DIPLOMATIE. — GUERRE
OBSERVATIONS SIR LES EVENEMENTS MILITAIRES EX ALLEMAGNE, PENDANT LE MOIS DE DÉCEMBRE 1800.
IX. Plan de campagne. — Le plan de campagne adopté par le premier Consul réunissait tous les avantage3. Les armées d'Allemagne et d'Italie étaient chacune dans une seule main ; l'armée gallobatave devait être indépendante, parce qu'elle n'était qu'un corps d'observation, qui ne devait pas se laisser séparer de la France, et devait toujours se tenir en arrière de la gauche de la Grande Armée, afin de permettre au général Aloreau de concentrer toutes ses divisions et de réunir d'assez grandes forces peur pouvoir manœuvrer, indépendamment des bons ou mauvais succès de ce corps d'observation.
L'armée des Grisons, deuxième armée de réserve,
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r.ienaçait à la fois le Tyrol allemand et italien. Elle fixa toute l'attention des généraux Hiller et Daviuovich , et permit au général Moreau d'attirer à lui sa droite, et au général Brune d'attirer à lui sa gauche. Il importait aussi qu'elle fût indépendante, parce qu'elle devait raccorder les armées d'Allemagne et d'Italie, menacer la gauche de l'armée de Tarchiduc et la droite de celle du maréchal Bellegarde.
Ces deux corps d'observation, qui n'étaient ensemble que de 35,000 hommes, occupèrent l'armée mayençaise et les corps de Simbschen, Klenau , Reuss et Davidovich, 70,000 hommes, lorsque, par un effet opposé, ils permirent aux ceux grandes armées françaises qui étaient destinées à entrer '^lans les États héréditaires de tenir réunies toutes leurs forces.
Augereau. — Le général Augereau a rempli le rôle qui lui avait été assigné. Ses instructions lui ordonnaient de se tenir toujours en arrière , afin de ne pas s'esposer à être attaqué par un détachement de l'armée de l'archiduc. Au reste , son combat de Burgebrach , le 3 décembre, jour même de la bataille de Hobenlinden, est fort honorable, ainsi que les combats qu'il a soutenus plus tard en avant de Xuremberg, où il a eu à lutter contre des forces supérieures. Mais, s'il se fût mieux pénétré du rôle
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qu'il avait à remplir, il eût évité des engagements, ce qui lui devenait facile en ne |)assant pas la Regnitz. Cependant son ardeur a été utile, puisqu'elle a obligé l'archiduc à détacher le corps de Klenau pour soutenir l'armée mayençaise.
Moreau. — La marche du général Moreau sur rinn est défectueuse ; il ne devait pas aborder cette rivière sur six points et sur une ligne de quinze à vingt lieues.
Lorsque l'armée qui vous est opposée est couverte par un fleuve sur lequel elle a plusieurs têtes de pont, il ne faut pas l'aborder de front; cette disposition dissémine votre armée et vous expose à être coupé. Il faut s'approcher de la rivière que vous voulez passer par des colonnes en échelons, de sorte qu'il n'y ait qu'une seule colonne, la plus avancée, que l'ennemi puisse attaquer sans prêter lui-même le flanc. Pendant ce temps vos troupes légères borderont la rive, et, lorsque vous serez fixé sur le point où vous voulez passer, point qui doit toujours être éloigné de l'échelon de tête, pour mieux tromper votre ennemi, vous vous y porterez rapidement et jetterez votre pont.
L'observation de ce principe était très-importante surl'Inn, le général français ayant fait de Munich son point de pivot. Or il n'y a de Munich à l'endroit le plus près de cette rivière que dix lieues;
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elle court obliquement, en s'éloignant toujours davantage de cette capitale, de sorte que, lorsque Ton veut jeter un pont plus bas, on prête le flanc à l'ennemi. Aussi le général Grenier se trouva-t-il fort exposé dans le combat du 1"" décembre; il fut obligé de lutter deux jours un contre trois.
Si le général français voulait occuper les hauteurs d'Ampfing, et il ne le pouvait faire qu'avec toute san armée , il fallait qu'il y réunît les trois divisions de Grenier, les trois divisions de la réserve et la cavalerie du général d'Hautpoul, plaçant Lecourbe en échelons sur la droite. Ainsi rangée, l'armée française n'aurait couru aucun risque; elle eût battu et précipité dans l'Inn l'archiduc. Avec une armée qui eut été même supérieure en nombre, les dispo sit1(%s prises eussent été dangereuses. C'est de Landshut qu'il faut partir pour marcher sur l'Inn.
Pendant que le sort de la campagne se décidait aux champs d'Ampfing et de Hohenlinden, les trois divisions de Sainte-Suzanne et les trois divisions de Lecourbe, c'est-à-dire la moitié de l'armée, n'étaient pas sur le champ de bataille. A quoi bon avoir des troupes lorsqu'on n'a pas l'art de s'en servir dans les occasions importantes? L'armée française était de liO,000 hommes sur le champ d'opération ; celle de l'archiduc de 80,000 hommes , parce qu'elle était affaiblie des deux détachements qu'elle avait faits contre l'armée gallo-batave et celle des Grisons.
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Xéanmoins rarmée autrichienne se trouva égale en nombre sur le champ de Hohenlinden et triple au combat d'Ampfîng.
La bataille de Hohenlinden a été une rencontre heureuse; le sort de la campagne a été joué sans aucune combinaison. L'ennemi a eu plus de chances de succès que les Français, et cependant ceux-ci étaient tellement supérieurs en nombre et en qualité, que, menés sagement et conformément aux règles, ils n'eussent eu aucune chance contre eux.
On a dit que Moreau avait ordonné la marche de Richepance et de Decaen sur Alattenbett pour prendre en flanc l'ennemi; cela n'est pas exact : tous les mouvements de l'armée française pendant la journée du 3 décembre étaient défensifs. Aloreau avait intérêt à rester le 3 sur la défensive, puisque le 4 le général Lecourbe devait arriver sur le champ de batffille, et que le 5 il devait recevoir un autre puissant renfort, celui de Sainte-Suzanne.
Le but de ce mouvement de Decaen et de Riche* pance était d'empêcher l'ennemi de déboucher dans la forêt pendant la journée du 3; il était purement défensif.
Si la manœuvre de ces deux divisions avait eu pour but de tomber sur le flanc gauche de l'ennemi, elle eût été contraire à la règle, qui veut que l'on ne fasse pas de gros détachements la veille d'une bataille. L'armée française n'avait de réunies que
six divisions ; c'était beaucoup hasarder que d'en détacher deux la veille de l'action. Il était possible que ce détachement ne rencontrât pas les ennemis, parce que ceux-ci auraient manœuvré sur leur droite ou auraient déjà emporté Hohenlinden avant son arrivée à Mattenbett. Dans ce cas, les divisions Richepance et Decaen, isolées, n'eussent été d'aucun secours aux quatre autres, qui eussent été rejetées au delà de Tlsar, ce qui eût entraîné la perte de ces deux divisions détachées.
Si l'archiduc eût fait marcher en avant son échelon de droite, et ne fût entré dans la forêt que lorsque le général Latour aurait été aux prises avec le lieutenant général Grenier, il n'eût trouvé à Hohenlinden que la division Grouchy. Il se fût emparé de la forêt, eût coupé l'armée par le centre, et tourné la droite de Grenier, qu'il eût jeté au delà de risar ; les deux divisions Richepance et Decaen, isolées dans des pays difficiles , au milieu des glaces et des boues, eussent été acculées à l'Inn, un grand désastre eût frappé l'armée française. C'était mal jouer que d'en courir les chances ; i\Ioreau était trop prudent pour s'exposer à un pareil hasard.
Le mouvement de Richepance et de Decaen devait s'achever dans la nuit; mais il eût fallu que ces deux divisions marchassent réunies. Elles étaient au contraire séparées et fort éloignées Tune de
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l'autre, dans des pays sans chemins et en décembre ; elles errèrent toute la nuit. A sept heures du matin, le 3, lorsque Richepance, avec la première brigade, arriva en avant de Saint-Christophe, il se trouva coupé de sa deuxième brigade ; l'ennemi s'était placé à Saint-Christophe. Ce général devait-il poursuivre sa marche ou rétrograder au secours de sa seconde brigade? Cette question ne peut être douteuse, il devait rétrograder. Il l'eût dégagée, se fût joint au général Decaen, et eût pu dès lors marcher en avant avec de grandes forces. Il devait s'attendre à trouver au village de Mattenbett une des colonnes de rarcliiduc fort supérieure à lui. Quel espoir pouvait-il avoir? Il eût été attaqué en tête et en queue, ayant l'inn sur son flanc droit. Dans sa position, les règles de la guerre voulaient qu'il marchât réuni, non -seulement avec sa deuxième brigade, mais même avec la division Decaen. 20,000 hommes ont toujours des moyens d'influer sur la fortune; et au pis aller, surtout en décembre, ils ont toujours le temps de gagner la nuit et de se tirer d'affaire. Le général Richepance fît donc une imprudence ; cette imprudence lui réussit, et c'est à elle que doit spécialement être attribué le succès de la bataille, car, de part et d'autre, il n'a tenu à rien ; et le sort de deux grandes armées a été décidé par le choc de quelques bataillons.
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Archiduc Jean. — L'archiduc Jean a eu lort de prendre ToLfensive et de passer Flnn. Son armée était trop démoralisée; elle avait trop de recrues; enfin elle avait à combattre des forces trop considérables, et opérait dans une saison où tous les avantages sont pour celui qui reste sur la défensive.
Il a fort bien engagé le combat du P*^ décembre, mais il n'y a pas mis de vigueur; il a passé toute la journée à se déployer. Ces mouvements exigent beaucoup de temps, et les jours sont bien courts en décembre ; ce n'était pas le cas de parader. Il fallait attaquer par la gauche et par le centre, par la droite en colonnes et au pas de charge, tète baissée. En profitant ainsi de sa grande supériorité, il eût entamé et mis en déroute les divisions Xey et Hardy.
Il eût dû, dès le lendemain, pousser les Français l'épée dans les reins et à grandes journées; il fit la faute de se reposer, ce qui donna le temps à Moreau de se rasseoir et de réunir ses forces. Son mouvement avait complètement surpris l'armée française ; elle était disséminée; il ne fallait pas lui donner le temps de respirer et de se reconnaître. Mais, à moins que l'archiduc n'eût eu le bonheur de remporter un grand avantage, l'armée française, rejetée au delà de l'Isar, s'y fût ralliée, et n'eût pas moins fini par le battre complètement..
Ses dispositions pour la bataille de Hohenlinden sont fort bien entendues; mais il a commis des
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fautes dans rexécution. La nature de son mouvement voulait que son armée marchât en échelons, la droite en avant: que la droite, commandée par le général Latour, et les flanqueurs du général Kienmayer, fussent réunis et aux mains avec le corps du lieutenant général Grenier, avant que le centre entrât dans la forêt. Pendant ce mouvement, l'ai^hiduc devait se tenir en bataille avec le centre, à hauteur de Mattenbett, faisant fouiller la forêt par une division, pour favoriser la marche du général Latour. Les trois divisions de Grenier,, commandées par Legrand, Bastoul et Xey, étant occupées par Latour, l'archiduc n'eût trouvé à Hohenlinden que Grouchy, qui ne pouvait pas tenir une demi-heure. Au lieu de cela, il marcha le centre en avan^, sans faire attention que sa droite et sa gauche, qui s'a vançaient par des chemins de traverse, dans des pays couverts de glaces, ne pouvaient pas le suivre; de sorte qu'il se trouva seul engagé dans une forêt, où la supériorité du nombre est de peu d'importance. Cependant il repoussa, mit en désordre la division Grouchy; mais le général Latour était à deux lieues en arrière. Xey, qui n'avait personne devant lui, accourut au soutien de Grouchy; et lorsque, plusieurs heures après, les ailes de l'archiduc arrivèrent à sa hauteur, il était trop tard. II était contraire à Tusage de la guerre d'engager sans utilité plus de troupes que le terrain ne permettait
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d'en déployer et surtout de faire entrer ses parcs et sa grosse artillerie dans un défilé dont il n'avait pas l'extrémité opposée. En effet, ils Tont embarrassé pour opérer sa retraite, et il les a perdus. Il aurait dû les laisser en position , au village de Alattenbett, sous une escorte convenable, jusqu'à ce qu'il fût maître du déboucbé de la forêt.
Ces fautes d'exécution font présumer que l'armée de rarchiduc était mal organisée. Mais la pensée de la bataille était bonne; il eût réussi le 2 décembre, il eût encore réussi le 3 sans ces fautes d'exécution.
On a voulu persuader que la marche de l'armée française sur Ampfing et sa retraite sur Hobenlinden étaient une ruse de guerre; cela ne mérite aucune réfutation sérieuse. Si le général Moreau eût médité cette marche, il eût tenu à portée les six divisions de Lecourbe et de Sainte-Suzanne ; il eût tenu réunis Richepance et Decaen dans un même camp; il
eût Sans doute la bataille de Hobenlinden fut
très-glorieuse pour le général Moreau , pour les généraux, pour les officiers, pour les troupes françuises. C'est une des plus décisives de la guerre ; mais elle ne doit être attribuée à aucune manœuvre, à aucune combinaison, à aucun génie militaire.
Dernière observation. — Le général Lecourbe, qui formait la droite, n'avait pas donné à la ba-
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taille; il eût dû jeter un pont surTInn, et passer cette rivière au plus tard le 5 décemlire. Toute l'armée eût dû se trouver, dans la journée du 6, sur la rive droite; elle n'y a été que le 12. Le quartier général, qui eût pu arriver le 12 à Steyer, n'y a élé que le 22. Cette perte de sept jours a permis à Farchiduc de se rallier, de prendre position derrière l'Alz et la Salza, d'organiser une bonne arrièregarde et de défendre le terrain pied à pied jusqu'à TEnns. Sans cette lenteur impardonnable, Moreau eût évité plusieurs combats, pris une quantité énorme de bagages, de prisonniers isolés, et coupé des divisions non ralliées. Il était beaucoup plis près de Salzbourg, le lendemain de la bataille de Hohenlinden, que Tarcbiduc, qui s'était retiré pcr le bas Inn; en marchant avec activité et dans la vraiedirection, Moreau l'eût acculé au Danube, et fût arrivé à Vienne avant les débris de son armée.
Le petit échec qu'a essuyé Lecourbe devant Salzbourg et la résistance de l'ennemi dans la plaine do Vœcklabruck proviennent du peu de cavalerie qri se trouvait à l'avant-garde. C'était cependant le cas d'y faire marcher la réserve du général d'Hautpoul, et non de la tenir en arrière. C'est à la cavalerie à poursuivre la victoire et à empêcher l'ennemi battu de se rallier
D'après les Mémoires pour servir à l'histoire de France , sous le règne de Napoléon /««■, éditioa de 1S30.
CAAIPAGNE DE 1815