‹ Correspondance militaire; extraite de la correspondance générale et publiée par ordre du Ministre de la Guerre (volume 3)Chapitre 16 sur 45 · BATAILLE DE LIG^JY , SOUS FLEURUS · texte numérisé non relu

BATAILLE DE LIG^JY , SOUS FLEURUS

Le 16 au matin Tarmée occupait les positions suivantes :

L'aile gauche, commandée par le maréchal duc d'Elchingen, et composée du V et du 2" corps d'infanterie et du 2** de cavalerie, occupait les positions de Frasnes.

L'aile droite, commandée par le maréchal Grouchy, et composée des 3' et 4® corps d'infanterie et du 3* corps de cavalerie, occupait les hauteurs derrière Fleurus.

Le quartier général de l'Empereur était à Char-

leroi, où se trouvaient la Garde impériale et le 6^ corps.

L'aile gauche eut Tordre de marcher sur les Quatre-Bras, et la droite sur Sombreffe. L'Empereur se porta à Fleurus avec sa réserve.

Les colonnes du maréchal Grouchy étant en marche aperçurent, après avoir dépassé Fleurus, l'armée ennemie, commandée par le feld-maréchal Blùcher, occupant les plateaux du moulin de Bussy, par la gauche le village de SombreCTe, et prolongeant sa cavalerie fort en avant sur la route de Xamur; sa droite était à Saint-Amand et occupait ce gros village avec de grandes forces, ayant devant elle un ravin qui formait sa position.

L'Empereur fut reconnaître la force et les positions de l'ennemi, et résolut d'attaquer sur-lechamp, il fallut faire un changement de Iront, la droite en avant et en pivotant sur Fleurus.

Le général Vandamme marcha sur Saint-Amand, le général Gérard surLigny et le maréchal Grouchy sur Sombreffe. La troisième division du 2* corps, commandée par le général Girard . marcha en réserve derrière le corps du général Vandamme. La Garde se rangea à la hauteur de Fleurus, ainsi que les cuirassiers du général Milhaud.

A trois heures après midi ces dispositions furent achevées. La division du général Lefol, faisant partie du corps du général Vandamme, s'engagea la pre-

mière et s'empara de Saint-Amaiid, d'où elle chassa l'ennemi à la baïonnette. Elle se maintint, pendant tout le combat, au cimetière et au clocher de Saint- Amand. Mais ce village, qui est très-élendu , fut le théâtre de différents combats pendant la soirée; tout le corps du général Vandamme y fuf engagé, et l'ennemi y engagea des forces considérables.

Le général Girard, placé en réserve du corps du général Vandamme, tourna le village par sa droite et s'y battit avec sa valeur accoutumée. Les forces respectives étaient soutenues de part et d'autre par une soixantaine de bouches à feu.

A la droite, le général Gérard s'engagea avec le 4' corps au village de Ligny, qui fut pris et repris plusieurs fois.

Le maréchal Grouchy à l'extrême droite et le général Pajol combattirent au village de Sombreffe. L'ennemi montra de 80 à 90,000 hommes et un grand nombre de pièces de canon.

A sept heures, nous étions maîtres de tous les villages situés sur le bord du ravin qui couvrait la position de Tennemi; mais celui-ci occupait encore avec toutes ses masses le plateau du moulin de Bussy.

L'Empereur se porta avec sa Garde au village de Li^ny ; le général Gérard fit déboucherie général Pécheux avec ce qui lui restait de réserve, presque toutes les troupes ayant été engagées dans ce vil-

Jage. Huit bataillons de la Garde débouchèrent à la baïonnette, et derrière eux les quatre escadrons do service, les cuirassiers du général Delord, ceux du général ?ililhaud et les grenadiers à cheval de la Garde. La vieille Garde aborda a la baïonnette les colonnes ennemies qui étaient sur les hauteurs de Biissy, et en un instant couvrit de morts le champ de bataille. L'escadron de service attaqua et rompit un carré, et les cuirassieis poussèrent Tennemi dans toutes les directions. A sept heures et demie, nous avions quarante pièces de canon, beaucoup de roitures, des drapeaux et des prisonniers, et l'ennemi cherchait son salut dans une retraite précipitée. A dix heures, la bataille était finie, et nous nous trouvions maîtres de tout le champ de bataille.

Le général Lùtzow, partisan, a été fait prisonnier. Les prisonniers assurent que le feld-maréchal Blûcher a été blessé. L'élite de l'armée prussienne a été détruite dans cette bataille. Sa j erte ne peut être moindre de 15,000 hommes; la nôtre est de 3,000 hommes tués ou blessés.

A la gauche, le maréchal Xey avait marché sur les Quatre-Bras avec une division qui avait culbuté une division anglaise qui s'y trouvait placée. Alais, attaqué par le prince d'Orange avec 25,000 hommes, partie Anglais, partie Hanovriens à la solde de l'Angleterre, il se replia sur sa position de Frasnes. Là s'engagèrent des combats multipliés; l'ennemi

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s'attachait à le forcer, mais il le fit vainement. Le duc d'Elchingen attendait le 1" corps, qui n'arriva qu'à la nuit ; il se borna à garder sa position. Dans un carré attaqué par le 8" régiment de cuirassiers, le drapeau du 69* régiment d'infanterie anglais est tombé entre nos mains. Le prince de Brunswick a été tué. Le prince d'Orange a été blessé. On assure que l'ennemi a eu beaucoup de personnages et de généraux de marque tués ou blessés. On porte la perte des Anglais à 4 ou 5,000 hommes; la nôtre, de ce côté , a été très-considérable : elle s'élève à 4,200 hommes tués ou blessés. Ce combat a fini à la nuit. Lord Wellington a ensuite évacué les Quatre-Bras et s'est porté sur Genappe.

Dans la matinée du 17, l'Empereur s'est rendu aux Quatre-Bras, d'où il a marché pour attaquer l'armée anglaise; il l'a poussée jusqu'à l'entrée de la forêt de Soigne, avec l'aile gauche et la réserve. L'aile droite s'est portée par SombrefTe, à la suite du feld -maréchal Blûcher, qui se dirigeait sur Wavre, où il paraissait vouloir se placer.

A dix heures du soir, l'armée anglaise, occupant Mont-Saint-Jean par son centre, se trouva en position en avant de la forêt de Soigne; il aurait fallu pouvoir disposer de trois heures pourl'attaquer ; on fut obligé de remettre au lendemain.

Le quartier général de l'Empereur fut établi à la ferme du Caillou, près Plancenoit. La pluie tombait

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par torrents. Ainsi, dans la journée du 16, la gauche, la droite et la réserve ont été également engagées à une dislance d'à peu près deux lieues.

BATAILLE DE MOXT-SAINT-JEAX.

A neuf heures du matin , la pluie ayant un peu diminué, le 1" corps se mit en mouvement et se plaça, la gauche à la route de Bruxelles et vis-àtIs le village de Mont-Saint-Jean, qui paraissait le centre de la position de l'ennemi. Le 2' corps appuya sa droite à la route de Bruxelles, et sa gauche à un petit bois, à portée de canon de Tarmée anglaise. Les cuirassiers se portèrent en réserve derrière, et la Garde en réserve sur les hauteurs. Le 6^ corps, avec la cavalerie du général Domon, sous les ordres du comte Lobau,fut destiné à se porter en arrière de notre droite, pour s'opposer à un corps prussien qui paraissait avoir échappé au maréchal Grouchy et être dans l'intention de tomber sur notre flanc droit, intention qui nous avait été connue par nos rapports et par une lettre d'un général prussien que portait une ordonnance prise par nos coureurs. Les troupes étaient pleines d'ardeur.

On estimait les forces de l'armée anglaise à 80,000 hommes; on supposait que le corps prussien, qui pouvait être en mesure vers le soir,

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pouvait être de 15,000 hommes. Les forces ennemies étaient donc de plus de 90,000 hommes; les nôtres étaient moins nombreuses.

A midi, tous les préparatifs étaient terminés, et le prince Jérôme, commandant une division du 2** corps, destinée à en former l'extrême gauche, se porla sur le bois dont Fennemi occupait une partie. La canonnade s'engagea; rennemi soutint par trente pièces de canon les troupes qu'il avait envoyées pour garder le bois. Nous fîmes aussi de notre côté des dispositions d'artillerie. A une heure, le prince Jérôme fut maître de tout le bois, et toute l'armée anglaise se replia derrière un rideau. Le comte d'Erlon attaqua alors le village de Mont'Saint-Jean et fit appuyer son attaque par quatre-vingts pièces de canon. Il s'engagea là une épouvantable canonnade, qui dut beaucoup faire souffrir l'armée anglaise. Tous les coups portaient sur le plateau. Lne brigade de la 1" division du comte d'Erlon s'empara du village de Hlont-Saint- Jean; une seconde brigade fut chargée par un corps de cavalerie anglaise, qui lui fit éprouver beaucoup de pertes. Au même moment, une division de cavalerie anglaise chargea la batterie du comte d'Erlon par sa droite, et désorganisa plusieurs pièces; mais les cuirassiers du général Milhaud chargèrent cette division, dont trois régiments furent rompus et écharpés.

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Il était trois heures après midi. L'Empereur fit avancer ia Garde pour la placer dans la plaine, sur ]e terrain qu'avait occupé le P' corps au commencement de raction, ce corps se trouvant déjà en avant. La division prussienne, dont on avait prévu le mouvement, commença alors à s'engager avec les tirailleurs du comte de Lobau, en plongeant son feu sur tout noire flanc droit. Il était convenable, avant de rien entreprendre ailleurs, d'attendre l'issue qu'aurait cette attaque. A cet effet, tous les moyens de la réserve étaient prêts à se porter au secours du comte Lobau et à écraser le corps prussien lorsqu'il se serait avancé.

Cela fait, l'Empereur avait le projet de mener une attaque par le village de Mont-Saint-Jean, dont on espérait un succès décisif; mais, par un mouvement d'impatience si fréquent dans nos annales militaires, et qui nous a été souvent si funeste, la cavalerie de réserve, s'étant aperçue d'un mouvement rétrograde que faisaient les Anglais pour se mettre à l'abri de nos batteries, dont ils avaient déjà tant souffert, couronna les hauteurs de Mont-Saint-Jean et chargea l'infanterie. Ce mouvement, qui, fait à temps et soutenu par les réserves, devait décider de la journée, fait isolément et avant que les affaires de la droite fussent terminées, devint funeste. X'ayant aucun moyen de le contremander , l'ennemi montrant beaucoup de

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masses d'infanterie et de cavalerie, et les deux divisions de cuirassiers étant engagées, toute notre cavalerie courut au même moment pour soutenir ses camarades. Là, pendant trois heures, se firent de nombreuses charges qui nous valurent renfoncement de plusieurs carrés et six drapeaux de Tinfanterie anglaise, avantage hors de proportion avec les pertes qu'éprouvait notre cavalerie par la mitraille et les fusillades. Il était impossible de disposer de nos réserves d'infanterie jusqu'à ce qu'on eût repoussé l'attaque du flanc du corps prussien. Cette attaque se prolongeait toujours et perpendiculairement sur notre flanc droit. L'Empereur y envoya le général Duhesme avec la jeune Garde et plusieurs batteries de réserve. L'ennemi fut contenu, fut repoussé et recula; il avait épuisé ses forces, et l'on n'en avait plus rien à craindre. C'est ce moment qui était celui indiqué pour une attaque sur le centre de l'ennemi.

Comme les cuirassiers souffraient par la mitraille, on envoya quatre bataillons de la moyenne Garde pour protéger les cuirassiers, soutenir la position, et, si cela était possible, dégager et faire reculer dans la plaine une partie de notre cavalerie. On envoya deux autres bataillons pour se tenir en potence sur l'extrême gauche de la division qui avait manœuvré sur nos flancs, afin de n'avoir de ce côté aucune inquiétude; le reste fut disposé en

réserve, partie pour occuper la potence en arrière de Mont-Sain t-Jean, partie sur le plateau, en arrière du champ de jjataille qui formait notre position de retraite.

Dans cet état de choses, la bataille était gagnée; nous occupions toutes les positions que l'ennemi occupait au commencement de l'action; notre cavalerie ayant été trop tôt et mal employée , nous ne pouvions plus espérer de succès décisifs. Mais le maréchal Grouchy, ayant appris le mouvement du corps prussien, marchait sur le derrière de ce corps, ce qui nous assurait un succès éclatant pour la journée du lendemain. Après huit heures de feu et de cliarges d'infanterie et de cavalerie, toute l'armée voyait avec satisfaction la bataille gagnée et le champ de bataille en notre pouvoir.

Sur les huit heures et demie, les quatre bataillons de la moyenne Garde qui avaient été envoyés sur le plateau au delà de Mont-Saint-Jean pour soutenir les cuirassiers, étant gênés par la mitraille de l'ennemi , marchèrent à la baïonnette pour enlever ses batteries. Le jour finissait; une charge faite sur leur flanc par plusieurs escadrons anglais les mit en désordre; les fuyards repassèrent le ravin; les régiments voisins, qui virent quelques troupes appartenant à la Garde à la débandade, crurent que c'était la vieille Garde et s'ébranlèrent : les cris Tout est perdu! La Garde est repoussce! se firent

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entendre. Les soldats prétendent même que sur plusieurs points des malveillants apostés ont crié Sauve qui peut! Quoi qu'il en soit, une terreur panique se répandit tout à la fois sur tout le champ de bataille; on se précipita dans le plus grand désordre sur la ligne de communication ; les soldats, les canonniers, les caissons se pressaient pour y arriver; la vieille Garde qui était en réserve en fut assaillie, et fut elle-même entraînée.

Dans un instant, l'armée ne fut plus qu'une masse confuse, toutes les armes étant mêlées, et il était impossible de reformer un corps. L'ennem.i, qui s'aperçut de cette étonnante confusion, St déboucher des colonnes de cavalerie ; le désordre augmenta; la confusion de la nuit empêcha de rallier les troupes et de leur montrer leur erreur.

Ainsi une bataille terminée, une journée nnie, de fausses mesures réparées, de plus grands succès assurés pour le lendemain, tout fut perdu par un moment de terreur panique. Les escadrons de service même, rangés à côté de l'Empereur, furent culbutés et désorganisés par ces flots tumultueux, et il n'y eut plus d'autre chose à faire que de suivre le torrent. Les parcs de réserve, les bagages qui n'avaient point repassé la Sambre, et tout ce qui était sur le champ de bataille, sont restés au pouvoir de l'ennemi. Il n'y a eu même aucun moyen d'attendre les troupes de notre droite; on sait ce

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que c'est que la plus brare armée du inonde, lorsqu'elle est mêlée et que son organisation n'existe plus.

L'Empereur a passé la Sambre à Charleroi le 19, à cinq beures du matin. Philippeville et Avesnes ont été donnés pour point de réunion. Le prince Jérôme, le général Morand et les autres géîiéraus y ont déjà rallié une partie de l'armée. Le maréchal Grouchy, avec le corps de la droite, opère son mouvement sur la basse Sambre.

La perte de l'ennemi doit avoir été très-grande, à en juger par les drapeaux que nous lui avons pris et par les pas rétrogrades qu'il avait faits; la nôtre ne pourra se calculer qu'après le ralliement des troupes. Avant que le désordre éclatât, nous avions déjà éprouvé des pertes considérables, surtout dans notre cavalerie, si funestement et si bravement engagée. Alalgré ces pertes, cette valeureuse cavalerie a constamment gardé la position qu'elle avait prise aux cinglais, et ne l'a abandonnée que quand le tumulte et le désordre du champ de bataille l'y ont forcée. Au milieu de la nuit et des obstacles qui encombraient la route, elle n'a pu elle-même conserver son organisation.

L'artillerie, comme à son ordinaire, s'est couverte de gloire.

Les voitures du quartier général étaient restées dans leur position ordinaire, aucun mouvement

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rétrograde n'ayant été jugé nécessaire. Dans le cours de !a journée, elles sont tombées entre les mains de Tennemi.

Telle a été l'issue de la bataille de Alont-Saint- Jean, glorieuse pour les armées françaises, et pourtant si funeste.

Extrait du Moniteur du 21 juin 1815.

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