BULLETIN DE LA GRANDE ARMEE
Mœlk, 19 brumaire an XIV (10 novembre 1805)
Le 16 brumaire, le corps d'armée du maréchal Davout se dirigea de Steyer sur Waidhofen, Mariazell et Lilienfeld. Par ce mouvement, il débordait entièrement la gauche de l'armée ennemie , que l'on supposait devoir tenir sur les hauteurs de Saiiit-
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Pœlten et de Lilienfeld; il se dirigeait sur Vienne par un grand chemin de loulage qui y conduit directement.
Le 17, l'avant-garde de ce maréchal , étant encore à plusieurs lieues de Mariazell , rencontra le corps du général Alerveldt qui marchait pour se porter sur Neustadt et couvrir Vienne de ce côté. Le général de brigade Heudelet, commandant l'avant-garde du maréchal Davout, attaqua l'ennemi avec la plus grande vigueur, le mit en déroute et le poursuivit l'espace de cinq lieues. Le résultat de ce combat de Mariazell a été la prise de trois drapeaux , de seize pièces de canon et de 4,000 prisonniers, parmi lesquels se trouvent les colonels des régiments Joseph- Colloredo et Deutschmeister, et cinq majors.
Le 13* régiment d'infanterie légère et le 108° régiment de ligne se sont parfaitement comportés.
Le 18 au matin le prince iMurat est arrivé à Sain t- Pœlten. Il a dirigé le général de brigade de dragons Sebastiani sur Vienne. Toute la cour et les grands sont partis de cette capitale. On avait déjà annoncé, aux avant-postes, que l'empereur se préparait à quitter Vienne.
L'armée russe a effectué sa retraite à Krems en repassant le Danube, craignant sans doute de voir ses communications avec la Moravie coupées par le mouvement qu'a fait le maréchal Mortier sur la rive gauche du Danube.
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Le général Alaraiout doit avoir dépassé Leoben.
L'abbaye de Alœlk, où est logé l'L'mpeieur, est une des plus belles de l'Europe. Il n'y a en France, ni en Italie, aucun couvent, ni abbaye que Ton puisse lui comparer. Elle est dans une position forte et domine le Danube. C'était un des principaux postes des Romains, qui s'appelait la Maison de fer, bâtie par l'empereur Commode. Les caves et les celliers de l'abbaye se sont trouvés remplis de très-bons vins de Hongrie, ce qui a été d'un trèsgrand secours à l'armée, qui depuis longtemps en manquait. Mais nous voilà dans le pays du vin; il y en a beaucoup dans les environs de Vienne.
L'Empereur a ordonné qu'on mît une sauvegarde particulière au chcàteau de Lustscbloss, petite maison de campagne de l'empereur d'Autricbe, qui se troiu'e sur la rive gaucbe du Danube.
Les avenues de Vienne, de ce côté, ne ressemblent pas aux avenues des grandes capitales. De Linz à Vienne il n'y a qu'une seule cbaussée. Ln grand nombre de rivières, telles que l'ips, l'Erlaf, la Mœlk, la Trasen, etc., n'ont que de mauvais ponts en bois. Le pays est couvert de forêts de sapins. A chaque pas, des positions inexpugnables, où l'ennemi a en vain essayé de tenir. Il a toujours eu à craindre de se voir débordé et tourné par les colonnes qui manœuvraient au delà de ses flancs.
Depuis rinn jusqu'ici le Danube est superbe; ses
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points (le vue sont pittoresques; sa navigation, en descendant, rapide et facile.
Toutes les lettres interceptées ne parlent que de Teffroyahle chaos dont Vienne ofl're le spectacle. La guerre a été entreprise par le cabinet autrichien contre l'avis de tous les princes de la famille impériale. Mais Colloredo, mené par sa femme qui. Française , porte à sa patrie la haine la plus envenimée, Cobenzl, accoutumé à trembler au seul nom d'un Russe, dans la persuasion où il est que tout doit fléchir devant eux, et chez qui d'ailleurs il est possible que les agents de l'Angleterre aient trouvé moyen de s'introduire, et enfin ce misérable Mack , qui avait déjà joué un si grand rôle pour le renouvellement de la seconde coalition, voilà les influences qui ont été plus fortes que celles de tous les hommes sages et de tous les membres de la famille impériale. Il n'est pas jusqu'au dernier bourgeois, au dernier officier subalterne, qui ne sente que cette guerre n'est avantageuse que pour les Anglais, que l'on ne s'est battu que pour eux, qu'ils sont les artisans des malheurs de l'Europe, comme, par leur monopole, ils sont les auteurs de la cherté excessive des denrées.
Moniteur du 28 liruniairc an XIV.
(En miDute au Ucpùl de la guerre )