 8% 7* et 19* divisions militaires, et de faire, dans ces six divisions, un appel particulier pour les cinq régiments qui sont affectés à ces localités. Vous pourrez charger le maréchal Suchet, le général Clausel et le maréchal Brune de réunir les chefs de la gendarmerie de leurs départements et de se concerter avec eux pour faire un appel des chevaux de gendarmes, proportionnellement à ces qu'ils peuvent fournir, de manière à arriver à compléter promptemeiU ces corps.
La cavalerie ne va d'aucune manière. C'est tous les jours que les commandants des dépôts doivent
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COUS envoyer un état abrégé de tout ce qu'ils reçoivent, afin que les bureaux puissent connaître ]a situation des hommes, des chevaux et des selles, II y a dans cette partie bien de l'apathie; c'est pourquoi nous n'avons pas encore de cavalerie.
Xapoléon.
D'après loriginal comm. par M"^ la maréchale princesse d Eckmûbi.
1701. — ORDRE DE COXSERVER SECRET LE COXTEXU DES LETTRES DE L'EMPEREUR.
AU MARÉCHAL DAVOLT, PRLXCE d'eCKMUHL , MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.
Paris, 24 mai 1815.
Alon Cousin, vous ne m'avez encore proposé aucun général pour commander dans la Vendée, dans les Deux-Sèvres, dans la Loire-Inférieure et dans les autres départements où il n'y en a pas; cette opération cependant est bien importante.
J'apprends que le général Chambarlhac est allé commander à Dijon ; cette disposition ne m'a pas été soumise. Il est de principe pourtant qu'un cénéral ne peut pas recevoir une destination sans mon approbation; on ne donne le commandement d'une division militaire ou d'un département que par un décret.
Je vois dans un journal une lettre que je fous ai écrite : c'est, depuis que je suis au gouvernement, la première fois que je vois pareille chose. J'apprends que vous envoyez aux journaux des extraits de mes lettres et de celles des généraux : c'est contraire à tous les principes et même à la décence. Il est désormais nécessaire que mes lettres ne soient connues que de vous, et qu'il n'en soit expédié aucun extrait à vos correspondants, ni même à vos bureaux. Voire prédécesseur garJait mes lettres dans les tiroirs de son bureau, et faisait faire dans son cabinet l'extrait des ordres auxquels elles donnaient lieu.
.Yapoléow
D'après luiijiual coiuai. par M""; la maréchale princesse d Eckujulil.
Fl.V DU iO.MK XEL II KME.