‹ Correspondance militaire; extraite de la correspondance générale et publiée par ordre du Ministre de la GuerreChapitre 124 sur 199 · e BULLETIN DE LA GRANDE ARMEE · texte numérisé non relu

e BULLETIN DE LA GRANDE ARMEE

Elchingen, 26 vendémiaire an XIV (18 octobre 1805)-

La journée d'Llm a été une des pins belles journées de l'histoire de France. La capitulation de la place est ci-jointe, ainsi que l'état des régiments qui y sont enfermés. L'Empereur eût pu l'enlever d'assaut; mais 20,000 hommes, défendus par des ouvrages et par des fossés pleins d'eau, eussent opposé de la résistance, et le vif désir de Sa Majesté était d'épargner le sang. Le général Mack, général en chef de l'armée, était dans la ville : c'est la destinée des généraux opposés à l'Empereur d'être pris dans des places. On se souvient qu'après les belles manœuvres de la Brenta, le vieux feld-marécbal Wurmser fut fait prisonnier dans Alantouc ; Mêlas le fut dans Alexandrie ; Mack l'est dans Llm.

L'armée autrichienne était une des plus belles qu'ait eues l'Autriche : elle se composait de 14 régiments d'infanterie formant l'armée dite de Bavière, de L3 régiments de l'armée du Tyrol et de 5 régiments venus en poste d'Italie, faisant 32 régiments d'infanterie, et de 15 régiments de cavalerie.

L'Empereur avait placé l'armée du prince Fcrtlilu. 2J

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naïul dans la même situation où il plaça celle de illelas. iîprès avoir hésité longtemps, Alelas prit la noble résolution de passer sur le corps de l'armée française ; ce qui donna lieu à la bataille de Marengo. .Alack a pris un autre parti : Ulm est l'aboutissant d'un grand nombre de routes ; il a conçu le projet de faire échapper ses divisions par chacune de ces routes, et de les réunir en Tyrol et en Bohème. Les divisions Hohenzollern et Wcrneck ont débouclié par Heidenheim. Une petite division a débouché j)ar Memmingen. Mais rEmjiereur, dès le 20, accourut d'Augsbourg devant Ulm, déconcerta sur-le-champ les projets de l'eniiemi, et fit enlever le pont et la position d'Elchingen, ce qui remédia à tout.

Le maréchal Soult, après avoir pris Memmingen, s'était mis à la poursuite des autres colonnes. Enfin il ne restait plus au prince Ferdinand d'autre ressource que de se laisser enfermer dans Ulm, ou d'essayer, par des sentiers, de rejoindre la division de Hohenzollern. Ce prince a pris ce dernier parti ; il s'est rendu à Aalen avec quatre escadrons de cavalerie.

Cependant le prince Murât était à la poursuite du prince Ferdinand, La division Werneck a voulu l'arrêter à Langenau : il lui a fait 3,000 prisonniers, dont un officier général, et lui a enlevé deux drapeaux. Tandis qu'il manœuvrait par sa droite à

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Heidenlieini, le maréchal Lannes marchait par Aalen et Xœrdlingen. La marche de la division ennemie était emiiarrassée par 500 chariots et affaiblie par le combat de Langenau. A ce combat, le prince Murât a été très-satisfait du général Klein. Le 20' régiment de dragons, le 9^ d'infanterie légère et les chasseurs de la garde impériale se sont particulièrement distingués. L'aide de camp Brunet a montré beaucoup de bravoure.

Ce combat n'a point retardé la marche du prince Murât. Il s'est porté rapidement sur Xeresheim , et le 25, à cinq iicures du soir, il est arrivé devant cette position. La division de dragons du général Klein a chargé l'ennemi. Deux drapeaux, un officier général et 1,000 hommes ont été de nouveau pris au combat de IVeresheim. Le prince Ferdinand et sept de ses généraux n'ont eu que le temps de monter à cheval. On a trouvé leur dîner servi. Depuis deux jours, ils n'ont aucun point pour se reposer. Il paraît que le prince Ferdinand ne pourra se soustraire à l'armée française qu'en se déguisant ou en s'enfuyant avec quelques escadrons par quelque route détournée d'Allemagne.

L'Empereur traversant une foule de prisonniers ennemis, un colonel autrichien témoignait son étonnement de voir l'Empereur des Français trempé, couvert de boue, autant et plus fatigué que le dernier tambour de l'armée ; un de ses aides de camp

lui ayant expliqué ce que disait rofficier autrichien, l'Empereur lui fît répondre : tt Voire niailre a voulu (i me faire ressouvenir que j'étais un soldat ; j'es- « père qu'il conviendra que le trône et la pourpre « impériale ne m'ont pas fait oublier mon premier « métier. "

Le spectacle que l'armée offrait dans la journée du 23 était vraiment intéressant. Depuis deux jours la pluie tombait à seaux , tout le monde était trempé; le soldat n'avait point eu de distributions; il était dans la boue jusqu'aux genoux ; mais la vue de l'Empereur lui rendait la gaieté, et, du moment qu'il apercevait des colonnes entières dans le même état, il faisait retentir le cri de Vive l'Empereur /

On rapporte aussi que l'Empereur répondit aux officiers qui l'entouraient et qui admiraient comment, dans le moment le plus pénible, les soldats oublient toutes les privations et ne se montrent sençibles qu'au plaisir de le voir : a Ils ont raison, « car c'est pour épargner leur sang que je leur fais tt essuyer de si grandes fatigues. »

L'Empereur, lorsque l'armée occupait les hauteurs, qui dominent Ulm , fît appeler le prince de Liechtenstein, général major, enfermé dans cette place, pour lui faire connattre qu'il désirait qu'elle capitulât, lui disant que, s'il la pienait d'assaut, il serait obligé de faire ce qu'il avait fait à JafTa, où la

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garnison fut passée au fil de l'êpée ; que c'était le triste droit de la guerre; qu'il voulait qu'on lui épargnât, et à la i)rave nation autrichienne, la nécessité d'un acte aussi effrayant; que la place n'était pas tenable ; qu'elle devait donc se rendre. Le prince insistait pour que les officiers et soldats eussent la faculté de retourner en Autriche. « Je a l'accorde aux officiers et non aux soldats, a ré- « pondu l'Empereur; car, qui me garantira qu'on tt ne les fera point servir de nouveau? » Puis, après avoir hésité un moment, il ajouta : « Eh bien! je « me fie à la parole du prince Ferdinand. S'il est a dans la place, je veux lui donner une preuve de a mon estime, et je lui accorde ce que vous me «demaudez, espérant que la cour de Vienne ne tt démentira pas la parole d'un de ses princes. '■■> Sur ce que M. de Liechtenstein assura que le prince Ferdinand n'était point dans la place : « Alors je ne «vois pas, dit l'Empereur, qui peut me garantir tt que les soldats que je vous renverrai ne serviront « pas, »

Une brigade de 4,000 hommes occupe une porte de la ville d'Llm.

Dans la nuit du 24 au 25, il y a eu un ouragan terrible ; le Danube est tout à fait débordé et a rompu la plus grande partie de ses ponts, ce qui nous gtMU' beaucoup pour nos subsistances.

Dans la journée du 23, le maréchal Bernadotte

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a poussé ses avant-postes jusqu'à Wasserburg et Haag sur la chaussée de Biaunau. Il a fait encore 4 à 500 prisonniers à l'ennemi, lui a enlevé un parc (le dix- sept pièces d'artillerie de divers calibres; de sorte que, depuis son entrée à Munich, sans perdre un seul homme, Je maréchal Bernadolte a pris 1,500 prisonniers, dix -neuf pièces de canon, 200 chevaux et un grand nombre de bagages.

L'Empereur a passé le Rhin le 9 vendémiaire, le Danube le 14', à cinq heures du matin; le Lech le même jour, à trois heures après midi; ses troupes sont entrées à Munich le 20. Ses avant-postes sont arrivés sur l'Inn le 23. Le même jour il était maître de Memmingen, et, le 25, d'Ulm.

11 avait pris à l'ennemi , aux combats de U ertingen , de Gùnzburg, d'Elchingen, aux journées de Memmingen et d'L'lm, et aux combats d'Albeck, de Langenau et de Xeresheirn , 40,000 hommes, tant infanterie que cavalerie, plus de quarante drapeaux, un très-grand nombre de pièces de canon , de bagages, de voitures, etc. Et, pour arriver à ces grands résultats, il n'avait fallu que des marches et des manœuvres.

Dans ces combats partiels, les pertes de l'armée française ne se montent qu'à 500 morts et à

* L'i'^nipcreur n'a passé le pont de Donauwœrth que le 15.

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1,000 blessés. Aussi le soldat dit -il souvent : tt L'Empereur a trouvé une nouvelle njéthode «de faire la guerre, il ne se sert que de nos tt jambes et pas de nos baïonnettes. « Les cinq sixièmes de l'armée n'ont pas tiré un coup de fusil, ce dont ils s'affligent, \la\s tous ont beaucoup marché, et ils redoublent de célérité quand ils ont l'espoir d'atteindre l'ennemi.

On peut faire en deux mots l'éloge de l'armée : elle est digne de son cbef.

On doit considérer l'armée autricbienne comme anénntie. Les Aulricbiens et les Russes seront obligés de faire beaucoup d'appels de recrues, pour résister à l'armée française, qui est venue à bout d'une armée de 100,000 hommes sans éprouver, pour ainsi dire, aucune j)erte.

Moniteur du 3 brumaire an XIV.

^Ed oiinule au Uipot de la guerre.)

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