BULLETIN DE LA GRANDE ARMEE
Saiut-Pœllen, 22 brumaire an XIV (13 novembre 1805).
Le niaréclial Davout a poursuivi ses succès. Tout le corps de Merveldt est détruit. Ce général s'est sauvé avec une centaine d'ublans. Le général Marmont est à Leoben. Il y a fait 100 hommes de cavalerie prisonniers.
Le prince Murât était depuis trois jours à une demie-lieue de Vienne. Toutes les troupes autrichiennes avaient évacué cette ville. La garde natiotiale y faisait le service; elle était animée d'un trèsbon esprit.
Aujourd'hui, 22 brumaire, les troupes françaises ont fait leur entrée dans cette capitale.
Les Russes se sont refusés à toutes les tentatives
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que l'on a faites pour les engager à livrer halaille sur les hauteurs de Saini-Pœlten (Saint-Hij)j)olyte).
Ils ont passé le Danube àlvrems, et, aussitùtaprès leur passage, brûlé le pont, qui était très-beau.
Le 20, à la pointe du jour, le maréchal Mortier, à la tète de six bataillons, s'est porté sur Stein. Il croyait y trouver une arrière-garde, mais toute l'armée russe y était encore, ses bagages n'étant pas filé. Alors s'est engagé le combat de Diirrenstein, à jamais mémorable dans les annales militaires. Depuis six heures du matin jusqu'à quatre heures de l'aprèsmidi, ces 4,000 braves firent tète à l'armée russe et mirent en déroute tout ce qui leur fut opposé.
Maîtres du village de Loiben, ils croyaient la journée finie; mais l'ennemi, irrité d'avoir perdu dix drapeaux, six pièces de canon, 900 hommes faits prisonniers et 2,000 hommes tués, avait dirigé deux colonnes par des gorges difficiles pour tourner les Français. Aussitôt que le maréchal Mortier s'aperçut de cette manœuvre, il marcha droit aux troupes qui l'avaient tourné et se fit jour au travers des lignes de l'ennemi, dans l'instant même où le 9" régiment d'infanterie légère et le 32* d'infanterie de ligne, ayant chargé un autre corps russe, avaient mis ce corps on déroute, après lui avoir pris deux drapeaux et 400 hommes.
Cette journée a été une journée de massacre ; des monceaux de cadavres couvraient un champ de ba-
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taille étroit. Plus de 4,000 Russes ont été tués ou blessés; 1,300 ont été faits prisonniers. Parmi ces derniers se trouvent deux colonels.
De notre coté, la perte aité considérable. Le 4° et le 9^ d'infanlerie légère ont le plus souffert. Les colonels du 100° et du 103* ont été légèrement blessés. Le colonel W'atier, du 4" régiment de diagons, a été tué. Sa Majesté l'avait cboisi pour l'un do ses écuyers : c'était un officier d'une grande valeur; malgré les difficultés du terrain , il était parvenu à faire contre une colonne russe une charge très-hriîlanle ; mais il fut atteint d'une balle et trouva la mort dans la mêlée.
Il paraît que les Russes se retirent à grandes journées. L'empereur d'Allemagne, l'impératrice, le ministère et la cour sont à Briinn, en Moravie. Tous les grands ont quitté Vienne, toute la bourgeoisie y est restée. On attend à Briinn l'empereur Alexandre à son retour de Berlin.
Le général comte Gyulai a fait plusieurs voyages, porteur de lettres des empereurs de France et d'Allemagne. L'Emj)oreur d'Allemagne se résoudra sans doute à la paix lorsqu'il aura obtenu l'assentiment de l'empereur de Russie.
En attendant, le mécontentement des peuples est extrême. On dit à Vienne et dans toutes les provinces de la monarcliie autrichienne que Ton est mal gouverné; que, pour le seul intérêt de l'Angleterre, on
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a été entraîné dans une guerre injuste et désuslreuse ; que l'on a inondé l'Allenjagne de barbares mille fois plus à craindre que tous les fléaux réunis; que les Hnances sont dans le plus grand désordre; que la fortune publique et les fortunes particulières sont ruinées par Texislence d'un papier-monnaie qui perd 50 pour 100; qu'il y avait assez de maux à réparer pour qu'on ne dût pas y ajouter encore tous les malheurs de la guerre.
Les Hongrois se plaignent d'un gouvernement illihéral qui ne fait rien pour leur industrie, et se montre constamment jaloux de leurs privilèges et inquiet de leur esprit national.
En Hongrie comme en Autriche, à Vienne comme dans les autres villes, on est persuadé que l'Empereur Napoléon a voulu la paix, qu'il est l'ami de toutes les nations et de toutes les grandes idées.
Les Anglais sont les perpétuels objets des imprécations de tous les sujets de l'empereur d'Allemagne, et de la haine la plus universelle. X'est-il pas temps enfin que les princes écoutent la voix de leurs peuples, et qu'ils s'arrachent à la fatale influence de l'oligarchie anglaise ?
Depuis le passage de l'Inn, la Grande Armée a fait, dans les différentes affaires d'avant-gardes et dans les diverses rencontres qui ont eu lieu, environ 10,000 prisonniers.
Si l'armée russe avait voulu attendre les Français,
elle était perdue ; plusieurs corps d'armée la poursuivent vivement.
Moniteur du 5 frimaire an XIV.
(En miaule au Dépôt de la guerre.)