‹ Correspondance militaire; extraite de la correspondance générale et publiée par ordre du Ministre de la GuerreChapitre 146 sur 199 · e BULLETIM DE L\ GRAMDE ARMEIC · texte numérisé non relu

e BULLETIM DE L\ GRAMDE ARMEIC

Braunau, 9 brumaire au XIV (31 oclobre 1805).

Plusieurs déserteurs russes sont déjà arrivés, entre autres un sergent-major natif de Moscou, homme de quelque intelligence. On s'imagine bien que tout le monde l'a questionné. Il a dit que l'armée russe était dans des dispositions bien différentes pour les Français que dans la dernière guerre , que les prisonniers qui étaient revenus de France s'en étaient beaucoup loués ; qu'il y en avait six dans sa compagnie, qui, au moment du départ de Pologne, avaient été envoyés plus loin ; que SI on avait laissé dans les réginienls tous les

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hommes revenus de France, il n'y avait pas de doute qu'ils n'eussent tous déserté ; que les Russes étaient fâchés de se haltre pour les Allemands qu'ils n'aiment pas, et qu'ils avaient une haute idée de la valeur française. On lui a demandé s'ils aimaient l'empereur Alexandre; il a répondu qu'ils étaient trop misérahles pour lui porter de l'attachement; que les soldats aimaient mieux l'empereur Paul, maisque la nohlesse préférait l'empereur Alexandre; que les Russes, en général, étaient contents d'être sortis de chez eux, parce qu'ils vivaient mieux et étaient mieux payés; qu'ils désiraient tous ne pas retourner en Russie, et qu'ils préféraient s'étahlir dans d'autres climats à retourner sous la verge d'une aussi rude discipline ; qu'ils savaient que les Autrichiens avaient perdu toutes leurs batailles et ne faisaient que pleurer.

Le prince Murât s'est mis à la poursuite de l'ennemi. Il a rencontré l'arrière-garde des Autrichiens, forte de 6,000 hommes, sur la route de Mernhach. L'apercevoir et la charger n'a été qu'une même chose pour sa cavalerie. Cette arrière-garde a été disséminée sur les hauteurs de Ried. La cavalerie ennemie s'est alors ralliée pour protéger le passage de l'infanterie par un défilé; mais le 1" régiment de chasseurs et la division de dragons du général Beaumont l'ont culbutée, et se sont jetés avec l'infanterie ennemie dans le défilé. La fusillade a été

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assez vive, mais l'obscurité de la nuit a sauvé cette division ennemie. Une partie s'est éparpillée dans les bois ; il n'a été fait que 500 prisonniers. L'avantgarde du corps du prince Murât a pris position à Haag. Le colonel Montbrun, du 1" de chasseurs, s'est couvert de gloire.

Le 8^ régiment de dragons a soutenu sa vieille réputation. Un maréchal des logis de ce régiment, ayant eu le poignet emporté, dit devant le prince, au moment où il passait : « Je regrette ma main, « parce qu'elle ne pourra plus servir notre bruve « Empereur. » L'Empereur, en apprenant ce trait, a dit : " Je reconnais bien là les sentiments du 8' : « qu'on donne à ce maréchal des logis une place a avantageuse et selon son état dans le palais de tt Versailles, n

Les habitants de Braunau , selon l'usage, avaient porté dans leurs maisons une grande partie des magasins de la place. Une proclamation a tout lait rapporter. Il y a à présent un millier de sacs de farine, une grande quantité d'avoine, des magasins d'artillerie de toute espèce, une très-belle manutention et 60,000 rations de pain, dont nous avions grand besoin ; une partie a été distribuée au corps du maréchal Soult.

Le maréchal Bernadotte est arrivé à Salzburg. L'ennemi s'est retiré sur la route de Carinthie et de Wels. Un régiment d'infanterie voulait tenir au vil-

lage de Hallein ; il a dû se retirer sur le village de Golling, où le maréchal espérait que le général Kellermann parviendrait à lui couper la retraite et à l'enlever.

Les habitants assurent que. dans son inquiétude, l'empereur d'Allemagne s'était porté jusqu'à Wels, où il avait appris le désastre de son armée. Il y avait appris aussi les clameurs de ses peuples de Bohême et d'Autriche contre les Russes, qui pillent et violent d'une manière si effrénée, qu'on désirait l'arrivée des Français pour les délivrer de ces singuliers alliés.

Le maréchal Davout, avec son corps d'armée, a pris position entre Ried et Haag. Tous les autres corps d'armée sont en grand mouvement. Mais le temps est affreux ; il est tombé un demi-pied de neige, ce qui a rendu les chemins détestables.

Le ministre secrétaire d'Etat Maret a joint l'Empereur à Braunau.

L'électeur de Bavière est de retour à Munich. Il a été reçu avec le plus grand enthousiasme par le peuple de sa capitale.

Plusieurs malles de Vienne ont été interceptées : les lettres les plus récentes étaient du 28 octobre; on commençait à y avoir des nouvelles de l'affaire de Wertingen ; elle y avait répandu la consternation. Les vivres y étaient d'une cherté à laquelle on ne pouvait atteindre; la famine menaçait Vienne;

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cepeudant la récolte a été abondante ; mais la dépréciation du papier-monnaie et des assignats, qui perdaient plus de -40 pour cent, avait porté tout au plus haut prix. Le sentiment de la chute t'.u papiermonnaie autrichien était dans tous les esprits ; le cultivateur ne voulait plus échanger ses denrées contre un papier de nulle valeur. Il n'est pas un homme en Allemagne qui ne considère les Anglais comme les auteurs de la guerre, et les empereurs François et Alexandre comme victimes de leurs intrigues. Il n est personne qui ne dise : Il n'y aura point de paix tant que les oligarques gouverneroni l'Angleterre, et les oligarques gouverneront tant que Georges respirera. Aussi le régne du prince de Galles est-il désiré comme le terme de cflui des oligarques, qui, dans tous les pays, sont égoïstes et insen.-ibles aux malheurs du monde.

L'empereur Alexandre était attendu à Vienne, mais il a pris un autre parti : on assure ([uil s'est rendu à Berlin.

Monilenr du 1" brumaire an XIV.

(Ed miDole au Dépùt de la goerre.)

670. — IG-^ DLLLF.TIV DP. LA GRAXDE ARMEE. Ried, 11 brumaire an XIV (^ novembre 1805)

Le prince Alurat a continué sa marche en pour-

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suivant l'ennemi l'épée dans les reins et est arrivé, le 9, en avant de Lamhach. Les généraux autrichiens, voyant que leurs troupes ne pouvaient plus tenir, ont fait avancer huit bataillons russes pour protéger leur retraite. Le 17*^ régiment d'infanterie de ligne, le 1" de chasseurs et le 8' de dragons chargèrent les Russes avec impétuosité et, après une vive fusillade, les mirent en désordre et les menèrent jusqu'à Lamhach. On a fait 500 prisonniers, parmi lesquels sont une centaine de Russes.

Le 10, au matin, le prince Alurat mande que le général Walther, avec sa division de cavalerie, a pris possession de Wels. La division de dragons du général Beaumont et la 1" division du corps d'armée du maréchal Davout , commandée par le général Bisson, ont pris position à Lamhach. Le pont sur la Traun était coupé ; le maréchal Davout y a fait substituer un pont de bateaux. L'ennemi a voulu défendre la rive gauche : le colonel Valterre, du 30* régiment, s'est jeté un des premiers dans un bateau et a passé la rivière. Le général Bisson , faisant ses dispositions de passage , a reçu une balle dans le bras.

Une autre division du corps du maréchal Davout est en avant de Lambach sur le chemin de Steyer. Le reste de son corps d'armée est sur les hauteurs de Lambach.

Le maréchal Soult arrivera ce soir à Wels,

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Le maréchal Lannes arrivera ce soir à Linz.

Le géni-ral Alarniont est en marche pour tourner la position de la rivière de l'Enns.

Le prince Murât se loue du colonel Conroux , commandant du 17* régiment d'infanterie de ligne. Les troupes ne sauraient montrer dans aucune circonstance plus d'impétuosité et de courage.

Au moment de son arrivée à Salzhurg, le maréchal Bernadotle avait détaché le général Kellermann à la tète de son avant-garde pour poursuivre une colonne ennemie qui se retirait par le chemin de la Carinthie. Elle s'était mise à couvert derrière le fort de Lueg-Pass dans le défilé de Golling. Quelque forte que fût sa position , les carabiniers du 27* régiment d'infanterie légère l'attaquèrent avec impétuosité. Le général Werlé fit tourner le fort, par le capitaine Campocasso, par des chemins presque impraticables. 500 hommes, dont 3 officiers, ont été faits prisonniers. La colonne ennemie , forte de 3,000 hommes, a été éparpillée dans les sommités. On y a trouvé une si grande quantité d'armes qu'on espère ramasser encore beaucoup de prisonniers. Le général Kellermann donne des éloges à la conduite du chef de bataillon Dherbez-Latour. Le général W'crlé a eu son habit criblé de balles.

\os avant-postes mandent de Wels que l'empereur d'Allemagne y est arrivé le 25 octobre , qu'il y a appris le sort de son armée d'Llm, et qu'il s'est

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convaincu par ses propres yeux des ravages affreux que les Russes font partout et de rextrême mécontentement de ses peuples. On assure qu'il est retourné à Vienne sans descentlre de voiture.

La (erre est couverte de neige. Les pluies ont cessé. Le froid a pris le dessus ; il est assez vif. Ce n'est point un commencement de novembre, mais un mois de janvier. Ce temps plus sec a l'avantage d'être plus sain et plus favorable à la marche.

Monitetir du 20 brumaire an XIV.

(En minute au Dépôt de la guerre.)

G77. — 17"^ BLLLETI.V DE LA GRAXDE ARMEE.

LaniLacli, 1^ brumaire an XIV (3 novembre 1S05)

Aujourd'hui 12, le maréchal Davout a ses avantpostes près de Steyor. Le général Milhaud, avec la réserve de cavalerie aux ordres du prince Murât, est entré à Linz le 1 0 ; le maréchal Lannes y est arrivé le 12, avec son corps d'armée. On a trouvé à Linz des magasins considérables dont on n'a pas encore l'inventaire ; beaucoup de malades dans les hôpitaux , parmi lesquels une centaine de Russes. On a fait des prisonniers , dont 50 Russes.

Au combat de Lambach , il s'est trouvé deux pièces de canon russes parmi celles qui ont été

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prises ; un général russe cl un colonel de hussards autrichien ont été tuéj.

Lu blessure que le géncrcil îîisson, commandant la ]" division du corps d'armée du maréchal Davout, a reçue au bras est assez sérieuse pour l'empêcher de servir tout le reste de la campagne ; il n'y a cependant aucun danger. L'Empereur e donné au général CaCarelli le commandement de sa division.

Depuis le passage de l'Inn, on a fait 15 à 1,800 prisonniers, tant autrichiens que russes, sans y comprendre les mahtdes.

Le corps d'armée du général Maruiont est parti de Lambach le 12 à midi.

L'Empereur a établi son quartier général à Lambach, où l'on croit qu'il passera toute la nuit du 12.

La saison continue à être rigoureuse. La lerre est couverte de neige; le temps est très-froid.

On a trouvé à Lambach des magasins de sel pour plusieurs millions. On a trouvé dans la caisse de Linz plusieurs centaines de milliers de florins.

Les Russes ont tout dévasté à U'els, à Lambach et dans tous les villages environnants. Il y a des villages où ils ont tué huit ou dix paysans.

L'agitation et le désordre sont extrêmes à Vienne. On (lit que l'emjiereur d'Autriche est établi au couvent des Bénédictins de Mœlk. Il parait que le reste

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du mois de novembre verra des événements majeurs et d'une grande importance.

M. Lezay, ministre de France à Salzburg, a eu une audience de l'Empereur au moment où Sa Majesté partait de Braunau. It n'avait pas cessé jusqu'alors de résider à Salzburg.

On n'a point de nouvelles de M. de la Rocbefoucauld; on le croit toujours à Vienne. Au moment où l'armée autrichienne passait l'Inn, il demanda des passe-ports qu'on lui refusa.

Il est arrivé aujourd'hui plusieurs déserteurs russes.

Moiiilnir du iO brumaire an XIV.

(Ed mioate au Dépol de la guerre.}

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