AU PRIIVCE JOSEPH
Munich, 5 brumaire an XIV {'2~ oclobre 1805).
Mon Frère, je pense qu'il est assez convenable de ne rien mettre dans le Moniteur des bruits que l'on répand. A mesure que je m'éloigne, on en répandra de faux qu'on sera obligé de démentir. Il faut donc laisser le temps aux nouvelles réelles d'arriver.
J'espère qu'à la fin du mois je pourrai vous témoigner ma satisfaction sur l'arrivée des conscrits. Je n'ai point encore fait de grandes pertes. Cependant, si la guerre se prolonge, il faut que je calcule sur une forte armée à laisser dans le nord, pour protéger la Hollande.
La Prusse se conduit d'une manière assez équivoque.
Je n'ai appelé que la réserve de cinquante-quatre départements; ce n'est pas que je n'eusse besoin de la réserve entière, mais c'est qu'il y a des départe-ments dont je crains le mauvais esprit. Si le ministre
de l'intérieur ne voit pas d'inconvénients à faire l'appel de la réserve des autres départements, qu'il la fasse. Quant au lieu de leur destination, il iaut les diriger tontes sur Strasbourg. J'indiquerai au ministre de la gueire les corps dans lesquels je désire que ces hommes soient incorporés.
Je manœuvre contre l'armée russe, qui est en position derrière l'Inn, et assez forte.
Avant quinze jours, j'aurai en tète 100,000 Russes et 60,000 Autrichiens venus soit d'Italie, soit des autres corps qui étaient en réserve dans la monarchie. Je les vaincrai, mais probablement cela me coûtera quelques pertes.
J'imagine que le ministre Dejean prend l(?s mesures nécessaires pour assurer rhabillement des conscrits. IVotre absence de la France doit lui épargner beaucoup de subsistances et de frais qu'il était obligé de faire lorsque nous étions au camp de Boulogne.
NAPOLÉOiV.
Mémoires du roi Joseph.